Au Mas du Bosquet, à Aigues-Mortes, la Chambre d'agriculture du Gard, présidée par Magali Saumade, a alerté Vincent Labarthe sur les besoins en eau et les dangers de la salinité. © Ph. Douteau
L'invitation au Mas du Bosquet, à Aigues-Mortes, n'était pas due au hasard. Convié par la Chambre d'agriculture du Gard, le 17 février, Vincent Labarthe a pu prendre la mesure des attentes des représentants des filières concernées par la pénurie d'eau douce dans cette zone aux conditions hydrographiques bien particulières. Sollicité pour assurer du soutien de la Région Occitanie dans le déblocage de certains dossiers qui pourraient éviter une catastrophe annoncée, le vice-président régional en charge de l'agriculture a constaté, au-delà des spécificités départementales, que les besoins en eau de la ferme gardoise en Camargue sont loin d'être satisfaits.
Besoin d'investir
Et si l'ère des grands aménagements reprenait son cours ? Depuis la conception du canal du Bas-Rhône Languedoc acheminant l'eau du Rhône dans les années 1960, aucun équipement d'envergure n'a vraiment suivi. Regrettant qu'il n'ait pas bénéficié "de projets jumeaux structurants" sur le territoire pour faire perdurer toute une économie agricole et touristique, Philippe Cavalier a fait part de la nécessaire reprise de chantiers porteurs lors de la visite de Vincent Labarthe. Si le Gard a besoin de quelque 4 milliards (Mds) de m3 d'eau chaque année, ce sont pas moins de "55 Mds de m3 qui sont déversés dans la mer", a rappelé l'élu en charge du dossier 'eau' à la Chambre d'agriculture. "On a les cartes en main pour engager les contribuables dans des investissements matériels ou immatériels." En relayant les demandes des filières contestant l'interdiction par Bruxelles des stockages d'eau en hiver pour la restituer en été, l'élu a cité en exemple les bassins de rétention individuels conçus en Cévennes pour la culture de l'oignon doux, "en partie grâce au PDR (Programme de développement rural)".
"Convaincue que c'est par des grands travaux que nous sauverons le territoire", Magali Saumade n'a pu qu'abonder en ce sens. La présidente de la Chambre a d'ailleurs informé l'élu régional que le ministre de l'Agriculture et le Haut-commissaire au Plan avaient été interpellés au sujet de la salinité des eaux, dont les effets délétères sur les sols n'inquiètent pas que les viticulteurs.
Reconquérir les eaux de surface
Expert ès eau en zone camarguaise, Jacques Ramain, exploitant viticole à Vauvert, n'y va pas par quatre chemins pour alerter sur les dégâts déjà à l'œuvre. "Depuis soixante-dix ans, nous sommes agressés par l'eau de mer. Sur le delta, l'eau du fleuve combat l'eau salée, mais en raison des barrages et des déviations de VNF (Voies navigables de France) pour la navigation, il y a moins d'eau dans le fleuve." Assaillis par l'eau salée, les canaux d'Aigues-Mortes ne peuvent plus subvenir aux besoins en eau douce. Le seul moyen pour endiguer le phénomène ? "Le goutte-à-goutte pour l'eau de surface nécessaire à la plante afin de recréer la lentille d'eau douce", tranche Jacques Ramain. Car "sans vignes, le terrain est mort". Il en ira de même pour les asperges des sables et les rizières. Si la réouverture des écluses par VNF sera "insuffisante" pour remettre l'eau douce dans le canal du Rhône à Sète, le maillage de BRL devra être étendu. "C'est la seule solution pour tout le monde ! Pour ne pas créer de dysfonctionnement foncier et continuer à faire du vin des sables."
Premières submersions
Déjà "200 réunions" ont mobilisé tous les acteurs du territoire, a évoqué Robert Crauste, maire du Grau-du-Roi et président de la Communauté de communes Terre de Camargue. Avec les élus locaux et régionaux, BRL, VNF, le Syndicat mixte Camargue gardoise et l'Agence de l'eau, un comité technique et de suivi a été élaboré pour tenter de "récupérer l'eau du Petit-Rhône".
Signalant des pertes de volumes de l'ordre de 15 %, voire de 80 % pour les viticulteurs les plus touchés l'an dernier, Patrick Compan a tenu à assurer et rassurer : il ne s'agira pas d'irriguer les vignes. Rappelant qu'une viticulture "est possible sur terrain sec", le vice-président de la Chambre d'agriculture a fait part des projets expérimentaux consacrés aux cépages résistants et tolérants à la sécheresse et aux maladies, en collaboration avec l'Institut français de la vigne et du vin (IFV) sur le site de SudExpé. "La survie de nos exploitations passera par là."
L'équipe du Mas du Bosquet en a bien conscience. Sur les 600 hectares de vignes concernés par les remontées de sel en zone des sables, le domaine a payé un lourd tribut. Pour "remettre le sel à sa place, comme en riziculture", le régisseur a débuté les premières submersions, le 16 février, sur les 200 ha de vignes (entre 4 000 et 6 000 m3/ha). Profitant de l'eau douce du Petit-Rhône, via l'eau de canaux privés, Alban Béchard procède à ces premières submersions prévues jusqu'en mars, lors du débourrement.
"Verdict au printemps", pour évaluer les bienfaits de l'essai, avant une seconde salve en juin et juillet.
Philippe Douteau
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