La Londe-les-Maures
Après 15 ans de production de fleurs coupées, Marc Desachy a tourné la page "sans regret" pour se réorienter vers la viticulture. Il s'est associé avec son père, avant de reprendre le domaine familial de huit hectares et de le développer.
Marc Desachy, vigneron, La Londe-les-Maures
© Crédit photo : Julien Dukmedjian
Certains parcours professionnels résument assez bien l'évolution du paysage agricole varois de ces dernières décennies. C'est le cas de Marc Desachy, propriétaire du domaine viticole du même nom, situé à La Londe-les-Maures. Vigneron depuis près de 30 ans, il a débuté sa vie professionnelle comme producteur de fleurs coupées (gerberas puis lys) avant de stopper cette activité, "sans regret".
Une voie qui semblait pourtant toute tracée, après l'obtention de son bac professionnel 'Horticulture', validé au lycée agricole de Hyères, en 1980. Il décide dans la foulée de s'installer : "J'ai acheté des terres, construit des serres et débuté la production dans un marché porté par des prix de vente attractifs," se souvient le sexagénaire. Il tient 15 ans, avant de jeter l'éponge en 1996, pris en tenaille entre un coût de l'énergie qui augmente progressivement et un seuil de rentabilité qui diminue.
"Je me suis posé la question de la suite et de ma réorientation professionnelle," explique l'agriculteur qui saisit l'opportunité de s'associer avec son père, jeune retraité à 37 ans de la Marine nationale devenu, un peu par hasard, vigneron. "Nous étions au lycée agricole de Hyères en même temps," sourit rétrospectivement Marc Desachy : "Mon père dans le cadre de la formation pour adultes, avec l'objectif de reprendre des vignes qui appartenaient à mes grands-parents ; et moi, qui suivais un cursus scolaire." En 1997, père et fils s'associent dans le cadre d'un Gaec, afin d'exploiter le vignoble de huit hectares. "Pendant un an, je me suis partagé entre les vignes et la production de fleurs coupées, avant d'être à 100 % sur la partie viticulture et de laisser sans regrets l'horticulture."
La viticulture varoise est alors à un tournant stratégique majeur, avec la montée en puissance du rosé de Provence, concomitante à la hausse de la qualité opérée par la filière. "Contrairement au marché de la fleur coupée, celui de la viticulture était en plein essor, avec des prix qui ne cessaient de progresser," rappelle Marc Desachy. "Avec huit hectares, nous étions déjà à cette époque - et nous le sommes toujours - des 'petits' par rapport à de plus grands domaines. Et inversement des 'grands', en comparaison à de tout petits domaines, dans le secteur de la Londe-les-Maures," résume le vigneron, qui a tâtonné avant de trouver un modèle économique viable et s'adapter à cette position d'entre-deux.
Après quelques années passées avec son père, en vue de préparer la reprise, Marc Desachy se retrouve seul aux manettes du domaine au début des années 2000 : "Nous avions restructuré le vignoble et l'engouement pour le vin rosé nous portait collectivement. Tous les voyants étaient au vert," se souvient le désormais sexagénaire, qui réalise plusieurs choix en matière commerciale et culturale.
Concernant le premier point, il privilégie la vente directe au caveau - à une époque où le choix de s'appuyer sur les circuits courts reste encore marginal -, participe à quelques salons grand public soigneusement ciblés pour leur potentiel (comme celui des Vignerons indépendants de Strasbourg), et travaille avec une poignée de cavistes. "L'équation était simple : notre production étant limitée, j'ai misé sur des circuits de distribution à plus forte valeur ajoutée, autrement dit avec le minimum d'intermédiaires," expli- que Marc Desachy. Autres choix, celui d'une politique de prix "raisonnables" avec des vins en AOC Côtes de Provence à moins de dix euros, d'une part. Et une gamme élargie, avec la création de mini-cuvées issues de sélection parcellaire, particulièrement en rouge avec trois références, contre deux pour les rosés et une pour le blanc, d'autre part. Une option rendue possible par l'absence d'endettement de l'exploitation : "Tout le matériel agricole et les outils de production en cave sont remboursés."
Sur le plan cultural, le vigneron revendique "une démarche pragmatique", qui l'a amené à s'affranchir des labels environnementaux, comme le bio ou la Haute valeur environnementale : "J'ai suivi la formation HVE, mais je n'ai pas été convaincu de sa plus-value pour le domaine. Idem pour le bio : je traite peu, mais à chaque fois que c'est nécessaire. Avec huit hectares, je ne peux pas risquer de perdre tout ou partie de ma récolte en cas d'attaque sévère de mildiou ou d'oïdium." Ce qui ne l'empêche pas de garder un enherbement en inter- rangs.
Autre originalité du Domaine Desachy : les raisins sont récoltés manuellement, avec l'objectif d'effectuer un premier tri sur chaque cep et une maîtrise parfaite des maturités, pour chaque parcelle (la plus grande mesure moins d'un hectare). En cave, enfin, la priorité est certes donnée à la production de vins rosés (62 % du volume global), car "cela reste un produit d'appel sur lequel on ne peut pas faire l'impasse", mais pas uniquement : "Depuis le départ, j'avais l'ambition de produire des rouges de garde, dans la lignée de ceux qui ont fait la réputation des vins de Provence," revendique Marc Desachy.
À 66 ans, et à quelques années de la retraite, la question de la reprise du domaine se pose aujourd'hui pour le vigneron, d'autant qu'aucune de ses deux filles ne souhaite lui succéder. L'une d'elles a pourtant réalisé des études d'œnologie. "Elle est aujourd'hui maître de chai dans une coopérative et n'envisage pas de quitter son statut de salariée et son travail qui la passionne. Je n'ai pas envie de me polluer l'esprit avec cette question de la reprise. Je me laisse encore deux ans d'activité. Ensuite ? On verra !" Avis aux candidats potentiellement intéressés...
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