Hérault 24/04/2025
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PASTORALISME

Brebis, artisanes du territoire et du textile de demain

Il y a ceux qui mettent des brebis dans les vignes, ceux qui les font pâturer dans la garrigue, ceux qui valorisent la laine... et puis il y a ceux qui font tout en même temps, pour monter un projet de territoire. C'est le cas à Saint-Bauzille-de-la-Sylve, dans l'Hérault : la commune, le Mas de Janiny et l'atelier de textile Tuffery se sont coordonnés pour faire de cette idée une réalité.

Pour gambader plus légères dans les garrigues, les brebis du Mas de Janiny se sont vues délester de leur manteau de laine, début avril.

© Crédit photo : ML

Avant tout, il est question de bon sens. Dans les vignes de Saint-Bauzille-de-la-Sylve dans l'Hérault - celles du Mas de Janiny plus précisément -, pâturent 150 brebis. Sur le vignoble d'environ 150 hectares et une trentaine en jachère et céréales, le choix du bio a été fait il y a longtemps, en 1989. "À titre expérimental, avec mon fils, Xavier, nous avions monté un petit troupeau dans nos vignes l'hiver. Et nous avons pu constater que la tonte y était nette et rase", se souvient Pascal Julien, vigneron en cave particulière.

"Ça s'est un peu perdu avec le temps, mais on a toujours eu envie d'y revenir", complète Thibault, son neveu. "Les bienfaits, on les voit très rapidement : les brebis vont venir entretenir nos vignes, éviter le passage d'un tracteur en se nourrissant de l'herbe, et font surtout un travail de précision au pied. Certes, les interceps travaillent très bien, mais voilà : les moutons font encore mieux, en venant vraiment chercher au plus près de la souche, le tout sans déstructurer les sols".

C'est l'union de Myriam, la fille de Pascal, avec Julien Tuffery, président directeur général de l'Atelier Tuffery - fabricant de jeans en Lozère - qui propulse la démarche dans une nouvelle ère : passer un cap et lancer une filière laine locale fournissant directement l'Atelier, pour lui permettre la poursuite de son projet de fabrication de jeans avec des alternatives au coton. La synergie est créée.

"Si nous sommes aujourd'hui à 150 têtes, l'objectif serait de faire monter le troupeau à 400, voire 450 d'ici 2027", ambitionne Pascal Julien. Les réflexions s'amorcent : "Les femelles seront toutes conservées pour le renouvellement du troupeau, tandis que les mâles partiront pour fournir les boucheries de la Vallée de l'Hérault", explique Xavier. Le vigneron voit, ici encore, une possibilité de poursuivre le développement du circuit court, cette fois pour la partie viande.

D'ici 2027, il faudra construire une bergerie. Mais rien de problématique pour la famille Julien, d'autant qu'une fois le débourrement amorcé, les brebis prendraient le chemin des garrigues de la commune.

Avec la lutte anti-incendie, un projet de territoire complet

Car oui, en augmentant le nombre de bêtes dans le troupeau pour fournir davantage de matière première à l'artisan de textile français, il faudra également s'assurer qu'elles puissent manger toute l'année. "Les vignes sont en train de débourrer, les bourgeons sortent, donc pour éviter qu'elles n'altèrent la vigne, on va les faire pâturer dans les garrigues", développe Thibault Julien.

Avant de retrouver l'estive sur le plateau lozérien du Causse Méjean, propriété familiale de l'Atelier Tuffery, elles passeront donc d'abord par les terres communales. "En 2022, nous avons été tributaires d'un gros incendie sur la commune, sur la partie garrigue", rappelle Grégory Bro, maire de Saint-Bauzille-de-la-Sylve. Au final, près de 1 000 ha partent alors en fumée sur les communes de Saint-Bauzille, Gignac et Aumelas. Rapidement se pose la question de la réouverture des milieux. "Chaque année, nous allouons un budget pour entretenir la garrigue. Mais cela devient de plus en plus compliqué de rentrer avec du matériel." D'autant que 10 000 euros permettent d'entretenir entre un et deux hectares. De fait, le troupeau devient alors une alternative plus économique, mais également plus pratique pour entretenir les lieux les plus difficiles d'accès.

"Chaque année, nous allouons un budget pour entretenir la garrigue. Mais ça devient de plus en plus compliqué de rentrer avec du matériel"

Une convention est en cours d'établissement avec le propriétaire du troupeau, la commune et l'Office national des forêts (ONF) : "Le but est d'avoir un encadrement légal et de déterminer les zones propices au pâturage, notamment pour la gestion du risque incendie et les espèces qui doivent être préservées", précise le maire. Dans l'idée, les brebis y seraient établies tout le mois de mai, ainsi qu'en juin, avant qu'il ne fasse trop chaud.

Aller vers une mode plus responsable

Pour gambader plus légères dans les garrigues, les brebis du Mas de Janiny se sont vues délester de leur manteau de laine, début avril. Alors que la fibre est souvent difficile à valoriser, le partenariat avec Atelier Tuffery amène une autre dimension au projet. "Dans nos territoires, on peut cultiver et élever de la fibre", insiste Julien Tuffery. Entre le chanvre d'Occitanie, le lin français et la laine des territoires, il développe depuis dix ans les alternatives au coton, pour créer les pièces commercialisées par l'Atelier. "Avoir une laine d'excellence part d'un point clé : il faut que la brebis reste dehors toute l'année. Donc idéalement, il faut qu'elle suive l'herbe, d'où cette synergie (...). Souvent, en 2025, on nous parle de ce projet comme une innovation. Mais moi, j'ai beaucoup d'humilité là-dessus : mon arrière-grand-père pratiquait déjà ainsi, tout simplement parce que c'était du bon sens."

"Faire venir du coton de l'autre bout de la planète alors qu'on a des fibres ici, sur nos territoires... Vivement que tout cela cesse"

Pour l'heure, 25 exploitations lozériennes travaillent déjà avec l'Atelier, principalement avec des brebis de race Lacaune. À Saint-Bauzille-de-la-Sylve, l'objectif est d'aller davantage vers la mérinos. "On augmente la qualité lainière", expose le président directeur général, qui l'admet : ce projet n'est pas des moins coûteux pour l'entreprise, mais l'artisanat de textile mérite, selon lui, mieux qu'un coton du bout du monde. "Je pense, et j'espère, que la grande mondialisation du textile va ralentir, parce que faire venir du coton de l'autre bout de la planète alors qu'on a des fibres ici, sur nos territoires... Vivement que tout cela cesse ! Cela sera une sacrée réponse écologique à la mode qui est, rappelons-le quand même, le deuxième ou troisième plus gros pollueur mondial selon les années", clame Julien Tuffery.

Une réponse, sans doute petite à l'échelle du problème de la fast-fashion, mais qu'il espère tout de même voir faire tache d'huile, "pour inspirer d'autres viticulteurs, et d'autres marques"

Manon Lallemand •

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