Aude 21/08/2025
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Dans les Corbières, l'agriculture au pied du mur

Deux semaines après le gigantesque feu qui a ravagé les Corbières, les acteurs agricoles et institutionnels se sont réunis lors d'une réunion publique au foyer de Durban-Corbières, ce mardi 19 août.  

Pour le secteur vitivinicole, 4 000 hectares de vignobles seraient touchés, entre vignes brûlées et celles qui ont été exposées au panache de fumée.

© Crédit photo : Syndicat des vignerons de l'Aude

Les mots ne suffisent pas pour résumer l'état d'esprit actuel dans les Corbières. Après un incendie d'une rare intensité, la région accuse le coup. Si les chiffres définitifs restent à affiner, ce sont plus de 1 200 hectares de cultures qui ont été directement impactés. Principalement des vignes, mais aussi des apiculteurs, des arboriculteurs et des éleveurs, dont les clôtures et les stocks de foin ont brûlé. Agriculteurs, syndicats, élus et services de l'État ont engagé une course contre la montre pour soutenir un territoire où les pertes agricoles s'annoncent considérables.

Le 14 août dernier, la ministre de l'Agriculture s'est rendue sur le territoire Audois pour annoncer la création d'un fonds d'urgence de huit millions d'euros : sept pour compenser les pertes de récolte et un destiné à des exonérations de charges sociales MSA. "Si on n'avait rien obtenu, la situation aurait été dramatique", confie Ludovic Roux, président de la Chambre d'agriculture de l'Aude. Les syndicats ont également obtenu des mesures complémentaires : exonération de taxe foncière non bâtie (TFNB), élargissement des aides aux caves coopératives et groupements d'employeurs, et allégements de charges sociales. En attendant, les regards se concentrent sur la survie immédiate des exploitations. "Une fois que les caméras seront parties, on se retrouvera seuls avec les dossiers sur les bras", rétorque Damien Onorré, président du Syndicat des vignerons de l'Aude.

Un gout de fumée qui reste à déterminer

La crise se double d'un autre défi de taille : les vendanges. Habituellement lancées en septembre, elles arrivent dès cette fin août. Une précipitation qui complique encore la gestion post-incendie, obligeant agriculteurs et institutions à jongler entre indemnisations, relance de la production et sauvetage des récoltes encore intactes. Cependant, pour les vignerons, le gout de fumée reste l'inquiétude majeure. Comme le rappelle Matthieu Dubernet, dirigeant du Groupe Laboratoires Dubernet, "ces composés ne sont pas toxiques, mais lorsqu'ils se révèlent, ils donnent en bouche une impression de cendre, rédhibitoire pour un vin". Ces molécules se fixent d'abord discrètement dans le raisin avant de se révéler plus tard, parfois après la fermentation. "La dégustation ne permet pas de tout détecter, seules des analyses précises peuvent confirmer le risque", a-t-il ajouté.

Pour les vins modérément touchés, des solutions existent. "Il y a une forme d'œnologie de guerre", reconnait l'oenologue. Collages spécifiques, traitements par osmose inverse et charbon actif, ces techniques validées par l'Organisation internationale de la vigne et du vin en 2023 peuvent atténuer certains défauts. "On peut ramener des vins légèrement marqués dans une zone où la consommation reste possible, mais ça a forcement un coût", souligne-t-il, précisant que les vins trop atteints resteront impropres à la commercialisation. Constat identique en ce qui concerne les vignobles touchés par du retardant. Même si cette substance n'est pas toxique, administrativement et juridiquement, les parcelles touchées ne devraient pas être vendangées.

Pour apporter les meilleures estimations, une cartographie des zones touchées, par les retardants comme pour les fumées, permettra de sectoriser les espaces à risque à partir d'images satellites. Trois niveaux de contamination sont envisagés en ce qui concerne les fumées : zone brûlée (perte totale), zone 1 à fumée dense (risque élevé) et zone 2 à fumée légère (surveillance accrue). "On doit concentrer les contrôles sur les secteurs les plus exposés, pas partout indistinctement", précise Christophe Roux, directeur de secteur à l'ICV.

"Une fois que les caméras seront parties, on se retrouvera seuls avec les dossiers sur les bras"

Concernant les pertes totales, les vignes seront déclarées perdues et feront l'objet d'une indemnisation, estimée actuellement à 5 000 €/ha, avec un partage entre vignerons et coopératives dans le cas des coopérateurs. Le président de la Chambre prévient cependant d'un ton ferme : "Il n'est pas question de toucher une aide et de récolter ensuite un raisin abîmé pour le mettre sur le marché. Il y aura des contrôles et des sanctions pour ceux qui ne jouent pas le jeu." Pour les zones dans le panache de fumée, les raisins seront vinifiés, mais soumis à des analyses en laboratoire. En cas de présence de goût de fumée, une distillation aidée pourra être déclenchée, conformément à une circulaire parue cette semaine. "Cette analyse doit se faire avec les service de l'État afin de pouvoir déclencher une aide si nécessaire", rappelle Ludovic Roux.

Enfin, pour permettre aux exploitants les plus touchés de maintenir leur présence sur les marchés, des dérogations ainsi que des assouplissements sur les cahiers des charges ont été demandées afin d'autoriser l'achat de vendanges, de moûts ou de vins dans d'autres appellations compatibles. "Les gens très impactés auront besoin d'un peu de matière première pour fournir leur marché", explique Christophe Gualco, président des Vignerons indépendants de l'Aude.

Un climat d'anxiété palpable

Si l'urgence est partiellement traitée, la reconstruction à long terme reste incertaine. Les responsables agricoles alertent sur la vivabilité même du territoire. D'un côté, ceux qui ont tout perdu et qui ne savent plus comment gérer la situation. De l'autre, des gens qui attendent des actes et une simplification massive des contrôles, et autres réglementations jugées inadaptées au territoire.

Guillaume Portal, éleveur de chèvres à Thézan-des-Corbières, dénonce notamment les restrictions imposées par l'Office national des forêts (ONF). "Ils nous interdisent de pâturer derrière les zones brulées, 10 ans de procédure pour un coupe-feu, interdiction de curer un ruisseau... Il y en a marre !" Une colère partagée par Emmanuelle Bernier, paysanne à Fontjoncouse, dont l'exploitation a entièrement brûlé : "J'ai demandé des années auparavant d'avoir des coupe-feux à l'ONF. Ça n'a jamais été accepté et voilà le résultat."

Malgré l'ampleur du désastre, les acteurs locaux refusent de baisser les bras. "Ce terroir des Corbières est en train de mourir, mais on ne peut pas être pessimiste." La nécessité d'avoir de nouveaux modèles économiques et des aménagement paysagers adéquats n'a jamais été aussi forte. Ces derniers sont d'ailleurs le fer de lance du président de la Chambre : des Paiements pour services environnementaux (PSE) en partenariat avec des entreprises privées, une révision de la PAC avec une reconnaissance de la zone méditerranéenne comme territoire agricole spécifique, bénéficiant d'un accompagnement équivalent à celui des zones de montagne, et une politique ambitieuse de gestion de l'eau qui dépasse aujourd'hui uniquement les besoins agricoles.

"Certaines communes n'ont plus d'eau potable, et les pompiers ont dû vider les châteaux d'eau pour lutter contre les flammes", s'insurge Ludovic Roux. Enfant des Corbières, il compte bien défendre son territoire lors des prochains rendez-vous prévus avec les services de l'État et le Département. 

Anthony Loehr •

UTILE-

Cotisants solidaires, les grands oubliés ?

Lors de la réunion publique qui s'est déroulé le mardi 19 août à Durban-Corbières, Sandrine Puech, de la Confédération paysanne de l'Aude et vigneronne au domaine La Jument Rousse, a questionné les syndicats au sujet des cotisants solidaire et de l'aide exceptionnelle allouée par l'État. "Allons nous laisser les cotisants solidaires solitaires ?" Les Corbières abritent environ 30 % de petites exploitations de ce type. Pour Ludovic Roux, président de la Chambre d'agriculture de l'Aude, "c'est une erreur de les laisser de côté, même si en première lecture, les cotisants solidaires ne sont pas intégrés au dispositif". Des discussions seront engagés auprès des services de l'État pour tenter d'inclure ce statut dans le dispositif. "Si tel n'est pas le cas, nous regarderons du côté de l'association des agriculteurs sinistrés pour couvrir les besoins de tous ceux qui auront été oubliés." Afin que personne soit laissé de côté, le président de la Chambre encourage tous les agriculteurs, quelle que soit la filière, à se faire connaître auprès de la Chambre d'agriculture au numéro suivant : 06 77 10 67 49.

Anthony Loehr •

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