Salses-le-Château
Au Domaine Singla, la vigne n'est pas seulement une culture, c'est une manière d'habiter le monde. Héritier d'une lignée de vignerons enracinée depuis 9 générations en Roussillon, Laurent de Besombes Singla conjugue héritage et création. Il défend l'idée d'un vin qui porte des émotions, relie les gens et s'inscrit dans la durée.
Une nouvelle cave intégrée dans la nature
© Crédit photo : AV
"L'homme croit quelquefois qu'il a été créé pour dominer, pour diriger. Il se trompe, il fait seulement partie du tout. Sa fonction ne consiste pas à exploiter, mais à surveiller, à être régisseur. L'homme n'a ni pouvoir, ni privilège, seulement des responsabilités." Ces mots d'Oren Lyons, chef amérindien et figure du peuple iroquois, accueillent le visiteur sur le site du Domaine Singla. Ils résument la philosophie de Laurent de Besombes Singla : un vigneron qui se pense intendant plutôt que propriétaire, dépositaire d'un patrimoine qu'il a pour mission de faire vivre.
Tout commence en 1745. Les premiers Singla, protestants du Biterrois rescapés des guerres de religion, quittent leurs terres pour trouver refuge plus au sud. Ils s'installent à Port-Vendres. Ruinés mais déterminés, ils se réinventent en négociants. Trois bateaux - l'Henri, le Singla et l'Édouard - prennent la mer, chargés de vin, et sillonnent le pourtour méditerranéen. C'est sur ces flots qu'ils reconstruisent leur avenir.
Mais au bout de quelques années, la mer laisse place à la terre. Les Singla s'enracinent dans la plaine du Roussillon et choisissent la vigne comme nouveau socle. De négociants, ils deviennent vignerons. La transmission est en marche, et elle ne s'interrompra plus.
À la fin du XVIIIe siècle, au moment où le Roussillon est rattaché à la France et que de nouvelles familles affluent pour s'y installer, arrivent les de Besombes. Ils commencent par l'élevage des vers à soie, avant de se tourner eux aussi vers la vigne. Sur les anciens cadastres figure déjà le Mas de Besombes, témoin de leur ancrage ancien dans le paysage de Rivesaltes.
L'union des 2 lignées se fait au niveau de l'arrière-grand-père de Laurent, au XIXe siècle. Une alliance qui scelle leur destin viticole commun et dont il est aujourd'hui l'héritier. "C'est une transmission qui s'est faite dans le silence et sans obligation. Ce qui est beau, c'est que l'héritage n'a jamais été un poids. Ça a été naturel", insiste-t-il.
Lui pourtant, se destinait au droit. Mais sur ses cahiers, il se surprend à dessiner une cave idéale, comme si la vigne le rattrapait déjà. En 1998, il passe une année entière comme ouvrier agricole aux côtés de son père. "J'ai découvert la taille, les labours, la fatigue et la joie des gestes de vigneron", raconte-t-il. Trois ans plus tard, il reprend le domaine. Son père, Jean, s'efface et lui confie les rênes.
Une des premières décisions sera fondamentale : conversion en bio. Depuis 2006, le Domaine Singla est certifié en agriculture biologique. Fini les intrants chimiques, place aux décoctions de prêle, de consoude, d'ortie ou de fenouil, au soufre et à la chaux. Les 50 ha du domaine offrent une mosaïque de terroirs plantés de grenache noir, blanc et gris, carignan, mourvèdre, syrah, macabeu, muscat d'Alexandrie et muscat à petits grains. "L'expression d'une parcelle dans une bouteille", résume Laurent.
Préserver, mais aussi inventer. Au début des années 2000, avec Fabrice et Alexandre Rieu, il fonde Nayandei. Des muscats pétillants servis dans des bouteilles design, distribués dans les bars branchés. Une aventure qui décroche en 2002 un prix de l'Agropole, remis lors du salon de l'innovation agroalimentaire, sous l'égide du ministre de l'Agriculture de l'époque, Hervé Gaymard. Bubbles et Nolita bousculent les codes. "On avait compris que le contenant était aussi important que le contenu."
Aujourd'hui encore, ses rivesaltes s'habillent de flacons de whisky, élégants et singuliers, pour repositionner le vin doux naturel.
Ouvert au monde, le Domaine expédie 55% de sa production à l'export. "Nous faisons des vins voyageurs, qui n'ont pas peur des gens." Une petite bouteille de Rivesaltes a fait le tour du monde - un peu comme le nain dans Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain - et a été photographiée de Zanzibar à Montréal, en passant par les contreforts de l'Himalaya, Hong Kong, New York, Hawaï... À Singapour, un Rivesaltes 1965 a même été choisi pour célébrer les 60 ans de la cité-État. "Être vigneron, ce n'est pas simplement mettre du raisin dans une cuve pour une transformation alcoolique. C'est donner des émotions. On donne de la joie et du plaisir aux gens."
Père de 6 enfants, il refuse d'imposer un destin. "Mes enfants, ils ne me doivent rien. S'ils sont heureux, je suis heureux." Mais Laurent a néanmoins conscience que la question de la transmission est un sujet de société : "Ce qui conduit les agriculteurs au suicide, c'est de se dire qu'ils sont la dernière génération, qu'ils vont tout perdre et notamment le patrimoine familial", regrette-t-il.
Les défis sont là : sécheresse persistante, consommation en berne, crises économiques. Laurent garde en mémoire la grêle de 1979, qui terrassa son grand-père d'un infarctus. Alors il s'accroche. Plutôt que d'arracher les vignes qui n'ont plus un bon rendement, il en replante des nouvelles. "Les vieilles vignes, c'est comme des vieux livres : on ne les brûle pas... et on plante à côté les vieilles vignes de demain", déclare-t-il, comme un acte de foi.
Cet esprit prend forme dans sa nouvelle cave, projet en gestation depuis 4 ans. Inspirée par une cave de la Napa Valley qui avait marqué Laurent, elle se dresse aujourd'hui au milieu des vignes. Un bâtiment contemporain, sans frontières entre intérieur et extérieur. "La nature entre dans la cave", se réjouit-il. Depuis ses baies ouvertes, la vue embrasse la plaine et s'élève jusqu'au Canigou.
Un lieu pensé comme un prolongement de la terre, où le vin s'élabore dans le dialogue avec le paysage. Une manière de rappeler, encore, que l'homme n'est pas maître ici.
Dans sa cave "qui rend sexy le monde du vin", Laurent de Besombes Singla poursuit son chemin. Héritier d'un passé, gardien d'un patrimoine vivant, il se lève chaque matin avec pour ambition de donner de l'émotion. Ses vins voyagent, mais ils racontent toujours cette terre fière, rude et lumineuse du Roussillon, "cette terre rouge qui brûle la peau lorsqu'on la laboure".
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