INONDATIONS
Pluies record, canaux débordés, eau qui s'évacue mal : les inondations du 20 octobre ont frappé de plein fouet l'agriculture des Bouches-du-Rhône et relancé le débat sur l'adaptation du réseau hydraulique.
Martine Vassal a dévoilé lundi à Moulès l'aide du Département, alors que la Crau et la Camargue comptent leurs pertes après les pluies diluviennes du 20 octobre.
© Crédit photo : ED
Lors de l'épisode cévenol des 20 et 21 octobre, le ciel n'a pas fait dans la demi-mesure : 300 millimètres de pluie se sont abattus en quelques heures, soit l'équivalent de la moitié des précipitations annuelles moyennes. Crues majeures, évacuations massives, dégâts matériels considérables. Autour d'Arles et de Saint-Martin-de-Crau, la montée des eaux a pris les agriculteurs de vitesse. Les éleveurs de taureaux camarguais ont vu leurs terres envahies, parfois sous plus d'un mètre d'eau. Dans les bergeries de la plaine de la Crau, de nombreux animaux ont péri, malgré d'importants élans de solidarité.
À Moulès, Manon Bonnet, éleveuse d'ovins, n'est pas près d'oublier. "Une vague d'eau est arrivée ici. Le canal de Craponne a fait barrage. L'eau est montée de plus de 50 cm en seulement deux heures", raconte celle qui loue des terres et une bergerie au Mas Compagnon depuis bientôt dix ans, sans jamais avoir connu pareil phénomène.
Les brebis ont pu être évacuées. Policiers ruraux et sapeurs-pompiers ont formé une chaîne humaine pour les mettre hors d'eau, ce que l'éleveuse tient à saluer. Mais les agneaux, eux, ont été piégés. Plus de 150 ont péri dans la bergerie, en pleine période d'agnelage.
Les rescapés posent un autre défi. "Les agneaux qui ont été sortis de l'eau ont changé d'odeur et les mères ne les veulent plus", explique Manon Bonnet. Sa mère nourrit désormais au biberon une cinquantaine d'agneaux sur le siège de l'exploitation, en Camargue, soit environ 200 biberons par jour. Comme l'allaitement dure au moins deux mois, la famille cherche d'autres solutions, peut-être un système de granulés à base de lait.
L'eau a aussi frappé là où l'on ne l'attendait pas : le foin stocké pour l'hiver est en grande partie impropre à la consommation. Manon Bonnet a encore de quoi nourrir ses brebis, mais elle entame déjà ses réserves hivernales. Il faudra reconstituer les stocks de fourrage et surveiller la santé des troupeaux, dans des élevages dont l'équilibre économique ne laisse guère de marge.
Les pertes ne s'arrêtent pas aux troupeaux. Autour de Tarascon et de Beaucaire, mais aussi de Salon, d'Eyguières et de Sénas, beaucoup de maraîchers ont perdu leurs cultures d'hiver. En Camargue, les riziculteurs qui n'avaient pas encore moissonné encaissent le choc. "La filière rizicole est particulièrement touchée, avec près de 2 500 hectares impactés", indique Bertrand Mazel, président du Syndicat des riziculteurs.
À Raphèle, Ludovic Moschini et son père, Renaud, s'apprêtaient à récolter leurs 150 ha. Ici, la pluie n'explique pas tout. La crue inédite des canaux d'irrigation a achevé le travail. "La récolte est compromise. Pour ce qui pourra être sauvé, la qualité ne sera pas au rendez-vous, c'est sûr. Et le ressuyage va prendre du temps", constate Renaud Moschini.
Lundi 26 octobre, Martine Vassal est venue à Moulès et Raphèle à la rencontre des exploitants accompagnée de son vice-président, Lucien Limousin, et de Mandy Graillon, première adjointe au maire d'Arles. La présidente du Département y a annoncé un fonds de secours exceptionnel d'un million d'euros, qui sera voté dès la semaine prochaine, en plus des cinq millions déjà mobilisés pour les communes. "Je refuse que nos agriculteurs soient laissés seuls face à cette catastrophe", a-t-elle martelé. Le fonds doit soutenir les exploitations les plus fragilisées, du maraîchage à l'apiculture en passant par le riz et l'élevage. Ses modalités seront définies avec la Chambre d'agriculture, les organisations professionnelles et les services de l'État. Plusieurs procédures sont engagées, et pour quantifier et qualifier les dégâts provoqués par cet aléa climatique, plusieurs recensements, pilotés par la Chambre d'agriculture, sont lancés.
Reste un obstacle de taille : "Les agriculteurs sont soumis à un dispositif européen qui limite les aides publiques à 50 000 € par an et par exploitation", rappelle Lucien Limousin. Martine Vassal doit donc écrire à la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, pour qu'elle plaide à Bruxelles une dérogation aux règles dites 'de minimis'.
Les échanges sur le terrain ont mis le doigt sur un point faible : les systèmes d'évacuation ne sont plus à la hauteur d'épisodes climatiques aussi violents. "Une réflexion doit être engagée autour de l'adaptation aux contraintes climatiques de notre réseau de canaux", plaide Mandy Graillon. Martine Vassal souhaite aussi que la gestion des Associations syndicales autorisées (ASA), dont certaines n'ont pas les moyens d'entretenir les canaux, soit reconsidérée. "Jusqu'ici, c'était le Rhône que l'on surveillait, que l'on a aménagé avec des digues pour qu'il ne déborde pas. C'est la première fois que l'eau déborde dans ce sens", souligne-t-elle. Des études hydrauliques seront indispensables pour que de tels scenarii ne se répètent pas.
Sur le plan administratif, 60 communes ont demandé la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, que Martine Vassal réclame à l'État dans les plus brefs délais. Il devait statuer ce mardi 27 octobre.
POUR ÊTRE précis-
Dès vendredi 23 octobre, François de Canson, président de la Région Sud, s'est rendu à Saint-Chamas, Arles et Istres. À Arles, il a rencontré les exploitants de la manade Allard, dont l'activité a été durement touchée. Il a demandé la mobilisation immédiate du fonds régional d'adaptation au changement climatique, doté de cinq millions d'euros par an, qui pourra aider collectivités, agriculteurs et entreprises sinistrés. "Notre priorité est claire (...) permettre aux agriculteurs comme aux entreprises de se relever", a-t-il déclaré.
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