Côte vermeille
Face aux difficultés que rencontre le cru Banyuls-Collioure, Romuald Peronne, son président, dévoile un plan de relance ambitieux, afin de reconfigurer et dynamiser la filière d'un vin d'exception.
Sur les 1 400 ha du cru Banyuls-Collioure, la moitié du parcellaire va disparaître dans les dix prochaines années, car le vignoble produit peu et n'est donc pas rentable.
© Crédit photo : Marchet Félix
Complants, impossibilité de vinifier, foncier difficile d'accès, le cru Banyuls-Collioure se retrouve devant une situation tendue, tant pour transformer les habitudes d'hier que pour trouver les solutions de demain. "C'est un travail qui aurait dû être anticipé il y a déjà plusieurs années", remarque Romuald Peronne, président du cru. Et pour cause, les résultats économiques sont alarmants. "Le cru perd environ 500 000 € par an avec des rentabilités variables en fonction de la production." Les chiffres parlent d'eux-mêmes, avec un coût de production au kilo à 3,59 euros et un coût de commercialisation à 4,49 €, les coopératives sont en droit de se poser des questions alors que, les vignerons indépendants, de leurs côtés, produisent pour 4,89 € et vendent à 2,83 €. "Le fonctionnement n'est évidemment pas le même et il faut bien prendre en compte chaque variable avant de faire des conclusions hâtives. Mais globalement, on sait que le problème ce n'est pas la production, c'est la commercialisation", assure le président. La région a souhaité comprendre comment la filière viticole catalane a pu se retrouver dans une telle situation. "Le problème c'est qu'on nage dans une grande diversité d'acteurs", explique Romuald Peronne. C'est alors qu'il a décidé de faire une étude économique et sociale complète du terroir pour que "tout le monde sache bien ce qui se passe". Sur les 1 400 ha du cru Banyuls, la moitié du parcellaire va disparaître dans les dix prochaines années, car le vignoble produit peu et n'est donc pas rentable. De plus, sur les 1 000 exploitations existantes, seules 3 % emploient en CDI, et 7 % d'entre elles peuvent investir. "Là où le collioure blanc, rouge et le banyuls grand cru rapportent de l'argent, le rosé et le vrac enregistrent des pertes qui entraînent une rentabilité négative de 340 000 €, tout en sachant que les 3/4 de la marge positive est réalisée avec 1 000 hectolitres", détaille Romuald Peronne. Mais le président ne désespère pas et met en avant un atout régional indéniable. "Nous avons un terroir immense avec des parcelles à plus de 500 mètres d'altitude qui sont sous-utilisées. Je pense qu'il est essentiel de les reconquérir", estime-t-il. C'est au travers de ce constat que la stratégie foncière se retrouve au cœur du plan de relance.
"Ce plan de relance, c'est un plan qui doit définir la viticulture du cru Banyuls-Collioure dans 20 ou 25 ans", poursuit le président. L'étude a démarré en septembre 2021 et a été faite sur quasiment l'exclusivité des opérateurs du cru (94 %). "Les vignerons ont joué le jeu et je les remercie." De ces échanges entre vignerons et structures agricoles départementales naissent des recommandations qui permettront au cru de trouver un nouveau dynamisme. "Nous devons mettre en place une plus grande diversification commerciale, car, à ce jour, l'export n'est pas assez exploité, et le vrac mal valorisé en grande distribution ; le cru ne profite pas de l'engouement pour les rosés." Au-delà de ce constat, il faut aller voir plus en profondeur. "Quand on regarde les chiffres, on voit que cinq propriétaires détiennent 45 % du foncier et que 40 % sont en complants. Dans ces conditions, le renouvellement est impossible !", s'exclame le président.
Avec aujourd'hui 1 500 ha en production, où à peine la moitié est rentable (> 20 hl/ha), cartographier le vignoble pour mettre en évidence l'adéquation entre parcelle et produit permettrait de redélimiter l'aire d'appellation. "La délimitation parcellaire est absolument nécessaire et nous donnerait la possibilité de mettre ces nouvelles parcelles sous appellation pour que de nouveaux entrants puissent s'installer", insiste le président, tout en soulignant que, "le plus important pour nous, à terme, c'est de faire sauter les complants".
À cela s'ajoute également une possible révision du cahier des charges, car aujourd'hui, sur les 40 vignerons indépendants, il y en a une vingtaine qui est hors de l'aire de l'appellation. Il faut donc rendre accessible la vinification et pour y remédier, le président propose plusieurs solutions. "Créer des hameaux viticoles, lever les PLU ou encore donner la possibilité de vinifier des vins de la côte Vermeille dans tout le Roussillon, même si, sur ce point, des interrogations se posent." Ce plan de relance mène à une profonde réflexion sur le devenir du vignoble du cru Banyuls-Collioure et semble inévitable pour sa survie.
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