Pyrénées-Orientales 02/10/2025
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MANIFESTATION

À Perpignan Sud, les agriculteurs allument le feu de la colère

Sous un ciel bas et des flammes hautes, le rond-point du péage Sud de Perpignan était le siège, vendredi 26 septembre, de la mobilisation des agriculteurs des Pyrénées-Orientales. 

"Ensemble on tient, seul on ploie. Notre solidarité est notre plus belle arme”, déclare Enzo Rodriguez, président des Jeunes Agriculteurs dans un discours fort et sensible.

© Crédit photo : Anne Vivien

Alignés en travers de la chaussée et sur le rond-point, des tracteurs aux bennes pleines de souches sèches s'installent. Quelques dizaines de minutes plus tard, leur chargement est déversé sur l'herbe, se fédérant dans un énorme tas inflammable, sous le regard de policiers surveillant calmement la scène. À l'appel conjoint des Jeunes Agriculteurs et de la FDSEA des Pyrénées-Orientales, une centaine de producteurs a convergé ici ce vendredi, décidés à faire entendre un message : faute de réponses rapides, c'est la survie même de leur agriculture qui est en jeu.

Derrière les orateurs, des tas de ceps arrachés crépitent dans le brasier, symbole d'un territoire meurtri. Le feu, visible de loin, résume la colère d'un monde rural à bout de souffle. Sur les panneaux lumineux de Vinci Autoroutes, un message défile : "Barcelone : accès autoroute fermé". 

"Tant que nous restons unis, nous pourrons transformer ces épreuves en victoire"

Premier à prendre la parole, micro en main, Enzo Rodriguez, président des Jeunes Agriculteurs 66, a placé son discours sous le signe de la solidarité : "Le syndicalisme n'est pas une vieille idée poussiéreuse : c'est notre outil ! Notre force ! La preuve qu'ensemble nous obtenons des victoires."

"Ensemble, on tient. Seul, on ploie"

Très applaudi, Enzo Rodriguez insiste sur la dimension humaine de la crise agricole. Il invite ses collègues en détresse à ne pas s'isoler : "Ceux qui traversent des périodes de mal-être ne doivent pas rester seuls." 

Son appel incarne le dernier rempart face au découragement dans le monde agricole. "Notre solidarité est notre plus belle arme, et tant que nous restons unis, nous pourrons transformer ces épreuves en victoire", déclare-t-il en véritable meneur d'hommes.

Puis, élargissant son propos aux enjeux collectifs, le président des JA 66 a dressé un constat sévère : une PAC affaiblie qui "ne soutient plus nos exploitations", des accords commerciaux injustes comme le Mercosur qui "menacent nos filières et nos standards", des taxes absurdes qui fragilisent encore les marchés, et des importations venues de pays aux règles inégales.

Enfin, il a martelé ce qu'il considère comme l'évidence première : "Sans eau, il n'y a pas d'agriculture et sans agriculture, il n'y a pas de nourriture". Pour lui, seule une gestion équitable et durable de la ressource permettra d'installer des jeunes, de maintenir les exploitations et de nourrir la population. "Les agriculteurs ne demandent pas des privilèges", a-t-il conclu, "ils demandent la loyauté, l'équité et la reconnaissance."

"Il faut des solutions rapides"

Lorsqu'Enzo passe le micro à Bruno Vila, président de la FDSEA 66, l'atmosphère s'assombrit un peu plus. Il dresse un constat implacable : "Notre filière viticole est à l'agonie." Derrière lui, les souches brûlent de plus belle, comme pour illustrer son propos. "Depuis des années, on produit à peine la moitié de ce que l'on devrait. Les vignerons doivent vivre dignement de leur métier. Ils bossent 50, 60 heures par semaine et n'arrivent plus à se projeter", regrette Bruno Vila. Pour lui, c'est tout un territoire qui est menacé : "Tout ce qui s'arrache aujourd'hui sera la désolation demain. C'est notre paysage, notre patrimoine qui disparaît... celui pour lequel les gens viennent en vacances dans notre département".

Il alerte aussi sur le coût collectif de l'abandon : incendies, désertification, facture publique alourdie. Puis vient l'enjeu central : l'eau. "La vigne, culture autrefois non irriguée, est en train de mourir. Il faut des solutions rapides, pas des projets à dix ans. Ce n'est pas possible d'appliquer les mêmes règles en Bretagne et dans les Pyrénées-Orientales. Ici, il faut des règles spécifiques, adaptées à notre réalité."

Enfin, il dénonce les impasses phytosanitaires : "Si certaines molécules sont jugées dangereuses, interdisons aussi les produits importés qui en contiennent et qui arrivent sur nos étals. On ne peut pas importer ce qu'on nous empêche de produire".

Au cœur des discussions 

Après les interventions au micro, la parole continue de circuler autour du crépitement d'une saucisse qui grille. On entend d'autres voix, qui disent la même détresse, mais aussi une analyse fine des problèmes. 

Marjorie Banyuls, viticultrice, arboricultrice et vice-présidente des Jeunes Agriculteurs, résume l'étouffement des petites exploitations : "On a des marchés qui s'effondrent, des friches partout, des arrachages... c'est très dur. Aujourd'hui, on est là pour donner un coup de poing symbolique, pour dire qu'on veut survivre et être entendus".

Un peu plus loin, Jean Sales, agriculteur retraité de la Maison Sales, ramène le débat à l'essentiel : la rémunération. "Tant que le prix payé à la production ne dépasse pas le coût du producteur, et qu'on met les producteurs en concurrence avec des pays aux réglementations différentes, on ne s'en sortira pas", affirme-t-il. Pour lui, la clé est dans la répartition de la valeur : "Les agriculteurs doivent recevoir plus d'argent du prix payé par le consommateur".

Enfin, Gérard Majoral, président de la Fédération départementale de Groupama, élargit la réflexion à l'échelle du territoire : "C'est ici qu'ont démarré les premiers drames des importations. On doit être considérés autrement, pas comme un laboratoire de la misère, mais comme un laboratoire de solutions pour l'avenir".

Face au brasier, des promesses sur papier

En début d'après-midi, une délégation composée de la présidente de la Chambre d'agriculture et des représentants syndicaux a été reçue en préfecture. Dans un communiqué diffusé en soirée, Pierre Regnault de la Mothe, préfet des Pyrénées-Orientales, a tenté de calmer la colère.

Il a promis une mobilisation de ses services pour répondre "aux problèmes les plus urgents", une accélération des projets du plan Résilience eau - notamment la réutilisation des eaux usées traitées, le maillage de l'Agly et l'irrigation dans les Aspres - et surtout l'organisation, le 27 octobre prochain, d'assises départementales de la viticulture.

Ces assises devront traiter 6 enjeux stratégiques : la ressource en eau, la commercialisation et le marketing, l'innovation et les nouveaux produits, la structuration et la rationalisation des coopératives, la diversification des revenus et la gestion du foncier. "La situation actuelle est difficile. Mais l'avenir existe. Nous devons le préparer dans un esprit d'unité", a conclu le préfet.

Quand les agriculteurs lèvent le camp, ils laissent derrière eux une traînée de pêches invendues déversées sur le bitume... une matérialisation du prix cassé, du fruit du travail réduit à néant. 

Anne Vivien •

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