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Une unité de méthanisation en projet à Trets

Dans la vallée de l’Arc, l’Association des vignerons de la Sainte-Victoire participe à un projet de méthanisation, dont l’objectif est de créer, en local, un circuit vertueux de valorisation d’effluents et déchets agricoles.

Jean-Jacques Balikian, directeur de l’Association des vignerons de la Sainte-Victoire, Magali Schoulguine, technicienne de cave du Cellier Lou Bassaquet, et Benoit Giraud, associé chez Tenea Énergies. © G. Lantes

Voilà bientôt deux ans que l’Association des vignerons de la Sainte-Victoire a été sollicitée par l’entreprise Tenea Énergies1, en vue de développer un projet de méthanisation à la ferme qui s’appuierait sur la récupération des effluents de cave. “La société qui porte le projet s’engage à les récupérer et à les traiter gratuitement, pour produire du biogaz et du digestat, le résidu de la méthanisation que les agriculteurs pourront utiliser en fertilisation”, présente Jean-Jacques Balikian, directeur de l’association.

Un projet qui se construit pas à pas

Dans un premier temps, une étude pilote a été lancée, en partenariat avec la cave coopérative de Trets. “L’idée semble prometteuse. C’est rassurant dans la mesure où Tenea Énergies porte l’ensemble du projet. De notre côté, on a une source d’approvisionnement en eaux usées et lies de vinification. Mais nous avions des doutes sur le potentiel méthanogène des effluents de cave. On a donc collaboré à un essai, qui consiste à prélever et à analyser des effluents de différentes natures, à différentes périodes”, explique Magali Schoulguine, technicienne de cave du Cellier Lou Bassaquet. “L’expérience est à la fois facile et sérieuse. Il n’y a pas de contraintes logistiques. Tenea Énergies s’occupe d’envoyer les contenants, que je remplis et qui sont ensuite renvoyés directement en laboratoire”, précise-t-elle.

Trois prélèvements ont ainsi été analysés depuis les dernières vendanges, et un quatrième doit être réalisé après le nettoyage de pré-vendange. Déjà, les résultats s’avèrent probants. “Le potentiel méthanogène des eaux de lavage est largement supérieur à ce à quoi on s’attendait, probablement en raison des sucres présents. C’est en tous cas une bonne base”, assure Benoit Giraud, associé chez Tenea Énergies. “Il était essentiel de confirmer ce pouvoir méthanogène, en tenant compte de la saisonnalité des effluents, pour que le projet soit adapté”, souligne Jean-Jacques Balikian.

L’intérêt des caves du secteur était un autre prérequis indispensable. Afin d’assurer les volumes nécessaires à la viabilité de l’unité de méthanisation, le projet a d’abord été présenté aux quatre caves coopératives adhérentes de l’Association des vignerons de la Sainte-Victoire, qui représente près de 70 % des surfaces de la dénomination géographique complémentaire de l’AOC Côtes de Provence. “Aujourd’hui, beaucoup épandent leurs effluents. Ce n’est pas une solution durable à long terme : ça crée des contraintes de stockage, sans compter le manque de disponibilité des terres, avec la pression urbaine qui pèse sur le vignoble. Les caves coopératives ont donc tout de suite été séduites. Et le projet intéresse aussi des caves particulières qui externalisent la gestion de leurs effluents, ce qui est très couteux”, défend Jean-Jacques Balikian.

Avant de poursuivre : “On parle de ce projet depuis bientôt deux ans et, dans le contexte actuel, avec la guerre en Ukraine et les prix qui flambent, il est plus que jamais d’actualité. On voit combien il est important d’être plus autonomes, que ce soit sur le volet production d’énergie ou sur la fertilisation”.

Un circuit d’économie circulaire

Ce qui nous plaît surtout, c’est qu’on est sur un projet local d’économie circulaire”, ajoute le directeur de l’Association des vignerons de la Sainte-Victoire. “Cela s’inscrit parfaitement dans la continuité des actions que nous menons sur les apports massifs de Matière végétale affinée (MVA), issue de plateformes de déchets verts en proximité. Avec la MVA, on agit sur la structure du sol ; avec le digestat de méthanisation, très riche en éléments nutritifs, on fertilise”, apprécie-t-il encore. Le digestat fait d’ailleurs, depuis peu, l’objet d’un essai sur des parcelles du lycée agricole de Valabre. Il est notamment testé en compostage avec de la MVA. L’expérience, programmée sur cinq ans, est accompagnée par l’Inrae.

Le but, c’est de passer de déchets compliqués et couteux à gérer, à la valorisation d’éléments qui ne sont plus des déchets avec, d’une part, de l’énergie qui permet au territoire de gagner en autonomie ; et, d’autre part, un digestat qui retournera à l’agriculture et sera utilisable sur des terres certifiées en bio. On concentre les énergies au bon endroit, pour travailler en circulaire”, résume Benoit Giraud, pour Tenea Énergies.

Dans cet esprit, la structure de méthanisation, entité indépendante, assurera gratuitement la collecte et le traitement de la matière. Les apporteurs pourront récupérer le digestat produit, gratuitement à hauteur de la quantités d’azote apportée. “La matière homogénéisée qui est récupérée est en partie digérée, et donc plus assimilable. La question est maintenant de savoir si l’on sortira de la matière brute, qui a l’aspect d’une boue, ou si l’on sépare d’un côté la matière sèche, et de l’autre la partie liquide. C’est à l’étude, la réponse sera agronomique”, poursuit Benoit Giraud.

Enfin, Tenea Énergies projette aussi de produire du CO2. Quand on fait du méthane, on produit du CO2. Pas plus que si on laisse un tas de fumier, sauf que là, on peut le récupérer. On devrait donc être en capacité d’en fournir aux caves qui en utilisent, à un tarif intéressant. C’est un autre aspect de ce système circulaire”, complète l’associé de chez Tenea. Ceux qui le souhaitent pourront par ailleurs être intéressés au bénéfice, via une participation à l’investissement.

Le projet, baptisé ‘Métha Val Arc’, prévoit d’absorber entre 20 000 et 25 000 tonnes d’effluents et autres déchets agricoles à l’année, dont environ 8 000 t de matière solide. Pour fonctionner de manière optimale, des matières sèches doivent en effet venir compléter la base liquide des effluents de cave. Fumiers de cheval, lisiers de porc, grignons d’olive ainsi que déchets verts non ligneux issus de cultures de plantes aromatiques et d’iris seront également utilisés. “L’approvisionnement se fera dans un rayon de 25 km autour du méthaniseur”, précise Benoit Giraud.

À l’échelle du territoire

Traditionnellement, les projets de méthanisation à la ferme que nous développons n’associent qu’une dizaine d’agriculteurs. Ce n’est pas possible pour celui-ci, qui s’appuie sur des effluents de cave. Nous avons besoin de fédérer davantage. Le fait que l’Association des vignerons de la Sainte-Victoire soit bien organisée et connaisse parfaitement le tissu agricole local est un véritable atout”, souligne le représentant de Tenea.

D’une capacité de production de 90 à 95 Nm3/h (normaux mètres cubes à l’heure ndlr) de gaz, le méthaniseur devrait,être construit sur la commune de Trets, pour avoir une position centrale dans la vallée de l’Arc. “C’est une petite installation qui se ferait sur un hectare, dont seulement environ 1 500 m2 de bâti, avec deux silos et un hangar. C’est une activité agricole, qui traite uniquement des matières agricoles et peut donc se faire sur des terres agricoles. Nous régularisons les flux d’apport, pour ne pas avoir à faire de stockage”, indique le porteur de projet. La production de gaz équivaudrait à l’alimentation de 2 000 à 5 000 foyers, d’une part. La production d’engrais s’élèverait, d’autre part, à près de 90 %
du tonnage traité par le méthaniseur.

Validé par Métha’synergie, instance régionale chargée d’accompagner et d’intégrer les projets de méthanisation aux territoires en Provence Alpes Côte d’Azur, le projet ‘Métha Val Arc’ est en phase d’étude de faisabilité. Une fois celle-ci achevée, l’installation (classée au titre de la protection de l’environnement) devra faire l’objet d’un enregistrement auprès des services préfectoraux, une procédure moins lourde qu’une autorisation d’exploitation. Au terme de travaux de construction, dont la durée est estimée à neuf mois, l’unité pourrait être mise en service, au premier semestre 2024.

Si le milieu agricole et la collectivité font, pour l’heure, bon accueil au projet, l’acceptation de la population sera essentielle à son aboutissement. Les partenaires en présence en ont bien conscience. Une étude d’acceptabilité est prévue, de sorte à aller à la rencontre de l’ensemble des acteurs locaux et de répondre aux questions des riverains. “Tout se fait dans la transparence, et nous aurons des outils pédagogiques pour permettre à chacun de s’approprier cet outil de territoire”, explique
Benoit Giraud. “L’addition des compétences et des savoir-faire sur ce projet montre que nous sommes sérieux et responsables. C’est une des forces de ce projet. Tout ça se réfléchit dans un vrai souci de cohérence, en local”, plaide enfin Jean-Jacques Balikian, pour les Vignerons de la Sainte-Victoire.

Gabrielle Lantes

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