Var 19/06/2025
Partage

MAIRES RURAUX

"Engagez-vous !"

Maire de La Roquebrussanne depuis 2008, Michel Gros est aussi président de l'Association des maires ruraux du Var depuis 2020. À l'approche des élections municipales de 2026, il pointe les diverses difficultés entravant l'action des communes rurales, défend la richesse des territoires ruraux et prône un engagement au plus près du terrain.

Maire de La Roquebrussanne, Michel Gros est président de l'Assocation des maires ruraux du Var depuis 2020.

© Crédit photo : AMR 83

Comment vont les maires ruraux du Var ?

Michel Gros : "On vit encore une période de calme dans la plupart des communes, avec les festivités de l'été qui se préparent. Mais dès la rentrée, on va entrer en phase de turbulences. Les pressions liées aux élections municipales vont se faire sentir, les oppositions vont se mobiliser, les réseaux sociaux vont s'enflammer. Tout cela va enlever de la sérénité du point de vue de la gestion communale. On fait toutefois ce qu'il convient de faire pour défendre la ruralité, avec des projets qu'on a souvent beaucoup de mal à mettre en place, car on nous met beaucoup de bâtons dans les roues : entre inertie et variabilité des politiques publiques, c'est très difficile à suivre. Être maire demande énormément d'énergie."

Au point d'en pousser certains à jeter l'éponge ?

M.G. : "C'est en effet le cas un peu partout. Peut-être un peu moins dans le Var, qui est très attractif. On a tendance à voir notre département comme un territoire très urbain, alors que pas du tout. Le nombre de communes rurales varie chaque année selon les seuils de populations, mais 100 des 153 com- munes varoises sont adhérentes de l'Association des maires ruraux du Var. On trouve, certes, les territoires urbanisés les plus peuplés sur la frange littorale, mais une large part du territoire reste rural.

Ceci dit, face à l'administration, on est tellement freiné et bloqué que, même quand on fait le maximum, on n'arrive pas toujours à répondre aux attentes des administrés, qui sont de plus en plus exigeants. Ça peut décourager des élus, pris en étau entre les multiples complexifications qui pèsent sur leur action, et certains administrés qui vivent dans l'immédiateté, et veulent ceci ou cela tout de suite parce qu'ils paient des impôts.

Alors, certains maires ont déjà annoncé qu'ils s'arrêteraient. Il y aura forcément du changement. On verra dans quelle mesure en 2026."

Quelles sont les principales difficultés sur le terrain ?

M.G. : "C'est variable selon les communes, mais il y a des constantes au niveau national. D'abord, la complexité administrative que l'on ressent à tous les niveaux. Les chocs de simplification ne font que complexifier les choses davantage à chaque fois, les normes ne cessent d'évoluer. On se heurte globalement à un manque de bon sens et à l'absence de vision globale. C'est usant.

"Les maires restent en première ligne, à portée d'engueulade des administrés"

Les cahiers de doléances pendant le mouvement des gilets jaunes ont été mis en place par les maires ruraux. Le Covid, les maires s'y sont collés aussi. Dans ces cas-là, on nous dit qu'on est indispensable, mais sitôt la crise passée, on nous balaye.

Le manque de moyens, année après année, rabote nos capacités à agir.

À tout cela, s'ajoutent les enjeux locaux : comment faire venir un médecin, sauver le dernier commerce, rapprocher les habitants des services publics, faciliter l'accès à la culture, aménager intelligemment l'espace... ?

Il y a aussi la perte des compétences du fait de leur transfert aux intercommunalités. Les maires restent pourtant en première ligne, à portée d'engueulade des administrés."

Et l'agriculture dans tout cela ?

M.G. : "L'agriculture est un pilier de notre ruralité. Le Var reste un territoire agricole, porté principalement par sa viticulture, qui a fait d'énormes progrès en termes de qualité et d'environnement. Aujourd'hui, la quasi-totalité des vignes est enherbée. L'agriculture varoise en général a beaucoup progressé. Sur ma commune, avec la Chambre d'agriculture, nous avons mis en place la première Zone agricole protégée (ZAP) du département il y a plusieurs années. Nous avons aussi pu installer un berger.

Il faut saluer le travail et les efforts des agriculteurs qui mettent en place des cercles vertueux, et permettent à tout un chacun d'avoir un cadre de vie agréable. Il y a aussi tout un volet patrimonial et, au-delà, des métiers et des savoir-faire. Préserver les terres agricoles a un impact sur les paysages, sur l'environnement, sur l'économie. C'est très positif.

Il faut donc veiller à ne surtout pas opposer les agriculteurs et le reste de la population. À La Roquebrussanne, on met les producteurs en avant chaque fois qu'on peut, comme lors de la fête du vin avec la cave coopérative. Pour paraphraser Alphonse Daudet, il n'est pas question de recréer des villes à la campagne. L'enjeu est d'envergure dans nos communes rurales, car en préservant le tissu agricole et les espaces naturels, on préserve ce cadre de vie qui attire les gens. Une commune rurale, c'est une commune où il y a de l'agriculture."

Le changement climatique est une autre problématique partagée avec le monde agricole ?

M.G. : "Le changement climatique s'exprime particulièrement dans les territoires ruraux avec les sécheresses, les incendies, les arbres qui dépérissent et tous les aléas qui impactent les cultures. Il y a aussi les passoires thermiques, très présentes dans les centres historiques de nos communes, où les habitants se retrouvent en situation de fragilité. Là encore, on est en première ligne. La profession agricole a pris le sujet en main. Il y a aussi une prise de conscience chez les élus comme chez nos concitoyens, et encore beaucoup de travail à faire. Les effets du changement climatique sont là et vont se faire sentir de plus en plus fort. Il ne s'agit pas de faire peur aux gens, mais on peut encore agir, alors n'attendons pas ! Pour moi, cela commence par un retour à une certaine sobriété, car les ressources naturelles ne sont pas infinies."

Qu'en est-il de la souveraineté alimentaire et des Projets alimentaires territoriaux ?

M.G. : "Les PAT ne sont pas portés à l'échelle communale, mais par les intercommunalités. Et les moyens et les marges de manœuvre sont finalement assez limités pour les communes. Cela pose la question du rôle des maires au sein des EPCI [Établissement public de coopération intercommunale, ndlr], qui dépend du président, des élus et des projets. La loi NOTRe nous a contraints à rejoindre des intercommunalités pour faire des économies d'échelle, mais ce n'est pas simple et certains maires peuvent s'y sentir isolés. Les intercommunalités ont été inventées pour faire à plusieurs ce qu'on ne pouvait pas faire seul. Malheureusement, ce ne sont pas les maires qui les ont définies comme on les connaît aujourd'hui."

Comme en agriculture, le renouvellement des générations est-il aussi un enjeu pour les maires ruraux ?

M.G. : "Au sein de l'Association des maires ruraux de France, dont je suis vice-président, on travaille dans ce sens sur le statut de l'élu. À titre personnel, j'ai renoncé à ma carrière pour assumer pleinement mes fonctions d'élu, et ce n'est pas un choix simple. On demande donc un véritable statut pour une meilleure reconnaissance et pour favoriser l'engagement. Les indemnités calculées selon la population ne nous font pas vivre. D'ailleurs, souvent, ce sont des retraités qui s'engagent dans la vie publique. Il y a heureusement aussi quelques jeunes mais ils souffrent, car si on ne veut sacrifier ni son engagement d'élu, ni sa vie professionnelle, c'est la vie personnelle qui en pâtit."

Quel message adresseriez-vous aux potentiels candidats aux prochaines élections municipales ?

M.G. : "Depuis 1789, les maires agissent au contact du terrain, où l'on trouve une richesse énorme. Malheureusement, on voit aujourd'hui trop de politique politicienne. Quand des courants politiques se mobilisent pour faire un résultat électoral, plutôt que pour travailler pour les territoires, c'est un risque.

La France a besoin des territoires ruraux et les territoires ruraux ont besoin de maires engagés. Alors, engagez-vous !

Ceci dit, la charge mentale est forte : on est dans un tourbillon quotidien avec de gros pépins et de petites joies. Mais il y a aussi de belles satisfactions, quand on arrive à créer quelque chose, à trouver une solution à un problème, bref, quand on fait de la politique au sens noble du terme. Il faut garder cet optimisme, car il y a toujours à faire." 

Propos recueillis par Gabrielle Lantes •

LE SAVIEZ-VOUS ?-

82

Sur les 153 communes du Var, 82 sont actuellement considérées comme des communes rurales, au sens du Code général des collectivités territoriales. La liste des communes rurales est fixée par arrêté préfectoral dans chaque département.

Gabrielle Lantes •

ICI
Votre encart
publicitaire !

Sur le même thème

Occitanie 21/12/2023

Occitanie

L'eau, une chance pour la r...

Mercredi 6 décembre a eu lieu un colloque sur la thématique de l'eau, qui aura permis de rassembler la totalité des acteurs concernés. Les enjeux sont immenses, t...
Aude, Gard, Hérault, Lozère 10/02/2023

Crédit agricoledu Languedoc

Le secteur agricole  a bien...

Situation financière et économique des exploitations agricoles suivies par le Crédit agricole du Languedoc, avec Yoann Capdevielle et Florence Poletti, en charge...
Aude, Gard, Hérault 05/05/2022

La Coopération agricole Occ...

C’était l’assemblée générale ordinaire de La Coopération agricole Occitanie, vendredi 22 avril. A cette occasion, de nombreux professionnels de l’agriculture sont...

Annonces légales

Publiez facilement vos annonces légales dans toute la France.

Grâce à notre réseau de journaux partenaires.

Attestation immédiate, service 24h/24, 7 jours/7

Derniers tweets

10/05/2023
@EPVarois fait le point sur les tendances et enjeux du marché foncier agricole varois avec le nouveau directeur départemental de la #SAFER Paca et le président du comité technique. https://t.co/qAljvKlzlO
https://t.co/qAljvKlzlO
28/04/2023
[A LA #UNE 📰]@AgriProv👇La Coopération Agricole Sud acte sa fusion avec les caves coopératives du 13 et du 83 ! 🍷, #eau 💧Appel à la sobriété, Groupama Méditerranée maintien le cap, un dossier #travaildusol et en📸 cap sur la grenade avec le projet de Frédéric Chabert sur Arles https://t.co/Vf3e5Z07t0
https://t.co/Vf3e5Z07t0
06/06/2023
🗞️Tradition, consommation et vigilance @VigneronsCoop 🍷-💧Extension du réseau hydraulique 'Colline des Costières' @BRLGroupe @Occitanie - 🐴Le festival Prom'Aude - Fusion @_Ctifl et La Tapy #expé - 🌡️Aléas #climat : solutions et prospectives - 📸Guillaume Chirat, maître #pâtes https://t.co/9XDBtwaWsl
https://t.co/9XDBtwaWsl

Abonnez-vous à nos hebdos

Chaque semaine, retrouvez toute l'actualité de votre département, des infos techniques et pratiques pour vous accompagner au quotidien...

Découvrez toutes nos formules

Dernières actualités

Newsletters

Inscrivez-vous GRATUITEMENT à nos newsletters pour ne rien rater de notre actualité !

S'abonner

Gardons le contact

Twitter : suivez toute l'actualité agricole utile du moment, réagissez
Facebook : partagez encore plus de posts sur l'actualité agricole de votre territoire
Instagram : suivez nos bons plans et partagez nos galeries de photos
Linkedin : élargissez votre réseau professionnel
Youtube : vidéos, interviews, DIY...