documentaire
Après des années à filmer le monde agricole, Tesslye Lopez et Isabelle Mandin ont décidé de mettre les agricultrices sur le devant de la scène pour montrer leurs conditions. Le documentaire a été projeté fin septembre dans l'Aude, l'Hérault et le Gard.
Une soixantaine de personnes étaient présentes pour assister à la projection du documentaire, le 29 septembre, à Gignac, dans l'Hérault.
© Crédit photo : LG
Les femmes sont de plus en plus nombreuses à investir le monde agricole, mais ont parfois du mal à trouver leur place dans un milieu qui reste majoritairement masculin. En France, elles représentent 30 % des actifs permanents agricoles, et 1/4 des chefs d'exploitation, coexploitants ou associés. "Dans l'Hérault, c'est 1/3 des chefs d'exploitation qui sont des femmes", se réjouit Stéphanie Canova, déléguée aux droits des femmes et à l'égalité dans le département, quelques minutes avant la projection du documentaire "Croquantes", au Domaine de Rieussec, à Gignac.
Une soixantaine de personnes se sont réunies dans ce domaine viticole, vendredi 29 septembre, à l'initiative de la MSA du Languedoc et de l'association Terre-Contact, pour la présentation de ce documentaire, sorti en 2022, qui parle de la condition féminine dans le monde agricole. Tesslye Lopez et Isabelle Mandin, les réalisatrices, ont suivi pendant plus de trois ans un groupe d'agricultrices de Loire-Atlantique, au cours de rencontres du Groupe Femmes organisées par le Centre d'initiatives pour valoriser l'agriculture et le milieu rural (Civam), mais aussi au sein de leurs exploitations.
"Nous avions beaucoup filmé le monde agricole avant de faire ce documentaire", explique Isabelle Mandin, accompagnée de deux des protagonistes. "Lorsqu'on arrivait dans les exploitations agricoles, on constatait qu'il y avait des femmes et des hommes qui travaillaient ensemble, qui étaient associés. On essayait d'encourager une prise de parole égalitaire, car les deux étaient des professionnels. Cependant, nous avons remarqué qu'il était, d'une part, difficile pour les femmes de se sentir légitimes pour parler de leur métier, de ce qu'elles font au quotidien, et d'autre part, délicat pour les hommes de leur laisser la place", raconte la réalisatrice. C'est donc de ce constat qu'est née l'envie de faire un film qui donne exclusivement la parole à des femmes, "afin que tout le monde puisse voir comment elles travaillent, comment elles manient avec brio l'intelligence collective, et comment celle-ci leur donne des ailes pour oser aller dans des organismes mixtes comme des coopératives agricoles, des Cuma, et se sentir plus légitimes pour prendre la parole."
Le documentaire aborde diverses problématiques auxquelles les femmes agricultrices sont confrontées. Elles expliquent comment, instinctivement, les hommes se tournent vers le travail mécanique et la conduite du tracteur, pendant que les femmes s'occupent quant à elles généralement de la partie administrative, de la traite ou de la transformation des produits. L'une des agricultrices montre comment ces stéréotypes sont d'ailleurs tout aussi pesants pour certains hommes que pour les femmes. En effet, elle raconte avec humour que son mari ne boit pas, n'aime pas la chasse, n'est pas un grand fan de tracteurs, et a donc, lui aussi, du mal à s'intégrer dans ce monde encore très codifié.
Ce film montre comment les rencontres du Groupe Femmes, et la mise en scène d'une pièce de théâtre sur leur condition, fait évoluer, chacune à leur rythme, les agricultrices. À l'issue de la projection, Anne-Lise Barraud, l'une des agricultrices présente dans le documentaire, raconte : "Il y a une grande porosité entre le travail et la vie familiale dans le monde agricole. Donc moi, cela m'a permis de questionner tout cela pour voir ce qui était de l'ordre du subi, du choisi, du reconnu ou du non reconnu. Une autre agricultrice est associée à son mari et ils travaillent tous les deux 70 heures par semaine. Depuis les échanges du groupe et le documentaire, elle fait désormais 35 heures sur la ferme et 35 heures de travail domestique rémunérées au même titre que son compagnon." Une autre agricultrice ajoute : "Lorsque tu vas dans un groupe et que tu fais confiance aux gens qui t'entourent, tu peux échanger et tu te rends compte que d'autres sont concernées par tes problématiques. Cela donne de la force. En agriculture, nous pouvons très vite nous isoler parce que c'est un métier dans lequel on travaille seul. Donc c'est très important de pouvoir échanger avec d'autres personnes !"
C'est la raison pour laquelle la tournée de présentation du documentaire prévoit de nombreuses dates dans des formations agricoles. Pour montrer aux filles qu'elles ne sont pas seules à choisir cette voie, et leur permettre de prendre la parole, d'exprimer ce qu'elles n'osent pas forcément dire dans des classes majoritairement composées de garçons. "J'ai pris plus confiance en moi. J'ai par exemple osé faire des formations, même si mes copines ne venaient pas. Avant, je n'osais pas, mais le fait de voir que d'autres le font, cela m'a permis de voir que je pouvais moi aussi le faire", conclut l'éleveuse de vaches.
La réalisatrice et les deux agricultrices présentes ont proposé un temps d'échanges à la fin de la projection. L'occasion pour de nombreuses personnes de les féliciter et de les remercier pour cette mise en lumière du travail qu'il reste à faire pour rendre ce métier plus égalitaire. Un agriculteur a également souhaité rebondir en concluant "qu'il est parfois difficile d'exister avec sa personnalité dans un univers très codifié. Il est important de mener ce combat ensemble, car certains hommes souffrent autant que certaines femmes de ce modèle, même s'il ne nous opprime pas de la même façon."
La MSA du Languedoc a ouvert, le 8 mars 2022, une ligne téléphonique (0800 104 042) uniquement destinée aux femmes en milieu rural.
Il s'agit d'une ligne d'écoute, pour que les femmes du monde agricole expriment leurs problèmes, mais aussi leurs propositions.
"La volonté de se rencontrer ressortait des appels", explique Karine Archimbaud, assistante sociale de la MSA, à l'agence de Clermont-l'Hérault. "C'est la raison pour laquelle nous allons regrouper ces femmes autour d'un café rencontre. Des ateliers seront proposés, afin d'essayer de libérer la parole. Ensuite, elles décideront si elles souhaitent poursuivre ces moments de rencontre ou pas." Les premières rencontres ont eu lieu le 10 octobre.
À savoir-
Cette note est issue des réflexions des paysannes et femmes rurales de différents groupes Civam sur tout le territoire, engagées dans des groupes en non-mixité. Elle aborde trois grands axes principaux : valoriser et visibiliser le travail des femmes rurales ; faciliter l'accès aux métiers techniques : voies d'apprentissage professionnelles et répartition des tâches ; et la non-mixité : un espace d'éducation populaire émancipateur puissant. Ce document présente également des propositions et des préconisations pour faire évoluer les fermes, les structures et les politiques publiques.
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