Témoignages
Ils se sont mobilisés dans l'Aude, l'Hérault et le Gard, parce que la situation n'est plus tenable. Ils ont un point commun, la détermination. “C'est compliqué de se lever sept jours sur sept, de faire 60, 70 heures de travail par semaine et de se retrouver à découvert à la fin du mois.”
Ils sont éleveurs, viticulteurs, conjoint d'exploitant... Ils sont mobilisés pour soutenir le métier d'agriculteur.
© Crédit photo : Pressagrimed
“J'ai toujours eu envie d'être agriculteur. J'ai donc créé un atelier de vaches allaitantes il y a une douzaine d'années. Je fais de la vente directe. J'ai tout construit de mes propres mains en me disant qu'un jour, je ferai cette activité à titre principal. Or, nous sommes 12 ans après, je travaille sans marge, j'ai été obligé de garder mon activité professionnelle initiale pour pouvoir amener du pain sur la table. Cerise sur le gâteau, ma fille de 20 ans, qui a fait les études pour reprendre l'exploitation se retrouve dans l'impossibilité de s'installer. Il y a des jeunes qui sont intéressés par ce métier, mais ils ne peuvent pas en vivre. J'ai décidé de faire ce métier que je trouve noble, nourricier. C'est une des bases fondamentales de la société. J'attends donc du respect de la part du gouvernement. À l'heure actuelle, nous importons au moins 30 % de la viande qui est consommée en France, c'est catastrophique. Nous ne voulons plus de mesurettes, nous voulons de vraies annonces.”
Anne-Sophie est viticultrice sur 17 hectares dans la commune de Vendémian (34). Pour elle, le poids de l'inflation des matières premières et la communication négative sur l'image du vin ne sont plus soutenables. “La déconsommation de vin nous laisse vraiment dans une situation financièrement difficile, avec des coûts qui explosent partout, et où notre prix de vente ne bouge pas.” Soucieuse de voir l'acharnement médiatique sur les dangers de la consommation du vin et de sa production, elle soulève néanmoins que “le modèle agricole s'est grandement amélioré, tant sur les pratiques techniques que sur la gestion de l'eau”. Dans ce secteur de l'Hérault, l'eau est devenue une problématique de survie. “Il nous faudrait vraiment éviter les combats sur l'eau car nous savons très bien que c'est une ressource limitée, mais durant les épisodes cévenols, quand on voit toute l'eau partir à la mer, ça nous brise le cœur”, partage-t-elle.
"Je fais partie du monde agricole depuis peu, cela fait juste cinq ans. Avant, j'étais comme tout le monde, je pensais que les agriculteurs étaient toujours en train de se plaindre. Mais quand vous avez les pieds dedans, vous vous rendez compte que ce qu'ils nous montrent est bien en-deçà de la réalité. Ils croulent sous l'administratif, alors que ce sont des hommes et des femmes de terrain. C'est quand même sur eux que nous comptons pour nous nourrir. Ils croulent sous les pressions du gouvernement et de l'Europe.
Certains ont un salaire de 200 euros, alors qu'ils font un métier très dur. Je ne crois pas que beaucoup de Français travaillent pour 200 euros. Si nous manifestons, ce n'est pas pour embêter le peuple, c'est simplement que nous ne pouvons plus continuer comme cela. Les membres du gouvernement feraient bien d'aller passer quelques jours dans une exploitation, pour voir quelle est la vie des paysans."
“Je suis viticultrice avec ma mère. C'est compliqué de continuer à travailler parce que tout est trop cher, nous n'y arrivons plus. J'ai 19 ans, je me suis installée en juillet. La Chambre d'agriculture m'a accompagnée, mais s'il n'y avait pas eu ma mère derrière moi pour m'aider, je n'aurais pas pu continuer, j'aurais coulé ! Entre le gasoil qui augmente, les charges, les aléas climatiques, c'est trop compliqué ! On se sent soutenu, ça fait plaisir, mais si le gouvernement ne réagit pas, il y en a plus de la moitié qui vont devoir arrêter leur métier. Je resterai ici le temps qu'il faudra pour que les choses bougent.”
“Surtaxe, gasoil, concurrence déloyale des pays qui traitent avec des produits que nous n'avons plus le droit d'utiliser… Tout cela entraîne une baisse de nos revenus. C'est plus de la survie que de la vie. Cela fait deux ans que je n'ai pas pu prendre de congés avec mes enfants. C'est compliqué de se lever sept jours sur sept, de faire 60, 70 heures de travail par semaine, et de se retrouver à découvert à la fin du mois. C'est compliqué de rentrer avec ses soucis en permanence à la maison. Je ne sais pas s'ils arriveront à satisfaire toutes nos exigences, car les choses se décident au niveau européen et nos politiques ont deux discours, un en politique intérieure, et un en politique extérieure. Le problème c'est que la situation risque de dégénérer, car il y a beaucoup de désespoir, et ce désespoir est en train de se transformer en colère.”
Véronique, éleveuse d'un troupeau de brebis et de chèvre de plus de 350 bêtes, est installée depuis 2010 à Pradelles-en-Val (11). Première femme installée, elle représente aujourd'hui la quatrième génération d'agriculteur et fait perdurer le savoir-faire paysan de ses aïeux. “Je suis là pour défendre notre métier, notre assiette et celle de nos enfants. Il faut montrer au gouvernement que nous, agriculteurs, on se bat depuis plusieurs générations pour faire des produits sains.” Aujourd'hui la filière de l'élevage subit les frais des intermédiaires, qui les empêchent de pouvoir vivre dignement de leur travail. “Quand on voit le cours de l'agneau à 8,40 euros/kg et qu'on le retrouve en magasin à 26 euros, je me demande bien où passent ces 18 euros.” Pour pouvoir souffler un peu, cette dernière réclame “une diminution des contrôles et des réglementations administratives ,mais aussi une moindre dépendance aux aides de la Pac pour enfin pouvoir vivre dignement de notre travail”.
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