Bouches-du-Rhône 03/07/2025
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maires ruraux

"Faire beaucoup avec peu"

À La Barben, petit village provençal niché entre Salon-de-Provence et Lançon, Franck Santos est maire depuis 2020. Le président de l'Association des maires ruraux du département raconte les réalités d'un mandat rural, entre engagement total, marges de manœuvre réduites et solitude face aux lourdeurs administratives.

Franck Santos, maire de La Barben, est également président de l'Association des maires ruraux des Bouches-du-Rhône.

© Crédit photo : ED

Selon une enquête du Cevipof réalisée en novembre 2023, 1 300 maires avaient démissionné au cours des trois dernières années. Parmi les raisons citées : les relations avec des citoyens de plus en plus exigeants (13,6 %), les relations de plus en plus complexes avec les services de l'État (12,3 %), la difficile conciliation du mandat avec une vie personnelle et/ou professionnelle (11 %) et la montée des violences (10,8 %). Pour parler des communes rurales, mettre en avant le 'métier' de maire et ses difficultés, nous donnons cet été la parole aux maires ruraux des Bouches-du- Rhône.

Quel a été le point de départ de votre engagement politique ?

Franck Santos : "Je suis originaire de Port-de-Bouc, arrivé dans les années 80 à Salon-de-Provence, puis à La Barben en 1996. Ce village m'a tout de suite séduit, et surtout son maire de l'époque. Il incarnait ce que j'appelle 'l'esprit village' : accessible, impliqué, entièrement tourné vers sa commune. Il m'a donné l'envie de m'engager un jour à mon tour.

J'ai longtemps été pris par mes responsabilités professionnelles dans la maintenance industrielle, et je voyageais beaucoup. L'engagement politique n'était alors pas possible. Mais à partir de 2014, j'ai franchi le pas. J'avais cette envie profonde d'agir, de préserver notre cadre de vie, d'accompagner un développement raisonné. Ce n'était pas un projet de carrière, mais un choix pour ma commune."

Quels sont les défis que vous affrontez ?

F.S. : "Les difficultés sont nombreuses et très différentes de celles rencontrées dans les grandes villes. Ici, le maire est souvent seul. On est à la fois l'élu, le gestionnaire, le médiateur, le bricoleur... Il faut tout faire, faire beaucoup, souvent avec peu de moyens. Il faut aimer ça, avoir le bon état d'esprit.

Quand on vient du secteur privé, on est parfois déstabilisé par l'inertie administrative. Les strates, les délais, les normes qui s'empilent... on met un temps fou à faire aboutir des projets. Et cette lenteur ne fait qu'augmenter."

Certaines réalisations vous ont-elles donné satisfaction ?

F.S. : "Bien sûr et heureusement ! Avec l'équipe municipale, nous avons pu mener plusieurs projets qui redonnent vie au village. La Barben a toujours été connue pour son zoo et son château. Mais les visiteurs ne s'y arrêtaient pas. Il fallait créer un cœur de bourg accueillant.

La réouverture de restaurants, la redynamisation du centre, la réhabilitation de la mairie ont changé notre quotidien.

Nous avons aussi mis en place une police municipale, adaptée à nos besoins. Il n'y a pas de délinquance lourde à La Barben, mais une présence rassurante pour les habitants, axée sur la prévention. Cela participe à la qualité de vie."

Vous parlez souvent de 'l'esprit village'. Que mettez-vous derrière cette expression ?

F.S. : "C'est un état d'esprit. Un maire rural vit avec ses administrés, il est leur voisin, leur interlocuteur, parfois même leur dernier recours. La proximité est permanente. Il faut écouter, arbitrer, mais aussi protéger un mode de vie paisible, sans pour autant ignorer les réalités sociales du monde d'aujourd'hui.

Dans un petit village, la politique n'a pas la même portée qu'ailleurs. On n'est pas là pour faire carrière ou idéologie. On est là pour maintenir un cadre de vie, gérer les tensions, et préserver un lien social souvent fragile."

Quelle place occupe l'agriculture dans votre projet communal ?

F.S. : "L'agriculture est au cœur de notre projet. C'est un choix très clair. Nous ne voulons pas d'un développement urbain incontrôlé. Même si un projet de 45 logements nous est imposé par le Schéma de cohérence territoriale (SCoT), ce n'est pas notre vocation que de faire croître la population du village.

Nous préférons redonner vie à nos 200 hectares de friches agricoles. Un projet de Zone agricole protégée (ZAP) est en cours, validé par la Chambre d'agriculture et le Canal de Provence. Il ne manque plus que la Métropole mobilise les financements. Pour nous, développer l'agriculture, c'est investir dans la souveraineté alimentaire, dans le bon sens."

La pression foncière est-elle un enjeu sur votre commune ?

F.S. : "Elle est bien là, même si nous ne connaissons pas de phénomènes graves de cabanisation ou de détournement d'usage. Nous veillons à préserver nos espaces naturels, comme le site du Puy de Madame, un joyau du village.

Nous y avons créé un parcours pédagogique, ce qui a permis de redonner envie aux habitants de le fréquenter. Ce projet a aussi bloqué une urbanisation inadaptée, et nous travaillons aujourd'hui à un arrêté préfectoral pour la protection de la biodiversité sur ce site."

Les marges de manœuvre des petites communes vous semblent-elles suffisantes ?

F.S. : "Elles sont très limitées. Le Département reste un partenaire important. Mais avec l'État, tout devient compliqué. Les aides comme la DETR [Dotation d'équipement des territoires ruraux, ndlr] se font plus rares, plus difficiles à obtenir. Il faut monter des dossiers très complexes, pour des montants parfois modestes.

Et surtout, nous faisons face à des injonctions contradictoires. On nous demande de produire plus de logements sociaux, tout en restreignant l'urbanisation. On nous incite à soutenir l'agriculture, mais aussi à déployer des projets d'énergies renouvelables, parfois sur les mêmes espaces.

Nous avions identifié une friche de trois hectares pour accueillir un parc photovoltaïque... tout en conservant un usage pastoral. Le projet était cohérent. Pourtant, il a été rejeté. C'est incompréhensible."

Vous êtes président de l'Association des maires ruraux des Bouches-du-Rhône. Que peut apporter cette structure aux maires ruraux ?

F.S. : "Nous avions besoin d'un outil pour faire entendre notre voix. L'idée de créer l'AMR 13 est née lors du congrès national des maires ruraux en 2023. Depuis, de nombreux maires du département nous ont rejoints.

Nos communes sont confrontées aux mêmes problèmes : peu de moyens, des agents polyvalents épuisés, une difficulté à peser dans les instances. Avec l'association, nous mutualisons nos expériences, nous cherchons ensemble les chemins des aides, des subventions.

L'AMR 13 est un levier d'action. Elle nous permet aussi de faire remonter nos réalités auprès des services de l'État. Il est temps que l'on écoute enfin les maires ruraux, ces élus qui connaissent leur territoire mieux que quiconque."

Comment voyez-vous l'avenir de la fonction de maire rural ?

F.S. : "Le mandat en cours a été, pour beaucoup, le plus difficile. La fonction perd de sa liberté, de sa capacité à agir. On se sent parfois ignorés, enfermés dans des carcans administratifs.

Mais malgré tout, je crois que notre rôle reste essentiel. Les maires sont les piliers de la République. Ceux des petites communes doivent être soutenus, reconnus, mieux accompagnés. Sans cela, nous risquons de voir cette fonction se vider de sa substance. Et ce serait une lourde perte pour les terri- toires." 

Emmanuel Delarue •

Les CHIFFRES clés

2 200 hectares dont 1 100 ha d'espaces naturels (site de Puy de Madame)

700 ha sont privés (zoo, Roche Mistral)

200 ha sont actuellement en friche

100 ha sont urbanisés

900 habitants

L'école compte 75 enfants

Le village compte une quinzaine d'entreprises et 5 exploitations agricoles

Emmanuel Delarue •

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