11, 30, 34 18/02/2020
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La bière s’invite à la table du bio

Pour la première fois, lors de cette édition 2020, des masterclass ont été proposées lors du salon Millésime Bio. Toutes étaient orientées autour de thématiques propres au vin, à l’exception de la dernière, consacrée à la bière bio. Une photographie de la filière brassicole artisanale bio en France a pu y être livrée, trouvant une oreille aussi attentive qu’avertie auprès du peuple vigneron.

Depuis presque dix ans, Garlonn Kergourlay évolue dans le secteur des brasseries artisanales françaises. Elle accompagne aujourd’hui le développement des microbrasseries sur un marché en pleine évolution.

Garlonn Kergourlay est animatrice brassicole indépendante. “Je suis consultante, spécialiste du marché de la bière, dans lequel j’évolue depuis presque dix ans. J’accompagne à présent l’installation et le développement de microbrasseries artisanales depuis deux ans. Je travaille en binôme avec un technicien ex-brasseur d’une bière belge très connue”, explique-t-elle.

La décennie qui vient de s’écouler a marqué un important renouveau pour l’activité brassicole artisanale française. “Nous sommes passés de 3 000 bras-
series dans le pays au début du XXe siècle à moins d’une trentaine au début des années 80. On situe parfaitement le début du renouveau de cette filière en 1985, avec la création de la brasserie artisanale Coreff en Bretagne”
, poursuit Garlonn Kergourlay. La suite prend des allures de courbe exponentielle avec 300 brasseries artisanales recensées en 2008, 600 en 2013. Le cap des 1 000 est franchi en 2017 et celui des 2 000 est attendu au cours de l’année 2020. “À ce rythme-là, impossible d’évaluer où nous en serons dans cinq ans”, reprend Garlonn Kergourlay.

Boom des créations de brasseries

Outre la brasserie Coreff, l’intervenante replace les origines du mouvement, appelé ‘renouveau brassicole’ dans l’apparition des courants précurseurs des années 70 aux États-Unis, et le développement des courants de ‘Do It Yourself’ (DIY) dès les années 90. Le développement d’Internet, avec ses forums et ses réseaux sociaux finira de propulser ce renouveau.
À ces époques-là, des artisans brasseurs, qui font aujourd’hui figure de pionniers, n’hésitent pas à s’installer alors que la filière à vocation artisanale est désertique. “Il n’y a alors aucun matériel disponible à prix raisonnable, aucun magasin spécialisé, le malt n’est conditionné qu’en grands volumes. Une bonne dose de débrouillardise, couplée à beaucoup de patience et de la passion a permis à ces pionniers de tracer un sillon dans lequel ont pu s’engouffrer les suivants. Les microbrasseries actuelles leur doivent beaucoup !”, développe Garlonn Kergourlay.

Au cours de l’année 2019, le rythme de créations de brasseries artisanales représente quasiment une ouverture par jour, avec des porteurs de projet dans toutes les régions. Toutes ne perdurent pas, car les fermetures existent également “à un rythme plus important ces derniers mois”, mais il est bon de noter que les agrandissements et le développement des microbrasseries vont également bon train, avec un intérêt marqué de la part de profils différents des pionniers, notamment des domaines viticoles qui y voient un complément naturel à leur gamme de vins. “Il est admis aujourd’hui qu’une production annuelle de 300 hl est nécessaire pour rémunérer une personne. Il ne faut pas oublier qu’un tiers du temps de travail d’un brasseur est occupé par le nettoyage”, précise l’animatrice brassicole.

Évolution de la consommation

À présent, la filière des microbrasseries est bien mieux organisée. Des salons professionnels se développent et les fournisseurs étrangers lorgnent sur le marché français. Cela présente également un intérêt pour le monde agricole, non seulement pour la culture de l’orge brassicole, mais aussi par le développement de micro-malteries et un regain d’intérêt pour la culture du houblon, jusque-là limitée au nord-est du pays.

Et la distribution suit bien évidemment le mouvement : caves, bars, distributeurs, grandes et moyennes surfaces, réseaux de cavistes… Tout le monde emboîte maintenant le pas pour fournir ce marché français dont 70 % de la consommation est produite en France. “Avec 33 l/an/habitant, la consommation française reste loin derrière celle des voisins européens, avec seulement 8 % du marché occupé par la bière artisanale. Il y a une marge de progression car, aux États-Unis, c’est presque 25 %”, décrypte encore la consultante. Et les modes de consommation évoluent, avec une tendance globale du ‘boire moins mais mieux’ et de plus en plus de femmes consommatrices éclairées. “En outre, il y a un certain paradoxe qui veut que la consommation de bière augmente dans les pays traditionnellement consommateurs de vins, alors que c’est l’inverse pour les pays traditionnellement identifiés ‘bière’ ”, ajoute Garlonn Kergourlay.

Phénomène de concentration à venir ?

En France, en 2017, le marché de la bière bio ne représentait que 0,3 %, soit 44 000 hl. Mais avec presque 50 % de croissance annuelle, il connaît un essor conséquent, et permet aux brasseries de se démarquer. Si elle a du succès, la production de bière bio est cependant confrontée à une contrainte technique de taille : la production de houblon en agriculture biologique est difficile, entraînant une très faible disponibilité de houblon bio pour les brasseurs. “Des dérogations sont délivrées, mais il semblerait que cela se durcisse à l’avenir, cela risque de compliquer la production de bière bio en France”, dévoile la consultante brassicole. Elle ajoute toutefois que le marché aurait actuellement plutôt tendance à se recentrer vers la valorisation d’une production utilisant des ingrédients locaux plutôt que bio. “Il y a une vraie réflexion générale autour de la bière ‘de terroir’. Il existe depuis longtemps quelques paysans-brasseurs qui produisent tous leurs ingrédients, et les brasseries artisanales cherchent maintenant à nouer des connections avec des agriculteurs pour se fournir localement”, reprend Garlonn Kergourlay.

Sur le plan de la prospective, la consultante brassicole ne se permet pas d’afficher des certitudes pour décrire un secteur en pleine évolution. D’une part, un nombre important de petites brasseries s’agrandissent pour poursuivre leur croissance quand d’autres ferment faute de n’avoir pu passer un cap commercial. En parallèle, les grands groupes industriels ont entamé une importante stratégie de rachats, qui se superpose à des rachats franco-français entre brasseurs de taille moindre. Difficile de poser un avis tranché sur l’évolution du marché. Donc, au moment de conclure, Garlonn Kergourlay rappelle l’importance et l’influence de l’état d’esprit des pionniers, pour que le renouveau des brasseries artisanales opéré depuis 30 ans s’inscrive dans la pérennité. 

Olivier Bazalge

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