Hyères
Cédric Borgetto cultive depuis 2021 du gingembre et du curcuma dans ses serres, à Hyères, en parallèle à la production de fleurs coupées, son activité principale. Si les volumes restent, pour l'heure, encore modestes, il prévoit néanmoins de monter rapidement en puissance, au vu de la demande très importante et de l'absence de concurrence française.
Cédric Borgetto rizum serre curcuma gingembre var hyères
© Crédit photo : JD
Devenir agriculteur ne faisait pas particulièrement partie des projets professionnels de Cédric Borgetto : "Mon père a tout fait pour que je poursuive des études dans un autre domaine que le sien et pour que je ne devienne pas paysan, comme lui. Sans compter qu'enfant, c'était vraiment une corvée de venir donner un coup de main sur l'exploitation, quand les copains jouaient à la console", se souvient en riant Cédric Borgetto. Mais, à 32 ans, il ne regrette pas un instant la vie qu'il mène actuellement, et se prépare activement à reprendre l'exploitation horticole familiale. "Au final, mon père est très heureux que je marche dans ses pas. Et pour ma part, je trouve que cela aurait été dommage de vendre ou de laisser en location l'outil de travail qu'il a créé et développé, à l'heure où il s'apprête à prendre sa retraite" glisse Cédric Borgetto, ravi de cette passation en douceur.
La belle histoire a pourtant failli ne jamais se dérouler ainsi. Après des études d'informatique et de robotique, il se destinait originellement à une carrière d'ingénieur. "J'ai finalement bifurqué vers le design" raconte-t-il. "Ce qui m'intéressait, c'était la création. Et j'ai trouvé, dans la réalité virtuelle et le digital, de quoi associer mes compétences en informatique et mon envie de créer." Après ses études, il travaille deux ans dans une agence de design parisienne, jusqu'en 2018, avant que l'envie d'aller voir ailleurs ne le rattrape. "L'objectif, c'était de prendre une année sabbatique en Australie, pour me perfectionner en anglais et visiter le pays avec ma compagne, en van" raconte Cédric Borgetto.
La pandémie de Covid l'oblige pourtant à revoir ses plans et à revenir plus tôt que prévu. "Les différents États australiens se fermaient progressivement. Nous avons pu prendre un des derniers vols vers la France, avant que les frontières du pays tout entier se referment" se souvient le trentenaire, qui rentre alors à Hyères. "Je ne maîtrisais pas suffisamment bien l'anglais pour travailler comme designer en Australie. J'ai donc trouvé un job de jardinier... et j'ai réalisé deux choses : je ne voulais plus travailler dans un bureau et je voulais être mon propre patron. C'était un peu compliqué de travailler depuis Hyères, dans mon domaine d'activité : toutes les agences spécialisées sont à Paris. Pendant plusieurs mois, j'ai alors cherché une idée de culture complémentaire aux fleurs, tout en travaillant avec mon père. J'avais envie de diversifier la production et l'idée de cultiver du gingembre et du curcuma s'est finalement imposée."
Pourquoi ? "Tout simplement parce que je consomme des quantités incroyables de gingembre. J'en mets dans tous les plats ! La plupart des gens en achètent quelques centaines de grammes. Pour moi, c'est au kilo" explique dans un grand éclat de rire Cédric Borgetto.
Il effectue alors des recherches sur Internet et découvre que la culture du gingembre et du curcuma est quasi inexistante en France, l'essentiel de ce qui est vendu en France provenant en effet de Chine. Pourtant, "le climat varois est bien adapté : ces deux espèces ont besoin d'un sol riche, de chaleur et d'humidité pour se développer. J'avais tout ce qu'il fallait à disposition : des chapelles et le système de micro-aspersion utilisé pour les fleurs. L'investissement de départ était faible : ça valait le coup d'essayer !". Restait toutefois à trouver des plants... Il se fournit chez un grossiste à qui il achète deux palettes de gingembre et de curcuma qu'il plante en hors-sol, au printemps 2021, sur deux rangées de 50 mètres sous serre "pour tester. Mon père n'y croyait pas franchement" s'amuse rétrospectivement le trentenaire, "mais il a vu que les primeurs à qui je les ai proposés ont été enthousiastes et ont tout vendu. Il a alors commencé à changer d'avis...".
Une des raisons du succès tient, selon lui, à la qualité de son produit : "Contrairement à ce que l'on trouve habituellement dans le commerce, mes rhizomes n'ont pas été stockés pendant plusieurs mois en chambre froide et sont très juteux". Les clients sont aussi sensibles à l'absence de traitements phyto : "Le gingembre a peu de ravageurs. Le curcuma n'en a aucun" se réjouit l'agriculteur qui a, en revanche, été impacté par le gel en décembre dernier.
Résultat : la moitié des 70 rangées de gingembre (3 000 m² environ) a été touchée. "À première vue, la partie souterraine de la plante était intacte : mais la moisissure s'est au final développée progressivement dans les rhizomes" explique-t-il. Pas de quoi le décourager : "Je prévois de mettre en culture 4 200 m² pour la troisième campagne" annonce Cédric Borgetto, qui développe en parallèle le volet transformation.
Il a pour cela investi dans une laveuse spécialement importée de Chine, une trancheuse et un séchoir destiné à déshydrater les lamelles de gingembre et de curcuma, commercialisées sous forme d'infusions. D'autre part, il s'apprête à acquérir une planteuse arracheuse... pour les pommes de terre, afin de mécaniser une partie du travail jusque-là réalisé manuellement. "J'avance pas à pas : je prévois d'investir dans des machines de plus grande capacité dès que les volumes de production le justifieront, avec l'objectif d'automatiser au maximum les process" explique le trentenaire.
Ce dernier fourmille aussi d'idées de transformation, en plus des infusions qu'il propose déjà et commercialise sous la marque 'Rizum' : "Des jus, des concentrés, des sirops, des chutneys, des confitures... La palette est potentiellement très large" confie-t-il, en reconnaissant qu'il "tâtonne encore pas mal sur le volet cultural, faute d'appui technique. Pour autant, je dispose de deux ans d'avance sur d'éventuels concurrents". Sa récolte annuelle (produits frais et transformés) est, pour l'heure, intégralement commercialisée par des revendeurs (magasins de producteurs, grande distribution, restaurants), mais Cédric Borgetto s'apprête à acquérir une parcelle de deux hectares en bord de route. "Elle sera dédiée à la culture de gingembre et de curcuma 100 % varois. L'objectif est d'y construire un local, pour la vente directe, et un labo de transformation attenant" se réjouit-il.
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