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La filière conchylicole se met en ordre de marche

Le 11 février, à Mèze, le Comité régional conchylicole de Méditerranée (CRCM) invitait les ostréiculteurs de la lagune de Thau à une réunion de co-construction sur la stratégie régionale pour la filière à l’horizon 2030. Leur vision de la profession et les défis à relever.

Patrice Lafont, président du CRCM, lance le débat, au Carré d’Art Jeanjean, à Mèze, sur les grands objectifs à fixer pour la filière conchylicole à l’horizon 2030.

Face aux changements climatiques et économiques, quel sera le métier de conchyliculteur à l’horizon 2030 ? Combien seront-ils encore à exercer dans la lagune de Thau, à Frontignan, Gruissan, Vendres et Leucate ? Entre les problèmes de production, liés au changement climatique, aux problèmes sanitaires, à l’émergence de prédateurs et de pathogènes, les tensions sur le foncier, ou encore le renouvellement des générations, les incertitudes planent au-dessus de la filière conchylicole méditerranéenne. “Face à cela, il y a deux options : soit on monte un projet collectif et on relève ensemble les défis, soit chacun essaie de s’en sortir de son côté, en sachant les limites d’une action en solo”, attaque d’entrée de jeu, Patrice Lafont, président du CRCM. 

Après Sète, Marseillan et Loupian, c’était à Mèze que le CRCM réunissait, mardi 11 février, la profession, pour l’inviter à participer à la co-construction de la stratégie régionale pour la filière à l’horizon 2030. Une dernière réunion aura lieu à Leucate. Cette démarche est une première pour cette profession qui n’a ni l’habitude d’être sollicitée à une réflexion générale, ni de se projeter dans le futur. “Nous avons besoin d’une vision d’avenir crédible et motivante pour nous investir totalement dans nos entreprises et dans des projets de développement. D’où la nécessité de mettre sur pied une stratégie régionale pour la filière à l’horizon 2030. Et ce, d’autant, que les partenaires institutionnels, avec lesquels nous travaillons en étroite collaboration, attendent de la profession une vision stratégique afin de déterminer ensemble les axes prioritaires, et de planifier les modalités de leur intervention. Alors, certes, si dix ans, c’est court, cela reste un délai cohérent pour se fixer des objectifs concrets”, défend le président.

La vision de la profession

Deux études, plutôt des enquêtes, ont été menées par la Chambre d’agriculture de l’Hérault. La première était, en fait, une opération de repérage territorial, avec un zoom sur la filière conchylicole, dans le cadre du Projet agricole départemental de l’Hérault (PADH). Pour ce faire, une centaine de conchyliculteurs de plus de 50 ans ont été questionnés sur deux thématiques : leur projet dans le cadre de la cession de leur entreprise et les freins à l’installation des jeunes. Un même travail, commandité cette fois-ci par le CRCM, suite à un appel d’offres, a été réalisé l’été dernier, par la Chambre d’agriculture de l’Hérault, auprès de 53 ostréiculteurs de moins de 50 ans. Son but ? Définir une vision de l’avenir de la filière dans dix ans, pour déterminer les orientations stratégiques à prendre et, en suivant, un plan d’actions.

Selon ces deux enquêtes, les plus et moins de 50 ans ont pour préoccupation majeure l’environnement, le réchauffement climatique et les problèmes sanitaires. Autant de facteurs externes sur lesquels ils n’ont individuellement aucune prise directe. Autre inquiétude : la décroissance du nombre de professionnels dans les années à venir, due en grande partie aux nombreux départs en retraite dans les dix prochaines années et à l’absence d’attractivité du métier. Tous ont, par ailleurs, la même attente de soutien de la part des collectivités territoriales et la volonté que soient préservées des zones dédiées à la conchyliculture. “Un autre enjeu important est mentionné, celui d’un développement du tourisme en bonne intelligence et en tenant compte de leur avis”, complète Laure Tézenas, chargée de mission circuits de proximité à la Chambre d’agriculture. Et tous de souhaiter, enfin, que la lagune et ses productions bénéficient d’une meilleure notoriété. C’est donc à partir de cette vision exprimée par les professionnels que des axes stratégiques ont été arrêtés pour définir un projet commun à l’horizon 2030.

Les axes stratégiques de la filière

Le premier objectif stratégique, ‘produire dans un environnement instable’, s’articule autour de quatre axes. Le premier est celui du renouvellement des générations à assurer. Si, aujourd’hui, le nombre des conchyliculteurs est à peu près stable, soit près de 600, “d’ici dix ans, on devrait en perdre une centaine, à raison de 25 départs et 15 installations par an, soit une perte de 10 conchyliculteurs”, calcule Alexandre Chavey, chargé de mission unité prospective et innovation à la Chambre d’agriculture de l’Hérault. Le deuxième axe est la confirmation des zones de production terrestres et maritimes. Le troisième axe, quant à lui, concerne la préservation de la production, notamment en disposant d’un système d’aide à la décision, en organisant la distribution des tables de façon efficiente, et en développant la production de filières en mer. Enfin, le quatrième axe est d’encourager l’expérimentation et l’innovation, en travaillant, entre autres, à l’acquisition de références avec les partenaires tels que l’Ifremer, le Cepralmar, le CRCM, etc.

Le second objectif stratégique, ‘valoriser un produit de qualité’, s’articule également autour de quatre axes : proposer une production conchylicole méditerranéenne identitaire ; développer le tourisme conchylicole ; développer la dégustation ; et communiquer sur la qualité des produits et de la lagune. S’il n’y a rien à redire sur la qualité de la lagune et des produits, force est de constater qu’à la différence des autres bassins, il n’existe pas une identité claire des huîtres de Thau. Manque un socle commun, comme on peut en trouver à Marennes-Oléron ou Arcachon, pour ne citer que ces deux exemples, permettant de construire l’identité des huîtres de Thau et de Méditerranée. Si la démarche d’une IGP Huîtres de Thau, entreprise il y a deux ans par l’organisation des producteurs du bassin de Thau, est une bonne piste, ne serait-il pas plus opportun d’avoir une démarche de communication générique sur les huîtres de Méditerranée ? Ce qui impliquerait un socle commun minimum de qualité, auquel les conchyliculteurs n’adhèrent pas forcément. 

Les pistes étant lancées, et les groupes de travail constitués, la balle est désormais dans le camp de la profession. La synthèse des réunions de co-construction devrait être validée d’ici la fin du mois. Ensuite, une restitution sera faite auprès des partenaires institutionnels avant la fin du premier trimestre. Un animateur sera embauché au CRCM pour animer les groupes de travail et écrire le projet d’ici la fin de l’année. “Une fois les objectifs fixés par tous, je souhaite que cette démarche soit officialisée par la signature d’une charte du plan de notre filière. Dans tous les cas, il n’est pas question de faire une liste au Papa Noël. L’idée est qu’une fois la stratégie arrêtée, on embraye directement sur du concret pour assurer le renouvellement de la profession et la pérennité des entreprises”, conclut Patrice Lafont. 

Florence Guilhem

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