Congrès du Forum d'Oc
Le monde agricole provençal et les défenseurs de la langue d'oc cultivent les convergences, comme on l'a constaté à Châteauneuf-le-Rouge, samedi 8 octobre.
L'ex-maire de Correns, Michaël Latz la viticultrice de Pourrières, Hélène Dragon, et le président du Comité interprofessionnel des vins de Provence, Éric Pastorino, partagent un même souci : conserver le modèle d'agriculture familiale provençale... en y valorisant la langue du pays.
© Crédit photo : MN
"L'achat du château des Esclans par Bernard Arnault (LVMH), près de Draguignan, montre que les grands groupes investissent dans le terroir" s'inquiète Claude Holyst, du comité permanent du Forum d'oc, en introduction au congrès de son association.
Il peut être surprenant que cette entité de regroupement des associations pour la défense de la langue d'oc en Provence se préoccupe de la qualité des propriétaires viticoles.
L'explication vient très vite devant un cénacle d'une centaine de professionnels de la vie agricole, de l'organisation des territoires protégés et de promoteurs de la langue régionale : "Comment maintiendrons nous la petite exploitation familiale dans un contexte de surenchère du foncier agricole ?" s'interroge Claude Holyst.
Sur ce thème, 'Langue et terroir, comment cultiver l'avenir de la Provence', le Forum d'oc consacrait en effet, à Châteauneuf-le-Rouge, son congrès annuel à la défense des terroirs, et, logiquement, aux agriculteurs qui portent encore souvent la langue régionale.
Significative, la présence aux tables rondes de Michaël Latz, longtemps maire de Correns (83), commune rurale qui lui doit, d'une part, une démarche exemplaire vers la viticulture bio ; d'autre part, la création d'un centre culturel dédié aux musiques traditionnelles de création, Le Chantier, qui fait largement appel aux chanteurs dits occitans. "Notre défi, c'est bien de permettre à l'agriculture provençale de conserver son caractère familial, au lieu d'un modèle californien qui sort du terrain de jeu traditionnel".
Habituellement les pieds plantés dans la glaise de ses vignobles de Pourrières (83), Hélène Dragon représente, pour dialoguer avec l'ancien président du Pays de la Provence Verte, la génération suivante, celle des jeunes qui se posent à la fois la question de la qualité du produit et celle de la transmission du domaine. Son beau-père retraité, Gaston, expliquait il y a encore peu de temps aux écoliers locaux comment on soigne la vigne. Lors d'un reportage, nous l'entendions ainsi apprendre aux enfants, sécateur en mains, à "desborronar" (réduire les bourgeons), et ainsi à préparer la "vendùmia" (vendange).
Mais la langue transmise par les petits exploitants familiaux - hors les Alpes, 53 % des exploitations ne dépassent pas les 10 hectares - résisterait-elle à leur effacement, au profit d'investisseurs aux moyens financiers importants ? "Les ventes sont forcées. À chaque succession, la question se pose" reprend Hélène Dragon : "Un seul dans la fratrie veut reprendre, mais comment payer leurs droits aux frères et sœurs si le prix du foncier augmente à ce point ?". C'est alors fatal : le domaine agricole quittera le giron familial, et ceux qui portent la langue du terroir feront autre chose et parleront autrement.
Éric Pastorino, le président du Conseil interprofessionnel des vins de Provence (CIVP), estime quant à lui que sauver le modèle agricole de l'exploitation familiale provençale passe par l'affirmation de la typicité de ses productions. "Le rosé de Provence, ce sont ses viticulteurs qui l'ont fait tel qu'il est. Et son AOC est une condition pour le protéger, en protégeant ceux qui le font." Et de rappeler que le CIVP se lance dans un fameux challenge : faire reconnaître ce rosé élaboré en Provence comme patrimoine immatériel de l'humanité, via l'Unesco. La pizza napolitaine, qui a suivi le même parcours, ne peut être réalisée par les multinationales de l'agroalimentaire.
Mais et la langue d'oc dans tout ça ? "Il est temps de marquer notre spécificité en jouant l'étiquette en provençal" affirme Hélène Dragon. "Les nouvelles populations en milieu rural sont en recherche d'authentique, de culture. Permettons-leur d'adopter la nôtre, donnons-leur les moyens !" Qu'il sera séduisant de déguster un rosé frais en expliquant à ses convives ce que dit l'étiquette en provençal...
D'autant que, du côté des gestionnaires de la nature, aux portes même des domaines viticoles, la pratique est déjà ancrée : le Parc naturel régional de la Sainte-Baume édite des cartes de randonnées en provençal, celui du Vercors organise des stages de provençal, le dernier ayant eu lieu fin septembre. "N'ayons pas peur du 'provençal bashing', de la récupération folklorique. À Signes, un brasseur appelle sa bière 'Le fada' et livre la fiche d'accompagnement en provençal" témoigne un habitant. Toute initiative reçoit l'auto label du Forum d'oc, Régal'Oc (REconnu GArant de L'Oc).
Mais ce qu'il s'agirait de vaincre avant tout, c'est le sentiment des agriculteurs eux-mêmes que leur langue n'est qu'un patois. Éric Pastorino lui-même l'avoue : "En arrivant, j'entendais des gens converser en provençal, et j'avais peur qu'on me demande de le parler, moi qui pourtant l'entends ! Je plaide pour qu'on l'apprenne à l'école, afin qu'on trouve ça naturel demain".
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