CHANVRE À ACTIFS
Les producteurs de chanvre à actifs, qui cultivent le chanvre pour ses principes actifs, comme le cannabidiol contenu dans ses fleurs et ses feuilles, pâtissent d'une mauvaise image. L'association française des producteurs de cannabinoïdes, qui représente 300 fermes, espère un meilleur encadrement légal de la filière.
À gauche, des fleurs brutes, à droite, des fleurs manucurées au sécateur, dans les mains de Michel Opic.
© Crédit photo : J. Bonnery
Michel Opic est safranier depuis 13 ans et s'est diversifié en chanvre à actifs il y a 3 ans. Installé en agriculture biologique à Arzens (Aude), cet ancien physicien cultive 300 m² de safran et 1 000 m² de chanvre cannabidiol, soit 400 pieds par saison. "L'intérêt de cette culture, c'est que nous pouvons être rentables avec de petites surfaces sans être trop mécanisés. C'est le beurre dans les épinards. Malheureusement, nous ne sommes pas considérés comme paysans, alors que la plupart des producteurs sont très souvent des agriculteurs ou des éleveurs qui choisissent le chanvre comme diversification", explique Michel Opic. La production offre de nombreux débouchés variés, allant des cosmétiques à l'alimentaire. "Tous les cannabinoïdes se dissolvent bien dans le gras, c'est pourquoi on fabrique beaucoup d'huile."
Contrairement au chanvre textile où la paille - la tige complète - est cultivée pour des débouchés souvent industriels, les producteurs de chanvre à actifs s'intéressent aux fleurs de la plante où sont concentrés les cannabinoïdes. "Les cannabinoïdes les plus connus sont le THC - classé stupéfiant -, ainsi que le CBD et le CBG que l'on obtient en cultivant des plantes issues de semences certifiées au catalogue européen. En revanche, on ne peut pas les différencier à l'œil nu, pour cela il faut faire des analyses", explique le chanvrier. Une ressemblance qui a déjà causé des ennuis à nombre d'entre eux, dont les productions sont parfois saisies.
"Le protocole auquel nous sommes soumis est un protocole agricole de contrôle du taux en plein champ, mis en place pour les grandes cultures par échantillonnage. Or, c'est complètement différent du contrôle effectué sur la fleur brute par les forces de l'ordre", se désole Michel Opic. Depuis le 30 décembre 2021, la France a fixé la limite légale de THC à 0,3 % pour le chanvre cultivé et transformé. Avant cette date, la limite était de 0,2 %, conformément aux règles européennes de l'époque. "Le problème, c'est que ce produit brut agricole est destiné à être transformé. Par exemple, pour fabriquer une huile sublinguale, nous utilisons des extraits dont la concentration peut dépasser ce taux. Comme les vignerons, nous devrions pouvoir détenir des produits bruts en cours de transformation sans être accusés de détenir du stupéfiant ou terminer chez les gendarmes, ce qui arrive chaque année", explique le chanvrier.
Michel Opic est délégué régional en Occitanie pour l'Association française des producteurs de cannabinoïdes (AFPC). Créée il y a 5 ans, l'association représente 300 fermes en France, dont une cinquantaine en Occitanie. "Et ce chiffre est en constante augmentation. Nous sommes une région qui se prête à cette culture avec notre climat proche de celui de la Californie. Il permet de faire de belles fleurs, mais cela reste contraignant avec les canicules, car la chaleur a tendance à faire augmenter le taux de cannabinoïdes, et donc nous faire dépasser le seuil légal." Pour cette raison, l'association, qui souhaite devenir une interprofession aux côtés d'autres syndicats, espère que le taux passe à 1 %, comme c'est déjà le cas en Suisse et en République tchèque (0,6 % en Italie).
Un autre problème est soulevé par l'AFPC : les contrôles routiers. De nombreux anciens consommateurs de THC se tournent vers le CBD pour un substitut légal. Problème : ils peuvent subir la même répression lors des contrôles routiers. "Même un taux infime de THC détecté dans le test salivaire rend le contrôle positif. C'est pour cela qu'on conseille de toujours demander une prise de sang pour invalider ce test salivaire et obtenir la mesure du taux. Mais en attendant, le conducteur est tout de même considéré comme coupable."
Le chanvre à actifs est une plante qui se sème au mois de juin et peut croître d'un mètre par mois en tous sens. Si Michel Opic irrigue ses plants en période de végétation, certains chanvriers bretons ou limousins cultivent sans irriguer.
Il a testé toutes les variétés féminisées du catalogue européen : Kompolti, Western Cherry, Morning Glory, Northwest, Midwest, le CBG Enectarol et l'automatique Autopower. Tout au long de la croissance, une surveillance rigoureuse est nécessaire pour contrôler le sexage des plants, même si les graines sont féminisées. "Il s'agit de vérifier qu'aucun pied mâle ou hermaphrodite ne soit présent, car il pourrait polliniser toute la culture, rendant la récolte inutilisable." Pour cela, l'agriculteur inspecte ses plants quotidiennement.
À partir des mois de septembre et octobre selon les variétés, il récolte à la main. "Il y a beaucoup d'aléas dans cette culture. L'an dernier, nous sommes nombreux à avoir perdu 50 % de notre production à cause du botrytis."
"Nos fleurs sont consommées sous forme de tisane, vaporisées et parfois fumées, c'est pourquoi la grande majorité des producteurs de chanvre à actifs privilégient l'agriculture biologique", explique Michel. "Les produits importés manquent souvent de traçabilité et ne répondent pas aux mêmes exigences de qualité. Aujourd'hui, 95 % du CBD vendu en France est importé, ce qui place les producteurs français dans une concurrence déloyale", déplore-t-il. Le Syndicat professionnel du chanvre estime que la France compte environ 2 000 magasins spécialisés dans le CBD, sans compter les bureaux de tabac et pharmacies qui en commercialisent.
Si la diversification vers le chanvre à actifs séduit de plus en plus les agriculteurs, elle demeure semée d'embûches. "Malheureusement, c'est une culture perçue comme borderline : nous sommes difficilement considérés comme paysans, car l'image du stupéfiant nous colle à la peau. Il est très difficile de trouver une banque prête à nous ouvrir un compte professionnel et la plupart des chanvriers ne sont pas assurés sur leur culture, faute d'assureurs prêts à nous suivre", regrette Michel Opic. L'AFPC milite donc aujourd'hui pour un encadrement légal de la filière.
TÉMOIGNAGE-
© Crédit photo : JB
À 33 ans, Paul Villanueva vient de s'installer à 710 mètres d'altitude sur un terrain de 1 000 m². En 2023, il suit un CAP maraîchage horticulture au lycée Charlemagne de Carcassonne, jusqu'à ce qu'un évènement le pousse à choisir sa voie. "Je suis tombé sur un reportage sur des producteurs-paysans de chanvre certifié bio, le Chanvre du Griffoul, qui produisait depuis un moment selon les normes de la loi européenne. Cette vidéo m'a fait un truc chimique dans le corps, c'est ça que je voulais faire", explique Paul, qui après les avoir rencontrés, en a été convaincu. L'année d'après, il passe un BPREA spécialité arboriculture dans le même lycée et effectue ses stages en maraîchage chez Émile Pautou et en PPAM chez Céline Zorzetto. En 2024, il est officiellement installé en conversion bio et malgré quelques promesses, aucune banque n'a suivi son projet. Paul a ainsi démarré son activité avec un apport personnel de 10 000 € et une DJA de 38 000 €.
Il a investi dans un container maritime de 30 m² pour le séchage de la matière première et un bâtiment modulaire de 15 m² pour la transformation. Il a également acheté 1 020 graines de variété Kompolti 100 % féminisée. Paul envisage de planter 300 pieds et ne compte pas être mécanisé. Il débutera ses semis sous serre à la mi-avril, et plantera en pleine terre en juin. Lors de ses essais, lui aussi a été confronté au botrytis et a opté pour une prévention au Delfin, qui contient du Bacillus thuringiensis, utilisable en agriculture biologique.
Dès son installation, Paul s'est rendu à la mairie et à la gendarmerie voisine présenter son projet. "Je leur ai tout expliqué, montré mes factures et proposé de venir visiter. C'est important d'être transparent avec la commune et les autorités", explique Paul, qui conseille vivement d'avoir un capital avant de se lancer. "Aucune banque ne prêtera." Lui aussi a ses raisons de souhaiter une augmentation du taux de THC légal. "Si nous avions une uniformisation du taux de THC appliquée à toute l'Europe, nous aurions un éventail de produits très compétitifs et attirants gustativement. Là, ça nous restreint à des produits moins qualitatifs", argue Paul. "Les gens en ont marre de consommer des CBD qui donnent mal à la tête. Et s'ils savaient ce qu'il y a dans certains produits qui viennent de l'étranger, ils n'infuseraient pas les fleurs !"
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