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EARL de Peyrusse : Un élevage de caractère pour une production identitaire

Éleveur sélectionneur de la race Mourerous à Tourrettes depuis plus de 20 ans, Nicolas Perrichon est un passionné qui met son savoir-faire au service de la qualité et défend, avec conviction, l'élevage pastoral provençal.

Nicolas Perrichon s'est pris de passion pour la mourerous, ou aussi appelée “la rouge“, reconnaissable à sa tête et ses pattes rousses. GL

Nicolas Perrichon n'est qu'un petit garçon quand il attrape “le virus du mouton“, comme il s'amuse à le dire. Il a à peine 18 ans quand il reprend le troupeau de son oncle à Tourrettes, en l'an 2000. Il commence alors avec 250 brebis. Il en élève aujourd'hui 1 200. Des mourerous uniquement. “Quand j'étais gamin, un voisin en avait. Ça me plaisait de voir ce troupeau sélectionné et ça m'a marqué“, explique-t-il.

Il passe donc des croisées de son oncle à la race originaire des Alpes-Maritimes. Et s'en fait une spécialité. Tant et si bien qu'il y a dix ans, il se met à faire de la sélection et est, aujourd'hui, le seul éleveur sélectionneur du département du Var.

Identifiable à sa tête et ses pattes rousses, la mourerous – “museau rouge“ en provençal – est une brebis emblématique de la région. “La meilleure“, pour Nicolas Perrichon. “C'est une race rustique, parfaitement adaptée aux conditions locales, surtout aux collines et aux milieux pas faciles que l'on trouve chez nous. C'est aussi une très bonne laitière, qui fait souvent deux agneaux si elle est bien soignée. C'est une brebis que j'aime. Elle a été en voie de disparition un temps, mais elle revient à la mode depuis quelques années“, apprécie l'éleveur.

Une race rustique élevée au grand air

Chez lui, toutes les femelles partent à la reproduction. Seuls les agneaux mâles n'entrant pas en sélection finissent sur les tables des fins gourmets. Chaque brebis sélectionnée est inscrite auprès de l'OS ‘Rose' – Organisme de sélection de race ovine du Sud-Est géré par la Maison régionale de l'élevage – en tant que mère à bélier ou mère à agnelle. “Il y a un suivi avec des techniciens. Tous les agneaux sont pesés entre 21 et 42 jours, pour définir l'index laitier de la mère et voir si c'est une bonne maman. On travaille aussi sur l'arbre généalogique complet du troupeau. Les plus jolis agneaux mâles entrent dans un centre de sélection de Valernes, qui travaille sur les trois races du Sud-Est : mourerous, mérinos d'Arles et préalpes du sud. Les agnelles sont vendues à d'autres éleveurs“, précise Nicolas Perrichon. Son savoir-faire est reconnu, et certaines sont réservées jusqu'à deux ans avant leur naissance.

Le troupeau est conduit selon un système extensif mixte, entre prés, collines et montagne, qui s'appuie sur la ressource naturelle. “Même en hiver, les brebis passent très peu de temps en bergerie. Leur bien-être, il est dehors. Avec de l'herbe, on fait de la viande, ça a quelque chose de magique. Tout ça, en façonnant les paysages qui nous entourent et en luttant contre les incendies“, souligne l'éleveur.

Les brebis passent l'hiver à Tourrettes et dans les communes à l'entour du Pays de Fayence, où se font les premières mises bas de l'année. Le foin – produit sur l'exploitation – vient compléter leur alimentation. Elles montent ensuite au printemps sur le plateau de Dangers, avant de partir en estive en montagne, du côté de Saint-Dalmas-le-Selvage, au nord des Alpes-Maritimes. À l'automne, elles rejoignent les prairies de Crau, dans les Bouches-du-Rhône, où se déroule la seconde période d'agnelage.

Chaque année, entre 1 300 et 1 400 agneaux sont destinés à la production de viande. De début mars à fin octobre, Nicolas amène des bêtes chaque dimanche à l'abattoir de Puget-Théniers. Un transporteur assure le retour et la livraison dans les différents points de vente.

Une production de qualité à défendre

La majorité de la production est vendue à la grande distribution, dans un supermarché en local huit mois de l'année, et auprès d'une autre enseigne pour Pâques, avec lesquels traite directement l'éleveur. “On n'est pas dans la zone géographique la plus structurée au niveau de la commercialisation, et la vente en GD prend du temps, mais ça évite les intermédiaires“, relève-t-il. La viande, découpée et conditionnée sous vide, est aussi valorisée en direct, en caissette d'un demi-agneau, sur l'exploitation. L'éleveur fournit enfin deux tables étoilées, à Tourrettes et Mougins. “Depuis deux ans, le Brexit et le Covid ont redonné de la valeur à nos agneaux“, remarque Nicolas Perrichon, qui produit à peu près autant d'agneaux viande qu'il vend d'agnelles à la reproduction.

Cette reconnaissance est d'autant plus importante pour l'éleveur qu'il s'implique au quotidien dans différentes structures professionnelles, pour défendre et promouvoir le savoir-faire de toute une filière. Élu à la Chambre d'agriculture, il milite notamment pour la création d'un abattoir de proximité dans le Var, outil qu'il juge “indispensable au développement de l'élevage du Var, où 80 % des ovins produits sont vendus sur pied“. Sans compter le gain “en matière d'éthique et de bien-être animal“, plaide-t-il encore.

La prédation est un autre de ses chevaux de bataille. “Face au loup, on défend nos troupeaux au prix d'un niveau de protection incroyable. Entre la garde, les chiens et l'entretien des clôtures, aussi compliqué qu'indispensable, c'est vraiment un gros poste. Et puis ça cause un stress qui vous bouffe la vie“, insiste-t-il. Lui emploie quatre à cinq saisonniers pour veiller sur son troupeau, et compte pas moins de 12 chiens de protection, de plus en plus source de conflit avec les promeneurs. Président de l'Association des éleveurs de Canjuers, il participe au plan expérimental en cours sur le département, qui vise notamment à mieux comprendre le comportement des chiens face au loup. “On fait tout ce qu'on peut pour faire avancer les choses, mais on attend aussi un soutien fort de l'État avec le Plan Loup 2023. Il ne faudrait pas que le sud, zone historiquement prédatée, soit oublié parce que le loup gagne du terrain en France“, défend Nicolas Perrichon. Sur tous les fronts, il veut rester optimiste pour l'élevage pastoral régional.

Tourné vers l'avenir, et malgré un emploi du temps déjà bien chargé, il ne manque d'ailleurs pas de mener de nouveaux projets. Depuis l'an dernier, l'exploitation s'est enrichie d'un atelier bovin allaitant d'une trentaine de race Aubrac. La viande ira essentiellement à la grande distribution et complétera l'offre en vente directe. Ses vaches ont aussi vocation à maintenir certains biotopes plus ouverts, pour mieux protéger ses bêtes de la prédation.

Gabrielle Lantes

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