NOUVELLE LIGNE FERROVIAIRE
Du 9 avril et jusqu'au 19 juin, une concertation publique s'est ouverte sur la phase 2 du projet ferroviaire Montpellier-Perpignan. Vignes du Biterrois, terres irriguées du Narbonnais, domaines des Corbières, maraîchage et arboriculture du Roussillon : des terres agricoles traversées sur trois départements sont directement concernées.
Fragmentation des parcelles, délaissés, cheminements perturbés : les impacts fonciers d'une grande infrastructure sur les exploitations traversées. Des enjeux que SNCF Réseau reconnaît, et que la concertation en cours doit permettre d'anticiper.
© Crédit photo : SNCF Réseau
La phase 2 de la Ligne Nouvelle Montpellier-Perpignan (LNMP) entre dans une étape cruciale. Du 9 avril au 19 juin, une concertation publique - encadrée par la Commission nationale du débat public (CNDP) - est ouverte sur le tronçon Béziers-Perpignan, soit environ 150 kilomètres à tracer à travers certains des paysages agricoles les plus emblématiques du Sud de la France.
Trois garants indépendants ont été désignés par la CNDP pour veiller à la qualité des échanges : Anne-Isabelle Pardineille, Vincent Delcroix et Philippe Quévremont. Leur mission est explicitement définie par la CNDP : "Veiller à ce que le public soit en mesure d'exercer correctement son droit à l'information et à la participation, sans prendre position sur le fond du projet." Neutres et indépendants de l'État comme du porteur de projet, ils publieront à l'issue de la concertation un bilan auquel SNCF Réseau devra répondre publiquement. Ils sont joignables directement par les organisations agricoles et les exploitants individuels.
Trois grandes questions structurent les débats, toutes lourdes d'implications pour le foncier agricole : faut-il créer une ligne nouvelle ? Doit-elle être exclusivement réservée aux voyageurs ou mixte voyageurs-fret ? Combien de gares nouvelles, et où ? Trois scénarios sont sur la table. Le projet de référence 'voyageurs' (4,9 à 5,2 milliards d'euros) emprunte le corridor littoral avec une incidence jugée "intermédiaire" sur les milieux agricoles. La variante 'mixte tunnel sous les Corbières' (6,6 à 7 Mds€) passe en souterrain sous le massif, épargnant davantage les terroirs viticoles en surface. La variante 'mixte Corbières littoral' (6,3 à 6,7 Mds€) longe la côte, mais présente les incidences agricoles les plus contraignantes hors du massif. Cette concertation porte sur les fonctionnalités du projet et non sur les tracés précis, qui feront l'objet d'une deuxième étape de discussions en 2027-2028.
La fiche sur la thématique agricole publiée par SNCF Réseau en mars 2026 le pose d'emblée : "La ligne nouvelle passe majoritairement en dehors des villes et des villages et notamment dans des espaces naturels ou agricoles." Dans l'Hérault, le Biterrois est "un territoire où la viticulture occupe une place importante dans les paysages et l'économie locale", avec des vignobles AOP Coteaux du Languedoc et IGP Pays d'Oc. Les surfaces viticoles impactées sont estimées entre 120 et 150 hectares dans ce seul secteur, et les scénarios mixtes auraient "un impact légèrement plus important, notamment sur les vignobles". Les terres agricoles y subissent par ailleurs une "forte pression liée aux activités humaines" autour de Béziers, à Vendres, Lespignan et Villeneuve-lès-Béziers.
Dans l'Aude, la zone d'étude traverse des territoires contrastés. Au nord de Narbonne, "les terres sont en grande partie irriguées", avec vignobles et cultures maraîchères diversifiées. Plus au sud, dans les Corbières, "la viticulture est l'activité agricole dominante", structurée autour des AOP Corbières et Fitou, dans des territoires où "l'agritourisme est également bien développé". C'est là que les scénarios divergent le plus : le tunnel sous les Corbières évite les impacts directs sur les vignobles de Fitou et de Treilles, quand la variante littorale "entraînerait la fragmentation d'une plaine agricole productive, ainsi que des emprises importantes sur les terres agricoles".
Dans les Pyrénées-Orientales, la réalisation de la ligne "accentuerait les effets de cloisonnement et de coupure dans un secteur déjà impacté par les infrastructures de transport existantes" - A9 et lignes ferroviaires confondues. La viticulture s'appuie sur plusieurs AOP (Rivesaltes, Côtes du Roussillon, Muscat de Rivesaltes) et coexiste avec des vergers - fruits à noyau essentiellement - et un maraîchage diversifié reconnus pour la qualité de leurs terroirs, le tout adossé à "des réseaux d'irrigation". Dans la plaine du Roussillon, les scénarios mixtes "pourraient présenter des incidences agricoles légèrement plus importantes", en raison de l'implantation d'équipements ferroviaires sur des terres de meilleure qualité agronomique, entre l'Agly et la Têt.
Pour mieux comprendre ce que le projet implique concrètement pour chaque territoire, deux réunions thématiques agricoles sont organisées : le 28 mai à Rivesaltes (66) pour les Pyrénées-Orientales ; et le 2 juin à Bages (11) pour l'Aude et l'Hérault. Des rendez-vous à ne pas manquer (voir colonne agenda).
La fiche thématique est explicite sur les risques : perte de surfaces cultivées, "effet de coupure" fragmentant les exploitations, parcelles "délaissées" dont "l'exploitation peut être plus complexe, voire impossible". Face à cela, la loi prévoit accords amiables, indemnisations individuelles et "l'indemnisation du préjudice sur l'économie agricole induit par le projet". Les études d'impacts sont conduites "avec les acteurs du monde agricole, afin de définir des compensations adaptées", assure SNCF Réseau.
La phase 1, entre Montpellier et Béziers, donne la mesure de ce que cela peut représenter : un fonds de compensation collective de près de 14,5 M€ y a été constitué pour financer des projets structurants pour l'agriculture locale. Un résultat qui doit beaucoup à la mobilisation organisée de la profession en amont1. Pour la phase 2, les Aménagements fonciers agricoles et forestiers (Afaf), pilotés par les Conseils départementaux, permettront également de réorganiser le parcellaire. Mais ces procédures doivent être anticipées tôt.
Les Chambres d'agriculture de l'Hérault, de l'Aude et des Pyrénées-Orientales sont déjà en ordre de marche : à chaque exploitant de les rejoindre, pour prouver que les terres de ce corridor méditerranéen méritent mieux que le silence.
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