AUDE
Deux troupeaux de race Gasconne des Pyrénées - à Mazuby et Galinagues - des cochons, ainsi que des carottes, des oignons et des pommes de terre du Pays de Sault en agriculture biologique sont produits par Patricia Corsini, Jean-Jacques Mathieu et leur fils Luigi Mathieu.
Gaec de la ferme de Mazuby, Aude. Jean-Jacques Mathieu et Luigi Mathieu, son fils
© Crédit photo : JB
Dans les années 90, Patricia et Jean-Jacques étaient céréa- liers-maraîchers à Tréziers, dans le Razès. Après 18 ans de production en agriculture biologique, ils font un constat : un sol cultivé uniquement en végétal s'appauvrit. Ils décident alors d'intégrer l'élevage à leur activité et acquièrent une ferme à Mazuby, un village haut perché, où ils sont seuls agriculteurs parmi "20 ha- bitants l'hiver, 150 au mois d'août".
Le couple est autonome pour l'alimentation de ses animaux. Leur troupeau de gasconnes des Pyrénées, élevé en extensif, transhume chaque été sur l'estive de Campagna-Mazuby, aux côtés de ceux de 12 au- tres éleveurs bovins et ovins venus des Corbières, du Chalabrais et d'ailleurs. "Nous savons que les aides de la Politique agricole commune sont différentes pour ceux en montagne et nous voulons ouvrir l'estive à tout le monde, notamment aux jeunes installés."
Dans cette logique d'autonomie et de complémentarité, l'élevage s'est aussi diversifié avec l'arrivée, il y a deux ans, de cochons croisés duroc gascon, élevés en pâturage tournant et certifiés bio. En plus de leur alimentation produite sur la ferme, les deux troupeaux se partagent les 15 tonnes de rebuts du maraîchage de la ferme chaque année. Qui l'eût cru ? Les vaches se délectent des oignons. "C'est un légume antiseptique. Nous ne pratiquons aucun traitement, ni vermifuge, antiparasitaire, ou vaccin préventif sur les animaux et misons sur une alimentation riche, de qualité et variée. Pour la gestion des parasites, on met toujours un cheval et un mouton dans le troupeau, car mélanger les races amène de la diversité. En estive, notre mouton ne se mélange jamais aux autres, il se prend pour une vache", raconte Jean-Jacques en lançant un énorme oignon à une de ses vaches, aussitôt englouti. La ferme produit également 3 tonnes de betteraves crues, uniquement pour l'alimentation des gorets, et les légumes malformés trouvent une seconde vie grâce à La Banque alimentaire de Carcassonne.
Comme il n'irrigue pas et que la pluie se fait rare, Jean-Jacques a choisi des légumes racines de variétés anciennes "pour leur pouvoir racinaire important". Il assole entre une luzerne ou une céréale, des pommes de terre, des carottes, puis des oignons. "La luzerne est pâturée, elle capte l'azote, offre un terrain propre et maintient la fertilité du sol", ajoute Jean-Jacques, qui fait partie des 3 adhé- rents bio de la coopérative du Plateau de Sault, sur les 11 producteurs. Que ce soit en HVE ou en bio, chacun suit le cahier des charges sans irrigation et sans engrais de synthèse. "La coopérative emploie trois salariés et vend 85 % des pommes de terre dans l'Aude, le reste sur les départements limitrophes, notamment l'Ariège."
Sise à Espezel, la coopérative produit 150 tonnes de pommes de terre par an sur 25 hectares. L'année dernière, elle s'est diversifiée avec une gamme de chips, dont le succès a été immédiat, et ne parvient pas à produire à hauteur de la demande. "Nous sommes suivis par la Chambre d'agriculture de l'Aude pour la comptabilité et l'animation de la marque, et sans cet appui on n'y arriverait pas", souligne Jean-Jacques, qui vend ses pommes de terre à 0,80 € le kilo à la coopérative contre 1,40 € le kilo en vente directe. "Si je reste dans la coopérative, c'est pour maintenir une synergie locale entre agriculteurs, la qualité du produit et les emplois en place. Il faudrait 200 tonnes par an de patates pour que la coopérative soit viable." La ferme fournit également 700 kg de carottes bio par semaine à la Société coopérative d'intérêt collectif Terroirs Ariège Pyrénées pour les cantines scolaires et distribue le réseau Biocoop.
Il y a cinq ans, leur fils Luigi - après un bac pro 'Conduite et gestion de l'entreprise agricole' à Pamiers - a rejoint le Gaec en s'installant sur une ferme achetée par Terre de Liens à Galinagues. "Il a créé un deuxième atelier de gasconnes et nous faisons nos rotations sur les deux communes. L'idée n'était pas de s'agrandir, mais de l'aider à s'installer", explique le paternel, qui avait à cœur que son fils ne s'installe pas trop tôt. "La vingtaine, c'est jeune par rapport à la pression du métier. Une fois qu'on est dans la ferme, on est enfermé. C'est bien que les jeunes travaillent ailleurs avant de s'installer." Située entre 1 000 et 2 000 mè- tres d'altitude face au pic de l'Ourtiset, la ferme compte également un maraîcher et un éleveur ovin.
En 2015, Luigi est devenu président de la Cuma du Petit Plateau de Sault. Historiquement dédiée à l'élevage, elle rassemble aujourd'hui un groupe de maraîchers. "L'arrivée de Luigi a attiré beaucoup de jeunes et le fait d'être plus nombreux rend le prix du matériel moins cher. Nous avons une chaîne de tri, une mise en filet, un espace de stockage en chambre froide..." Désormais, la Cuma - de 20 adhérents - a 2 employés en CDI et à temps plein, et en accueillera bientôt un troisième. "L'entraide au sein de la Cuma fait du bien à tout le monde", ajoute Luigi.
Biocoop Tourne-Sol de Carcassonne, qui dispose d'une boucherie, est le seul client pour la vente des porcs bio du Gaec. "C'est un magasin éthique qui rémunère au prix juste." Les porcs et vaches engraissés sont commercialisés par Viandes des Pyrénées Audoises et en vente directe. Enfin, par "manque de demande," une vingtaine de broutards sont vendus chaque année pour l'export vers l'Espagne et l'Italie. "On fait manger, dans les cantines scolaires, des animaux laitiers de réforme issus de fermes usines allemandes, parce qu'ils sont moins chers, mais n'ont rien à voir avec une race à viande comme les nôtres élevées à l'herbe", se désole Jean-Jacques, qui est membre représentant des métiers agricoles du Conseil national de la restauration collective depuis sa création en 2019. "J'ai à cœur que les gamins, les anciens et les patients des hôpitaux mangent des produits de qualité."
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