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Le clos de Barbairane : un modèle de micro-ferme

À Cabasse, Virginie Sicard travaille avec le vivant. Reconvertie en agriculture, elle a su trouver l’équilibre, en associant maraîchage et production d’œufs sur petite surface.

À Cabasse, Virginie Sicard fait du maraîchage diversifié sur sol vivant. © G. Lantes

Si elle a grandi à la campagne où elle a été "imprégnée de l’essentiel", Virginie Sicard s’en est éloignée un temps, au gré de son parcours de vie. Elle y est revenue, après avoir été professeure de français à l’étranger, puis assistante de direction d’une entreprise d’électrotechnique en Italie. "Je passais mes journées dans un bureau derrière mon écran d’ordinateur. Le contact et la nature me manquaient. Et puis, les histoires de la vie m’ont ramenée en France auprès de ma famille, et j’ai voulu me réorienter vers un métier d’extérieur. Je voulais redonner du sens à mes journées", raconte-t-elle. Elle s’intéresse, dans un premier temps, aux fermes pédagogiques, fait deux stages en immersion et opte finalement pour une activité agricole à part entière. "Je me suis vite aperçue que les fermes pédagogiques vivaient beaucoup de subventions et que, pour construire quelque chose de viable, il valait mieux se lancer dans la production", explique l’agricultrice.

Dès le départ, elle envisage un projet agroécologique, qui allie végétal et animal, le tout en agriculture biologique. Au terme de trois ans de quête de foncier, c’est à Cabasse, fin 2013, BPREA en poche, qu’elle concrétise son projet de micro-ferme en maraîchage et poules pondeuses. Étape par étape. "S’installer sur une petite surface n’a pas été simple. Il faut d’abord trouver le bon terrain. Puis, quand j’ai démarré en maraîchage, je ne remplissais pas les critères d’affiliation de l’époque pour être reconnue agricultrice à titre principal. Heureusement la Superficie minimum d'installation (SMI) exigée en poules pondeuses bio était moindre", se souvient Virginie.

Cultiver le vivant

Les débuts sont compliqués. En plus du travail de préparation de la terre, très caillouteuse, qu’elle avait sous-estimé, la productrice subit deux épisodes de gel et une inondation dès la première année, ce qui contrarie ses objectifs de mise en culture et le montant de sa Dotation jeune agriculteur (DJA). "Il y avait beaucoup de suspicion quant à la viabilité de la ferme, et j’ai été suivie de près pendant trois ans pour avoir accès à la DJA, dont les critères étaient malheureusement établis selon des références d’exploitations de moyennes et grandes surfaces", souligne-t-elle.

Bon an mal an, les choses se mettent en place. Elle s’oriente vers le maraîchage sur sol vivant, limite la mécanisation. Élevage et maraîchage sont organisés en complémentarité. En plus des poules, Virginie compte sur sa ferme deux cochons, un âne, des chevaux. "Le rôle des cochons était, en théorie, de retourner la terre, de l’amender et de désherber. Sauf que, sur un sol argilo-calcaire comme le mien, cela crée de gros amas qui sèchent. Et puis, c’est beaucoup de contraintes administratives et sanitaires maintenant, avec le risque de grippe porcine. Après, ce sont des animaux sympathiques, mais l’efficacité que j’en attendais n’est pas au rendez-vous", précise la productrice. Peu importe, Virginie s’adapte et s’attelle à installer des cercles vertueux.

Les déchets de culture vont aux animaux ou servent de paillage de culture, une fois broyés. Les fumiers sont utilisés comme amendement pour les planches de maraîchage. La ferme est ainsi autonome en la matière. Les apports de matière organiques permettent un meilleur stockage du carbone et favorisent l’absorption des pluies, parfois fortes, tout en limitant l’évaporation et l’érosion. Des haies coupe-vent sont aménagées et des nichoirs installés, pour favoriser la biodiversité. Virginie s’inspire de la nature et travaille avec elle. "Petit à petit, mon sol gagne en autofertilité. Selon les cultures, je n’apporte même plus de fumier", souligne l’agricultrice.

L’eau est évidemment un élément indispensable. La ferme est, d'une part, raccordée au Canal de Provence, et une retenue d’eau avec phyto épuration – qui permettra de créer un milieu humide et d’enrichir l’écosystème de la ferme – est, d’autre part, en cours d’aménagement.

Trouver le point d’équilibre

Sur sa petite ferme, Virginie cultive un peu moins de 1 000 m² de légumes plein champ et un peu moins de 1 500 m² sous abri. Elle produit sur cette surface pas moins d’une trentaine de légumes différents. En parallèle, elle élève 450 poules pondeuses, conduites en deux lots pour avoir des œufs toute l’année, sur un parcours de 1 900 m². Du moins en temps normal, car les mesures de lutte contre la grippe aviaire contraignent l’éleveuse de plein air à drastiquement réduire l’espace de vie de ses gallinacées.

La totalité de ses légumes et œufs est vendue en direct, soit sur les marchés alentour (au Luc et au Cannet-des-Maures), soit à la ferme une fois par semaine, soit via un système de commande en ligne avec une association de consommateurs du Thoronet. "C’est du circuit ultra-court pour de l’ultra frais. Je vends toute ma production dans un rayon maximum de 15 km. Tout est vendu du jour, ce qui m’évite de stocker. C’est un des atouts de nos petites fermes, qui en plus d’être résilientes, font vivre les territoires grâce à une agriculture vivrière", apprécie-t-elle. Elle aime aussi le lien noué avec la clientèle.

Jusqu’à il y a encore deux ans, les œufs représentaient la majeure partie de son chiffre d’affaires. C’est un peu moins de la moitié maintenant, sa production de légumes étant montée en puissance. Rien que ses tomates pèsent désormais pour 10 % de son chiffre d’affaires annuel.

En décembre dernier, Virginie a passé un nouveau cap crucial pour son travail au quotidien : elle a pu emménager sur sa ferme, ce qui lui simplifie vraiment la vie, mais n’a pas été sans difficulté. "J’ai eu beaucoup de mal à pouvoir faire un bâtiment agricole avec un logement. On m’a d’abord refusé le permis de construire. Mais, avec le soutien de la communauté de communes et de la Confédération paysanne du Var, j’ai pu faire valoir que les poules et les autres animaux présents ont besoin de moi tous les jours", indique la productrice. Finalement, elle dispose aujourd’hui d’un espace de stockage pour son matériel, d’un centre d’emballage d’œufs en cours d’agrément, et d’une habitation, qui lui permet de mieux concilier vie professionnelle et vie de famille.

"Au niveau social et familial, j’ai encore clairement une marge de progression à franchir. J’accueille des stagiaires qui apportent une aide, mais je suis seule la plupart du temps. Je fais 86 heures par semaine en haute saison, 75 en basse saison. Mais je pense que la technique, avec la complémentarité des ateliers de production et le travail sur sol vivant, va dans le sens de l’autonomie et de l’équilibre que je cherche", conclut Virginie Sicard.

Gabrielle Lantes

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