BLÉ DUR
Alors que les variétés très précoces Aventadur et Vanur quittent le catalogue, la Chambre d'agriculture de l'Hérault a mis en lumière, lors d'une vitrine variétale à Bayssan, une gamme de blés durs précoces adaptés aux contextes limitants. Parmi les pistes étudiées, Catone s'impose comme une alternative crédible pour prendre le relais sur les sols superficiels, aux côtés d'autres références en cours d'évaluation.
"Catone s'adapte mieux aux sols superficiels et présente un PMG élevé, souvent perdu sur de nombreuses autres variétés", explique Séverine Galharret-Borde, de Semences de France.
© Crédit photo : JB
Jeudi 7 mai, une vingtaine de personnes étaient réunies pour la visite variétale 'blé dur' organisée par la Chambre d'agriculture de l'Hérault et ses partenaires sur sa station expérimentale de Bayssan, près de Béziers. Animée par Rémy Kulagowski et divers partenaires, cette journée avait pour objectif de présenter les 11 variétés testées sur une parcelle représentative du territoire, caractérisée par un faible potentiel dû à une mince couverture de sol (35 cm avant la roche mère calcaire), l'absence d'irrigation et un climat sec aux pluviométries incertaines. Le choix des variétés de la vitrine s'est donc porté sur des variétés précoces, adaptées à cette situation, complétées par des variétés plus tardives. Parmi les variétés retenues figuraient notamment Aventadur et Vanur, deux blés durs très précoces adaptés aux sols séchants. Leur multiplication est toutefois arrêtée, annonce Séverine Galharret-Borde, ingénieure développement Sud chez Semences de France, présente lors de cette matinée.
"L'objectif pour les deux obtenteurs de blé dur en France est de chercher des variétés qui couvrent l'ensemble du territoire. Le créneau des précoces n'est pas le plus gros", explique l'ingénieure. "Aventadur et Vanur ne sont plus multipliés, il n'y en aura plus à la vente." La nouvelle n'a pas manqué de faire tiquer l'agronome de la Chambre héraultaise, Rémy Kulagowski. "C'est un problème pour les territoires du Sud car, par exemple, l'année dernière, il a fait 35°C dès le 27 mai. Des températures comme celles-ci engendrent de l'échaudage physiologique, des fins de cycle très stressantes et limitantes." Une déception également, car les essais ont montré qu'Aventadur avait épié "presque deux semaines avant les demi-précoces". Semences de France propose ainsi de compenser cette disparition avec la variété Catone. "Elle est plus précoce que celles qui arrivent. On n'est pas sur de l'Aventadur, qui est le blé le plus précoce, mais on gagne environ deux jours sur Anvergur. Et surtout, Catone s'adapte mieux aux sols superficiels et présente un PMG élevé [poids de mille grains, ndlr], souvent perdu sur de nombreuses autres variétés", explique Séverine Galharret-Borde.
Les dernières variétés "presque jumelles" développées par RAGT sont également testées : RGT Topallur et RGT Demesur. L'objectif reste de détrôner Anvergur et les similitudes sont nombreuses. Topallur présente de longs épis et un tallage similaire. "En termes de potentiel, elle a été inscrite à 112% du témoin Anvergur", précise Guillaume Hustet-Caou, ingénieur d'affaires chez RAGT. Côté résistance aux maladies, elle est notée 9 (note maximale) pour la rouille brune, 7 en rouille jaune (un point de moins qu'Anvergur) et 7 en septorioses (identique à Anvergur). En termes de caractéristiques agronomiques, Topallur est légèrement inférieure à Anvergur sur l'indice de jaune et le mitadinage.
Quant à RGT Demesur, son cycle est plus tardif. Côté fertilité des épis, elle est moindre qu'Anvergur. "On va plus jouer sur le tallage. Cette variété paraît bien adaptée, capable de switcher sa production entre épis et talles selon les conditions", ajoute le représentant de RAGT. Côté maladies, mêmes notes que Topallur. "Pour la qualité, on a de très bonnes notes sur la moucheture, le mitadinage, l'indice de jaune. On a un profil équilibré et elle est inscrite à 113% en termes de potentiel, donc on a beaucoup d'ambitions avec ces deux variétés." Demesur est la variété également retenue par Semences de France, un retour terrain de ces toutes nouvelles variétés est attendu pour affiner les données, notamment en contexte limitant, comme ici.
Ces deux variétés sont inscrites en 2025 (d'après le Geves, laboratoire national de référence qui inscrit les variétés au catalogue) et seront commercialisées pour la prochaine campagne.
Au sein de la vitrine, deux autres variétés très précoces sont testées : Claudio et Dimokritos. "Claudio est une vieille variété qui a été une référence pendant longtemps sur des terrains séchants. Un agriculteur du département la valorise encore, car il a besoin de semer tard et de récolter tôt, et il en est très satisfait", illustre Rémy Kulagowski. Variété semée sur de "petites terres", le potentiel n'est pas le plus élevé, mais elle compense souvent grâce à son gros PMG (7,5) et continue d'être distribuée par Semences de France. Si Claudio n'est pas référencée chez Arterris actuellement, "c'est sérieusement à l'étude", précise Frédéric Tissot, technicien grandes cultures pour la coopérative.
Du côté de Semences de France, Dimokritos est développée seulement en bio et est très précoce. "On a un compromis rendement/protéines qui est plutôt bon et qui répond à la problématique du secteur", affirme Séverine Galharret-Borde. Même constat chez Arterris : "En conventionnel, je pense que cette variété pourrait remplacer un Vanur par exemple", complète Frédéric Tissot.
Si les observations de cette matinée permettent déjà de dessiner les contours de l'offre de demain, la validation technique reste en cours. L'ensemble des résultats des essais menés par la Chambre d'agriculture de l'Hérault et ses partenaires sera présenté à la profession fin 2026. Ils intégreront l'évaluation des composantes de rendement (nombre d'épis par mètre carré, nombre de grains par épi, PMG...) et les critères de qualité (taux de protéines, poids spécifique).
La rencontre a été l'occasion pour Rémy Kulagowski de faire le point sur la filière nationale blé dur. Avec 250 000 hectares, la France est le 2e producteur de blé dur européen derrière l'Italie. L'Hexagone dispose de quatre bassins de production historiques : Sud-Ouest, Sud-Est, l'Ouest et Centre/Île de France. En 2025, la production nationale s'élevait à 1,2 million de tonnes (Mt), dont la moitié a été exportée majoritairement en Europe (Italie à 90%) et au Maghreb. Sur les 50% restant, le blé a été transformé en semoule, puis en pâtes (250 000 t). En Europe, 6 Mt de pâtes sèches sont produites dont plus de 4 Mt par l'Italie. Les Français consomment 8 kg de pâtes par habitant et par an, contre 23 kg pour les Italiens. Arterris est le premier collecteur français de blé dur. Plusieurs silos sont localisés dans la région Sud. "La filière farine n'est pas à négliger", ajoute Sébastien Rousse, responsable territorial chez Arterris. "Nous avons un moulin près de Narbonne pour la partie transformation farine avec des débouchés intéressants." Rémy Kulagowski rappelle également la revalorisation récente de l'aide couplée blé dur (presque doublée et qui devrait être autour de 120 €/ha), dont l'objectif est de préserver et de maintenir la filière, notamment sur les bassins traditionnels de production.
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