GARD
À Sernhac, Élisabeth et Pascal Glas ont transformé un héritage familial en un domaine viticole singulier, où l'histoire romaine rencontre une exigence qualitative absolue. Entre vieilles vignes en gobelet et transmission, plongée dans une réussite construite de toutes pièces.
Élisabeth et Pascal Glas ont misé sur l'œnotourisme dès la création du domaine, il y a plus de 20 ans.
© Crédit photo : JB
"Il m'a dit : 'J'en ai marre de travailler pour les autres, j'aimerais bien créer un domaine à moi'", lance avec humour Élisabeth Glas, en regardant son époux, Pascal. C'est donc ce que le couple a fait au début des années 2000, à Sernhac. "On voulait un coup de cœur, mais on a eu un coup de pouce lorsque le frère de Pascal, qui exploitait le domaine familial, a voulu vendre la propriété", continue-t-elle. La fermeture de la cave de Sernhac avait en effet contraint ce frère aîné, jusqu'alors viticulteur exclusif, à cesser son activité sur ce domaine acquis par leur arrière-grand-père.
Le Domaine de Poulvarel naît ainsi en 2004. Une création de toutes pièces : cave, caveau, habitation, bâtiments d'exploitation... tout sera progressivement édifié sur plusieurs années.
À Sernhac, le vignoble côtoie un patrimoine exceptionnel : les tunnels de l'aqueduc romain. Un décor qui dépasse la simple carte postale, tant il est lié à l'histoire familiale. "Quand j'étais petit, on jouait dedans tous les mercredis avec mon frère", se souvient Pascal. À l'époque, les galeries sont encore en partie ensevelies. Les frangins guident même les archéologues venus les localiser. "Ensuite, l'armée est intervenue pendant deux ans pour tout dégager." Une période mise en lumière dans un documentaire de l'ORTF (Office de radiodiffusion-télévision française, démantelée en 1974), où Pascal connaît son heure de gloire sur petit écran.
Cet héritage irrigue aujourd'hui l'identité du domaine. Les cuvées de la gamme 'Terroirs' portent les noms de ces tunnels - Cantarelles et Perrottes - et le logo lui-même en est une interprétation stylisée.
Aujourd'hui, cet héritage se partage via un œnotourisme engagé, représentant désormais 15% du chiffre d'affaires. Les visiteurs sont guidés à travers ces souterrains chargés de mémoire, avant d'être accueillis dans une cave moderne, construite en pierre du Pont du Gard. L'architecture, pensée par Pascal après 20 ans d'expérience dans diverses caves, privilégie la luminosité et les hauts plafonds pour recevoir des groupes dans des conditions optimales. La proximité du Pont et celle d'un important camping renforcent cette dynamique. Marchés estivaux, animations, accueil de groupes et de camping-caristes : le domaine s'inscrit pleinement dans son territoire. "L'accueil du client est une priorité", insiste Élisabeth. Le domaine arbore à ce titre plusieurs distinctions en œnotourisme.
Au-delà du tourisme, c'est une philosophie de travail rigoureuse et presque artisanale qui anime le couple. "On ne produit que ce que l'on vend" est leur credo absolu depuis 2005. Un an après le lancement du domaine, la crise viticole frappe. "L'hectolitre de Costières était à 30 €", se souvient Élisabeth. Le modèle initial prévoyait majoritairement du vrac. Il n'en sera rien : "Dès le millésime 2005, on a basculé vers la bouteille. Aujourd'hui, on ne fait que ça", explique Pascal. Une stratégie assumée qui structure encore aujourd'hui l'exploitation, avec environ 80 000 bouteilles produites par an et des rendements volontairement limités, inférieurs à 30 hl/ha.
Le domaine est certifié Haute valeur environnementale (HVE) et bio depuis le millésime 2024. Un choix mûrement réfléchi. "On travaillait déjà quasiment en bio, mais je voulais garder une certaine souplesse", explique Pascal, notamment au regard des contraintes techniques et économiques. "Mais nous ne voulons plus avoir à justifier notre façon de produire à chaque client", ajoute Élisabeth.
L'exigence s'applique particulièrement aux vieilles vignes de 80 ans, encore conduites en gobelet et vendangées intégralement à la main. "Arracher pour planter des cépages résistants standardisés n'est pas pour nous. Si tout le monde fait la même chose, le vin perd son identité et le terroir s'efface", argue Élisabeth. Elle compare la vinification à la haute cuisine : la cave est une cuisine impeccable où l'on ne peut faire un grand repas qu'avec des ingrédients d'exception.
Chaque parcelle, chaque cépage - une dizaine, sous les cahiers des charges des appellations Costières de Nîmes et Coteaux du Pont du Gard - conservent sa personnalité jusqu'à l'assemblage final. C'est cette approche qui donne naissance à plusieurs gammes de vin, dans lesquelles s'insère notamment la cuvée 'Croix de Busquet,' signature audacieuse de leur fille Céline, future repreneuse du domaine.
L'avenir du domaine s'écrit déjà en famille, dans une transmission douce et préparée. Céline, 30 ans, après un parcours dans la finance, s'investit dans l'exploitation de ses parents depuis cinq ans et devrait reprendre officiellement l'exploitation dans deux ou trois ans. Pascal prévoit de prendre sa retraite fin 2026, tandis qu'Élisabeth continuera encore quelques années. "On va réduire la voilure sur les surfaces pour faciliter le travail et développer encore l'œnotourisme", conclut Élisabeth.
Une transition naturelle pour une famille qui, depuis trois générations, transforme l'histoire de Sernhac en un vin de caractère, livré directement aux cavistes et aux visiteurs, fidèle à leur promesse : faire du vin comme on prépare un grand repas, avec des ingrédients d'exception, beaucoup de temps, et surtout, beaucoup d'amour.
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