Gelées d'avril
Dans un contexte économique et social tendu, la profession agricole est particulièrement soucieuse des conséquences du gel d'avril pour les exploitations viticoles du département.
La visite de parcelles gelées en Sainte-Victoire a été organisée le 17 juin dernier par la filière agricole, avec l'administration et les organisations para-agricoles du département.
© Crédit photo : ED
Les épisodes successifs de gel intervenus au mois d'avril ont causé des dégâts majeurs dans les vignobles du Sud-Est. Dans les Bouches-du-Rhône, le coup de froid a sévi de manière très hétérogène, dans le Pays d'Aix - à Venelles, Rognes, Éguilles ou Puyricard - et plus à l'est du département, du côté de la Sainte-Victoire.
Certes, le gel n'est pas rare à cette époque, mais les vignes avaient cette année 12 voire 15 jours d'avance sur la végétation à certains endroits, en raison des températures élevées en hiver et sur le début du printemps. Le gel a aussi frappé les vignes à une période très tardive. "Un - 2C° fin avril, début mai, on ne pensait plus que cela soit possible", confie Romain Blanchard. Ces facteurs se retrouvent malheureusement de plus en plus souvent.
Dans son îlot de vignes à Éguilles, le vigneron annonce que "100 % des vignes ont gelé. Mais à quelques kilomètres, certains vignerons ont pu constater moins de 10 % de dégâts", rapporte le président de la FNSEA des Bouches-du-Rhône. La cave des Quatre Tours de Venelles - où le vigneron apporte ses raisins - indique déjà 30 % de récolte en moins cette année.
Dans le secteur de la Sainte-Victoire, certaines parcelles ont été touchées à 90 %, d'autres ont été plus épargnées, mais presque tous les coteaux de Puyloubier ont été atteints. Les recensements des dégâts sont en cours de consolidation.
La vigne a certes cette particularité de pouvoir repartir, en refaisant des fleurs et des fruits au cours d'un même cycle végétatif. "Mais c'est assez peu le cas cette année. Plus inquiétant encore, dans le secteur de la Sainte-Victoire, beaucoup de vignes ne repartent pas, ce qui signifie la mort du végétal."
En plus de perdre leur récolte, beaucoup de vignerons déplorent donc aussi des pertes de fonds. La seule bonne nouvelle est que ces pertes sont encore éligibles au régime des calamités. En revanche, alors que la couverture assurantielle du vignoble est loin d'être totale dans le département (moins d'un tiers du vignoble), la perte de récolte n'est plus éligible au régime des calamités. "En fonction de leur couverture assurantielle, la situation de ces exploitations s'annonce plus critique. Avec une conjoncture économique très tendue, beaucoup de dégâts sont à craindre", déplore Romain Blanchard. Dans un contexte économique et social tendu, la profession agricole est donc particulièrement inquiète.
Aussi, la filière viticole et la FNSEA 13 souhaitent que tous viticulteurs puissent accéder aux différents dispositifs d'accompagnement existants. Le 17 juin dernier, une visite de parcelles gelées était organisée avec les représentants de la filière viticole, et les représentants des organisations agricoles invitées. L'administration et les OPA (DDTM 13, MSA Provence Azur, Groupama, Pacifica) ont pu rappeler les mécanismes de l'assurance récolte et présenter les dispositifs de prise en charge, partielle ou totale, de cotisations.
Partenaire historique des agriculteurs, le Crédit Agricole Alpes Provence a aussi annoncé la possibilité de mettre en place des outils financiers pour passer le cap. "S'agissant de déclaration à effectuer, d'échéanciers, de prise en charge de cotisations ou d'allègement de trésorerie, il était important de montrer aux agriculteurs - parfois un peu perdus dans la multitude d'intervenants - le rôle que chaque OPA peut jouer, et de leur présenter le panel de solutions qui s'offre à eux", indique le président de la FNSEA 13.
Au-delà d'une altération du potentiel de production, les conséquences du gel sont bien souvent en cascade et multiples pour les producteurs. Les choix et les économies d'échelle à faire doivent en tenir compte. Mais des frais et des investissements non prévus, les vignerons seront amenés à en faire, que ce soit sur les prétaillages et sur les tailles de reformation où les vignes sont potentiellement mortes.
L'autre inquiétude est que chez les vignerons coopérateurs, les conséquences financières de ce gel ne commenceront à se faire ressentir qu'en mars prochain, quand l'épisode d'avril 2024 sera déjà très loin dans l'esprit de l'administration et des différents organismes. De plus, avec des volumes en moins, certaines caves particulières et coopératives ne pourront probablement pas honorer des contrats. "Reconquérir des marchés - que certains ont mis des années à développer - nécessitera aussi sans doute des coûts cachés et des efforts commerciaux, alors que la tendance n'est actuellement pas favorable", s'inquiète Romain Blanchard.
À retenir-
Il y a d'un côté les leviers à activer pour accompagner les sinistrés. Mais sur un plan technico-pratique au vignoble, des conseils sont aussi prodigués aux vignerons. En matière de taille, chaque cep est un cas particulier. Avec l'hétérogénéité du gel, il n'y a pas une règle, mais différentes options qui ne seront jamais complètement satisfaisantes.
Au lendemain du gel, l'Association des Vignerons de la Sainte-Victoire a organisé une rencontre, invitant des maîtres tailleurs de la société Simonit & Sirch - spécialisée sur la taille respectueuse des flux de sève - à des sessions pratiques, pour rappeler quelques principes aux vignerons.
Comme l'explique Jean-Jacques Balikian, directeur de l'Association, "le cas le plus délicat est quand seuls les apex ont été gelés, dans le sens où cet 'écimage' forcé favorise le départ des entre-cœurs au détriment de la grappe".
Dans ce cas de figure, même si c'est très frustrant, le conseil des experts en taille consiste à "rabattre ces rameaux partiellement touchés à ras, pour faire repartir les yeux de la couronne". L'Association a aussi mis en place des rangs témoins qui permettront d'évaluer, d'ici quelques semaines, les incidences sur la récolte de ces différentes approches.
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