Aude
Encore un aléa. Pour les vignerons audois, la lassitude s'installe encore. Samedi 19 avril, un épisode de grêle a traversé un couloir, s'abattant sur des vignes et prairies. Chez Pierre Calmettes, coopérateur aux Vignobles de Vendéole, certaines parcelles ne s'en relèveront pas cette campagne.
Pierre Calmettes (à d.) viticulteur à Sainte-Eulalie, a pu montrer l'étendue des dégâts, accompagné entre autres de Marc Véra, président du comité territorial de l'Aude des Vignerons coopérateurs Occitanie et de Frédéric Rouanet, président du Syndicat des vignerons de l'Aude.
© Crédit photo : ML
Dans l'Aude, on aimerait bien pouvoir utiliser la locution "Une fois n'est pas coutume". Mais il semblerait que le changement climatique s'évertue encore et encore à donner tort à la maxime. Après plusieurs années qui ont creusé le déficit hydrique et des épisodes de gel, dont la morsure se fait encore sentir dans les esprits, la grêle était de retour samedi 19 avril.
Selon un premier recensement mené par la Chambre d'agriculture, le plus gros de l'orage du samedi après-midi est passé sur Alzonne, où plusieurs parcelles sont touchées à 100 % et Sainte-Eulalie, du côté de Montréal où l'impact semble être de 60 à 70 %. Au niveau de Bram/Sainte-Eulalie et le nord d'Alzonne - entre Carlipa, Saint-Martin et l'Est de Moussoulens à la limite de Ventenac, plusieurs exploitations sont impactées à plus de 30 %. Pour ce qui est des averses de grêle le reste du week-end, la Haute vallée a vu des rameaux coupés, mais pour la plupart des autres zones, plus de pluie que d'impacts de grêlons. Des dégâts ont également été signalés sur prairies de ray-grass du côté de Saissac.
"Sur cette parcelle et celles d'à côté, on a environ 10 hectares touchés à 100 %. Pour le reste des vignes, c'est plutôt autour de 30 %", observe Pierre Calmettes, viticulteur du Domaine de Péchauzine à Sainte-Eulalie. Quant à son plantier de chardonnay ? "Il ne reste plus rien." Dans un couloir sur les hauteurs d'Alzonne, la grêle a été "d'une intensité folle entre 20 et 30 minutes et quasi sans eau", pointe le viticulteur. Et sans eau, les dégâts sont en général plus importants, soulignent les viticulteurs présents à ses côtés vendredi 25 avril. L'expert est quant à lui passé en ce début de semaine.
Présent aux côtés de la Chambre d'agriculture, des Vignerons coopérateurs et des Vignerons indépendants (VI), Fabrice Vergé, président de la coopérative des Vignobles de Vendéole est formel : si peu de coopérateurs semblent avoir été touchés par l'épisode, il est difficile de mesurer l'impact sur la récolte. "Ce qui est sûr, c'est qu'avec les années que nous avons eues, nous perdons du rendement tous les ans. Pour la dernière récolte, nous avons atteint les sept millions d'hectolitres, mais ça va continuer à s'effondrer", explique-t-il. Les sinistrés l'ont toutefois échappé belle, le lendemain, sur la même zone, il faisait 1°C. "Avoir de la grêle et du gel juste après, ça aurait été du jamais vu." Dans les vignes, tous acquiescent.
La difficulté réside ainsi principalement dans la répétition des aléas climatiques. "Même en août on travaille avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Jusqu'au dernier moment on peut tout perdre", rappelle Christophe Gualco, président des Vignerons indépendants du département. L'année passée, au même endroit, c'était la sécheresse qui primait. Et les pluies de ce début d'année n'ont évidemment pas pu rattraper le déficit. "J'ai deux puits chez moi, dont un que je n'avais jamais vu à sec. Malgré les 300 mm qu'on a pris depuis septembre, il l'est toujours", souligne Ludovic Roux, président de la Chambre audoise, en guise d'exemple.
"Sur la vigne, il devient de plus en plus difficile de se faire assurer. Et pourtant il est toujours aussi essentiel de s'assurer", rappelle-t-il. "Plus on aura d'assurés, plus on pourra défendre la démarche assurantielle." Bien évidemment, la problématique réside principalement dans la très discutée moyenne olympique. "C'est maintenant que tout se joue, avec les négociations de la nouvelle Pac qui sont en cours. Entre sécheresse, aléas climatiques de manière générale et problématiques économiques, il devient urgent de trouver des solutions adaptées au secteur méditerranéen", poursuit-il.
Le président a de l'espoir, maintenant que la Commission évoque enfin la Méditerranée. "Mais il reste un gros débat autour d'un budget spécifique Pac et européen. C'est une fois qu'on obtiendra ça, que la zone méditerranéenne sera considérée, qu'on pourra avancer." Il rappelle, aussi, que les avancées, il y en a déjà eu avec l'ancienne Pac. Elles n'étaient seulement pas toujours très visibles du point de vue des petites exploitations du territoire. Il faudra également, selon lui, faire preuve d'innovation économique, en n'excluant aucune option : vins sans alcool, agritourisme, photovoltaïque, irrigation, tout en travaillant sur l'économie des exploitations elles-mêmes.
Pas - ou peu - de raisins sur cette parcelle de Pierre Calmettes donc. Il peut cependant espérer voir sa vigne refaire du bois et de la végétation. "Mais à l'inverse de ce qu'il se passe quand il gèle, avec une vigne plus vigoureuse l'année suivante, avec la grêle, le bois ne sera pas joli et va compliquer la prochaine campagne de taille. Les pertes se répercutent donc également sur l'année suivante, et ça, l'assurance ne le prendra pas en compte", ajoute Ludovic Roux
Heureusement pour l'exploitation sinistrée, il y a déjà plusieurs années que la diversification des cultures est en place. En plus de la vigne, les deux associés cultivent de nombreuses parcelles en grandes cultures, pour la consommation et la semence : blé dur, pois chiche, tournesol, maïs, mais aussi des potagères, de l'oignon, du persil ou encore des carottes. Pierre Calmettes est formel : "Tant qu'il y a de l'eau, il faut diversifier."
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