La plaque attestant de la médaille d’or remportée cette année à la Foire de Brignoles est positionnée en bonne place sur un mur du laboratoire d’Éricka Collin. Elle trône désormais à côté d’autres récompenses, bronze et argent, gagnées lors des précédentes participations au ‘Concours de fromage régional’ de la Foire. Mais le trophée a, cette année, une saveur particulière : ‘Crousti chèvres’ – l’exploitation qu’elle dirige à Saint-Maximin-La-Sainte-Baume avec Florent Rebouleau, son compagnon – a bien failli s’arrêter, à la suite d’un incendie qui a entièrement détruit l’abri tunnel où ils entreposaient des aliments pour les animaux et des bocaux de terrines prêts à être commercialisés. Le feu, qui s’est déclaré le 23 mars dernier dans l’après-midi, alors que le couple s’était absenté pour quelques heures, a bien manqué de tuer quatre chèvres. “Parquées à proximité, elles en ont réchappé miraculeusement”, raconte, avec émotion, Éricka Collin. La carcasse entièrement calcinée de leur voiture, stationnée à l’entrée de l’abri, atteste de la violence de l’incendie.
Le lendemain du drame, Éricka poste un message sur la page Facebook de ‘Crousti chèvres’ pour témoigner du choc et du préjudice subi : “Nous avons perdu énormément de matériel, tous les stocks de terrines et plats préparés, tout le stock d’emballages divers, mon 4x4, le grain des chèvres,” écrit-elle. “Nous sommes à la fois tristes, désemparés et tellement énervés... Financièrement, c’est un gros coup, avec une trésorerie au plus bas à cette période. On aurait presque envie de tout plaquer !”
Accident ? Acte de malveillance ? Vengeance ? Le couple envisage tous les scénarii mais ne se résigne – heureusement – pas à abandonner. “Nous avons reçu, à la suite de ce coup de gueule sur Facebook, des centaines de messages de soutien, des partages et des dons de personnes qui ont été touchées par ce qui nous arrivait”, sourit la jeune femme. Une cagnotte en ligne, lancée par la mère d’Éricka, permet en parallèle de recueillir des fonds... “Nous avons été très touchés par cet élan de solidarité,” témoignent la jeune éleveuse et son compagnon. Les fournisseurs d’aliments et d’emballages pour les produits laitiers transformés (faisselles, pots de yaourts), apportent aussi leur soutien. Un de leurs clients, la Fromagerie Marseillaise, commercialise même un de leur fromage “au profit exclusif” de ‘Crousti chèvres’...
Si tout est loin d’être réglé deux mois après l’incendie – le montant de l’indemnisation n’est pas encore connu –, le couple s’est recentré sur son métier, ou plutôt, sur ses métiers, puisqu’ils ont opté pour la polyculture élevage, dans l’optique d’être autosuffisants. Des choix qui sont affinés au fur et à mesure, depuis leur installation en 2017, après un passage en couveuse, dans ‘L’espace test’ du lycée Provence Verte de Saint-Maximin. “Nous avons fait partie des premiers éleveurs à y être accueillis,” se souvient Florent Rebouleau. “C’était une sorte de continuité logique, puisque c’est là que nous avons poursuivi nos études : bac pro ‘Production animale’ pour moi ; BTS ACSE spécialisation ‘Caprins’ pour Éricka.”
Le couple débute à l’époque, avec un cheptel d’une quinzaine de chevrettes – de races Alpine et Rove – et l’idée de se spécialiser dans l’éco-pâturage. “Notre clientèle était constituée de particuliers et de professionnels concernés par l’obligation de débroussaillement autour des habitations,” explique Florent. Le lait était, quant à lui, revendu au lycée Provence Verte. En sortie de couveuse, le couple ne réussit pas à acquérir le foncier nécessaire à son activité, mais a l’opportunité de s’installer sur 150 hectares (dont 90 ha de prairies) en fermage, via la mairie de Saint-Maximin1 et un propriétaire privé. Une partie du cheptel, comptant alors 40 chèvres de races Alpine et Rove (contre 70 actuellement), est revendue. Seules les alpines sont conservées et complétées avec des saanen : “Deux races adaptées au pâturage en prairie, avec une bonne production laitière, qui répondaient à notre nouvel objectif de transformation fromagère”.
Les chevreaux, nés sur place, sont quant à eux engraissés avant abattage et commercialisés avec la production fromagère, via cinq marchés hebdomadaires autour de Saint-Maximin, une fromagerie (‘La laiterie marseillaise’, ndlr) et un réseau d’épiceries fines du Var. Depuis trois ans, Florent et Éricka se sont par ailleurs diversifiés avec un élevage porcin en plein air : “Nous disposions d’un espace adapté et cela permettait, surtout, de valoriser le petit-lait issu de la production fromagère, que nous complétons avec de l’orge produit sur l’exploitation,” explique la jeune femme. Après un premier essai concluant– quatre porcs croisés duroc/gascon– puis un second lot de huit animaux, le couple prévoit désormais d’acquérir un verrat et de conserver une femelle, avec l’objectif d’une portée par an. Après l’abattage (à un an environ) à Digne, la viande est transformée sur place en saucisses et merguez, pour une part ; et, pour une autre part, en saucissons et en conserves par une charcuterie de Fourques (30), la‘Maison Perez’. C’est précisément cette production, conditionnée en bocaux et prête à être vendue qui a été réduite en fumée en quelques heures, fin mars dernier.
Julien Dukmedjian
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