LE LUC
Aurélien Fournié, un jeune coopérateur de la cave du Thoronet, s'est installé en 2019 via un dispositif de portage foncier auquel ont contribué plusieurs partenaires, dont la Guilde des Vignerons de Cœur du Var, Estandon, la Safer Paca et Terre Adonis. Un coup de pouce qui lui a permis de concrétiser un projet mûrement réfléchi.
Aurélien Fournié, coopérateur, Le Luc (Var)
© Crédit photo : JD
Tous les jeunes agriculteurs, et a fortiori les viticulteurs, le savent pertinemment : s'installer ou conforter son exploitation est loin d'être une chose aisée dans le Var, en dépit des efforts conjoints de la Chambre d'agriculture et de la Safer Paca pour conserver la vocation agricole du territoire et tenter de maîtriser les prix du foncier. La difficulté est d'autant plus grande pour ceux et celles n'étant pas issus du milieu agricole qui ne peuvent, de ce fait, prétendre à une reprise de l'exploitation familiale.
L'exemple d'Aurélien Fournié, un jeune viticulteur de 35 ans implanté au Luc, est particulièrement inspirant, tant par sa détermination pour réaliser son rêve, que par les moyens mis en œuvre par les acteurs du secteur pour l'épauler dans cette démarche.
Pour Aurélien Fournié, marseillais d'origine et varois d'adoption, travailler ses vignes et produire du vin était loin d'être une évidence. À la sortie de l'école de commerce de Marseille, et après plusieurs séjours à l'étranger durant ses études (Australie, Angleterre, Espagne...), il travaille tout d'abord dans le secteur de l'audit et du conseil en management. "J'ai très rapidement perçu les limites de ce métier qui ne me passionnait pas, avec une hiérarchie qui vous met en permanence sous pression..."
Si la prise de conscience est actée, il restait à déterminer ce vers quoi il souhaitait se réorienter : "J'étais amateur de vins, de dégustations... Et puis, après plusieurs années à rester de 8 heures à 20 heures devant un ordinateur, j'avais envie de nature et de liberté. Produire du vin m'apporte tout ce qui me manquait. Et la sanction est immédiate : soit ce que vous avez mis en bouteille est bon. Soit, il ne l'est pas."
Il démarre sa nouvelle carrière en septembre 2015, avec l'idée de vérifier si son intuition de reconversion est la bonne : "J'ai interrogé des domaines varois qui cherchaient des bras. Ma première expérience a consisté à porter des seaux de raisins... J'étais tout de suite dans le dur," raconte Aurélien Fournié. Il s'inscrit, à 27 ans, en BTS viti-œno en alternance à Marseille et réalise ses stages au Domaine de La Castille, à La Crau, avant de trouver un premier poste de caviste au Domaine de Vaucouleur, à l'issue de ses études. "En sortant du BTS, j'ai été plongé dans la réalité du terrain, au moment de mes premières vendanges et de la vinification : vous avez beau avoir emmagasiné des connaissances, vous vous retrouvez devant des situations inédites, pour lesquelles on attend de vous des réponses et des solutions... C'est ce que j'aime dans ce métier où l'on rencontre chaque jour des problématiques différentes (agroécologique, agronomique, sanitaire...) : c'est intellectuellement stimulant ! Ces années passées au domaine auront été très formatrices," souligne le trentenaire, chez qui l'idée de s'installer commence à titiller, même s'il sait que ce sera "très compliqué. Je m'étais lancé un premier défi : celui de maîtriser le volet de la vinification en cave. Le suivant, c'était celui de la vigne." Après avoir quitté le Domaine de Vaucouleur, il explique son projet à un conseiller Safer, qui commence à rechercher un domaine à racheter. Il en parle également à un de ses professeurs de BTS, qui le met en contact avec Philippe Brel, directeur général d'Estandon. "Les caves coopératives étaient confrontées à une double problématique : le renouvellement des générations, d'une part ; la sécurisation des volumes apportés par les coopérateurs, d'autre part, alors que la demande des consommateurs pour les vins de Provence ne cessait d'augmenter," détaille le vigneron.
"Mon projet lui a semblé sérieux et il en a parlé autour de lui. Le hasard a voulu que la Safer Paca préempte un vaste domaine viticole de 71 hectares (dont 20 ha de vignes en AOP Côtes de Provence). Je me suis porté candidat pour l'acquisition d'une partie des parcelles, mais je butais sur le volet financement. J'ai pu bénéficier du dispositif de portage foncier de la SCIC Terre Adonis, qui fédérait autour du projet plusieurs partenaires : la coopérative La Guilde des Vignerons de Cœur du Var - et son président éric Bessone - qui collecte et vinifie mon raisin, l'Union de coopératives Estandon, la Caisse d'Épargne Côte d'Azur, et enfin la Safer Paca." Concrètement, le vigneron bénéficie d'une convention d'occupation provisoire et précaire pour les neuf hectares exploités, dont il deviendra propriétaire dans dix ans, désormais. "Le principal atout de cette formule, c'est qu'elle évite de démarrer son activité avec un endettement très important, qui peut mettre en péril la pérennité de l'exploitation," estime Aurélien Fournié. "Je viens d'achever la construction d'un hangar, à proximité de mes vignes, pour stocker le matériel agricole, entreposé jusque-là dans l'ancien garage de la coopérative de La Guilde des Vignerons de Cœur du Var. Jusqu'à maintenant, je me suis concentré sur la rentabilité de mon exploitation," explique le trentenaire. Autrement dit, réaliser les investissements les plus indispensables, comme l'achat de deux tracteurs, d'un gros pulvérisateur et l'arrachage-replantation des vignes peu productives (et âgées de 30 à 40 ans en moyenne), à raison de 0,5 à 1 ha par an depuis 2020. La prochaine étape ? "Ce sera d'agrandir mon exploitation, avec quelques hectares de vignes en fermage... à condition de les trouver !"
Aurélien Fournié s'est entouré de sa famille pour l'épauler : il a constitué un GAEC avec son épouse ; son père, retraité et cotisant solidaire, exploite 3 hectares de vignes en fermage et l'aide pour les travaux agricoles. "Les coopérateurs d'Estandon et de la Guilde m'ont témoigné beaucoup de bienveillance," constate Aurélien Fournié. "Ils me conseillent aussi et me font profiter de leur expérience. C'est précieux ! Il m'a fallu au préalable faire mes preuves et montrer que j'étais sérieux. Mon message à ceux et celles qui veulent s'installer, c'est qu'avec de l'énergie et de l'envie, on surmonte les obstacles."
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