“Notre but était de refaire vivre le lieu. Lorsque Pauline et Hervé sont venus visiter la ferme, en janvier dernier, avec l’idée de s’installer, on a eu envie d’être les accompagnateurs de ce moment à vivre pour eux”, avoue Philippe Parra, qui a assuré, avec son épouse Annie, la transmission de l’activité du Domaine d’Ambrussum pour le compte de leur fille, Jessica. Après avoir rencontré une dizaine de repreneurs potentiels, c’est à Pauline et Hervé qu’ils ont souhaité remettre “les clés” de l’exploitation, impressionnés par leurs envies, leurs convictions et leur absence de crainte de tout quitter pour se lancer.
Retour dans le passé. En 1996, la famille Parra achète le Domaine d’Ambrussum, avec pour première idée de vivre au milieu des chevaux, de toute une basse-cour, y compris la sauvagine, “un endroit de folie”, se souvient encore avec émotion Philippe. Et dans ce coin de paradis, quelques années plus tard, leur fille Jessica rêve d’y installer une ferme pédagogique. Toute la famille se mobilise alors pour l’aider à réaliser son projet. Ils imaginent, dans un premier temps, faire une ferme pédagogique autour des autruches. Mais le projet se révélant trop onéreux, le choix se porte sur le canard col vert, avant d’aboutir, à la suite d’une journée portes ouvertes, à Saint-Côme-et-Maruéjols (30), chez Michel Verdier, producteur de foie gras, à l’élevage de canards gras. Et pour cause. Ce dernier leur ayant confié qu’il souhaite cesser son activité, s’engage à leur vendre le matériel, à former leur fille et à passer le relais de sa clientèle. Banco.
En 2004, le projet aboutit. Tout le monde met la main à la pâte, tant sur le plan financier que pour bâtir le bâtiment pour les canards gras et la fabrication de foie gras, confits et plats cuisinés. Avec Michel Verdier à ses côtés, Jessica réalise sa première production en 2005. Avec la fermeture de trois élevages de canards gras dans le Gard et un dans l’Hérault, Jessica devient la seule productrice de foie gras dans le Midi, ce qui lui vaudra, grâce également à toute la communication qu’elle réalise autour de la valorisation des produits de terroir, de se retrouver sous les feux des projecteurs. Sur sa lancée, elle met en place un marché de paysans sur l’exploitation, avec dégustations, démonstrations de découpe, ateliers divers, balades en calèche. La greffe prend, le succès est au rendez-vous, et les produits issus de son élevage de 1 250 canards gras se vend sans difficulté. L’aventure durera quatre ans, jusqu’en 2009, lorsque Jessica décide de tout arrêter. La famille est sous le choc. Elle mettra trois ans avant de passer une annonce dans le Répertoire départ installation (RPI), site internet dédié aux cédants et repreneurs d’exploitation.
Le difficile chemin de la transmission
Que faire ? Vendre ou louer ? Le doute s’installe, mais le désir de préserver cet “espace de liberté”, ainsi que le qualifie Philippe, sera le plus fort et tranchera la question. L’option retenue sera le fermage du bâtiment et de 2 hectares de terres pour l’élevage de canards gras en plein air. Les visites s’enchaînent, mais aucune personne n’arrive à convaincre réellement la famille Parra. “Certains scénarios étaient séduisants, les profils très variés, mais on n’était pas convaincus. Ce qui prime avant tout, c’est la personne”, insiste-t-il. Comprenez la rencontre qui fera l’intime conviction que celle-là plutôt que celui-ci sera la bonne personne. Sept années passeront avant que la rencontre décisive ne se fasse. C’était en janvier dernier.
Pauline et Hervé débarquent des Saintes-Maries-de-la-Mer. Elle évolue dans le milieu équin, lui dans le monde agricole. Leurs passions communes : les chevaux, les taureaux, mais surtout le monde agricole. Depuis toujours, Pauline rêve de créer un élevage de poules ou de brebis. Hervé n’est pas très chaud, d’autant que le foncier aux Saintes-Maries-de-la-Mer est trop onéreux pour eux, et qu’il n’a nulle envie de quitter ce coin de paradis.
Les années passant, puis la famille s’étoffant avec l’arrivée d’un enfant, l’idée de se lancer à leur compte refait surface. Créer un élevage, pourquoi pas ? Lequel ? Aucune idée n’est arrêtée sur le sujet. Ils enchaînent les visites d’un lieu à l’autre entre le Gard, l’Hérault et les Bouches-du-Rhône, essuient déception sur déception, jusqu’à ce qu’ils trouvent leur bonheur en consultant le RPI. C’est ainsi qu’ils débarquent, un dimanche matin de janvier 2019, au Domaine d’Ambrussum, à Villetelle. Durant cinq heures, les deux couples échangent à bâtons rompus, avant d’aller visiter le bâtiment. “Cela l’a tout de suite fait, même si, dans ma tête, je me suis dit qu’il était hors de question de se lancer dans la fabrication de foie gras, car nous n’y connaissions rien. Mais parce que Philippe, Annie et Jessica se sont engagés à nous accompagner et que cette production, si elle était bien faite, pouvait être rentable, on s’est finalement décidés à relancer cette activité. Les autres atouts du domaine étaient la possibilité de louer une maison sur place, et le bâtiment de l’exploitation n’était pas en trop mauvais état. Puis, on pouvait leur poser toutes les questions qui nous passaient par la tête. Il n’y avait aucune barrière”, raconte Pauline.
L’installation
Tout s’enchaîne dès lors très vite. Pauline et Hervé quittent leurs emplois respectifs, et s’engagent dans le chemin de l’installation, en effectuant toutes les démarches auprès de la Chambre d’agriculture, puis en suivant le parcours de professionnalisation personnalisé, et en remplissant de nombreux papiers. Hervé s’installe à titre principal sur l’exploitation, Pauline en tant que conjointe collaboratrice. Leur arrivée au domaine se fait le 24 août, jour de leur déménagement, et de l’arrivée de leurs brebis et chevaux. Ils engagent des travaux pour mettre aux normes sanitaires le bâtiment d’élevage, et achètent
600 canards gras. Le 14 novembre, c’était le premier jour du gavage des canards en parc. “On va aussi développer un atelier de poulets de chair et de poules pondeuses, des pintades et canettes, pour ne pas mettre tous les œufs dans le même papier”, raconte Pauline.
Philippe, Annie et Jessica les suivent pas à pas. Jessica s’occupe de leurs flyers, Philippe de la faïence du bâtiment, Lily, l’autre fille de Philippe et Annie, propose son aide pour l’abattage. L’accompagnement est quotidien et les échanges permanents au point que Pauline considère que “cela devient familial. Ils sont un peu comme des parents pour nous”. Pour leur première production, Pauline et Hervé vendront leurs produits sur place ou livreront à compter du 26 novembre. Ils comptent également faire les marchés.
La greffe de la transmission a bel et bien prise car, d’un côté, comme de l’autre, ce qui les unit profondément est leurs qualités humaines et le goût des produits du terroir. Unis derrière un même projet, c’est un nouveau départ pour chacun d’entre eux.
Florence Guilhem
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