AGRIVOLTAÏQUE
Premier dispositif sur rizière, le démonstrateur agrivoltaïque Adeli a été dévoilé le 19 juin, à Beaucaire, dans le Gard. Projet d'expérimentation et de modélisation, l'installation est prévue sur au moins trois ans, pour tirer des conclusions agronomiques et énergétiques probantes, avant d'alterner avec la luzerne.
L'installation de 90 panneaux photovoltaïques sur une parcelle de riz sera suivie par les partenaires et le Centre français du riz. La variété gageron a été plantée, avant une rotation sur luzerne prévue dans deux ans.
© Crédit photo : PhD
C'est en terre de Camargue que l'installation d'un démonstrateur agrivoltaïque a pu trouver son pied-à-terre. Nommée Adeli (Aide à la décision pour des projets agrivoltaïques luzerne et riz en Camargue), l'expérimentation grandeur nature, alliant recherche, agriculture et énergie renouvelable, même temporaire, est lauréate de l'appel à projet de l'Ademe 'R&D Énergie durable, édition 2020-2021'. Fruit d'un partenariat entre la recherche agronomique (Inrae, Cirad), les solutions photovoltaïques et EDF Renouvelables, Adeli a permis au consortium de concrétiser "le meilleur mariage entre l'agrivoltaïsme et l'agriculture", considère Axel Becker, responsable du département des nouvelles technologies de la filiale d'EDF.
Première innovation de ce type sur riziculture en Europe, le démonstrateur s'inscrit dans une démarche innovante, "partenariale et territoriale", a souligné Sofiane Boukebbous, directeur de développement de la zone Sud-Est et d'Outre-Mer chez EDF Renouvelables. Accompagné par la préfecture du Gard, la Chambre d'agriculture du Gard ou encore le Centre français du riz (voir ci-contre), en soutien technique, le projet Adeli est une première étape, après des essais concluants conduits en Seine-et-Marne ou dans le Bordelais. Le suivi et les remontées d'expérimentation serviront de tremplin à d'autres installations de ce type dès 2024, "pour améliorer les connaissances de culture et d'énergie renouvelable". Sur une parcelle de riz d'Alain Abecassis, au Domaine des Huit Clos, à Beaucaire, la luzerne remplacera la variété gageron après deux ans de tests.
Premier dispositif de test en riziculture initié par EDF Renouvelables, après des investissements dans d'autres démonstrateurs, sur le site des Renardières (Seine-et-Marne), et VitiSolar (Nouvelle-Aquitaine), sur une petite surface d'un millier d'hectares, la filiale d'EDF poursuit son approche expérimentale en France. Choisie pour ses conditions climatiques et météorologiques parfois "extrêmes", cette zone de la Camargue balayée par les vents et baignée de soleil était propice à l'implantation d'une "structure innovante, avec cet angle et cette hauteur des poteaux", explique Axel Becker.
S'appuyant sur la stratégie énergétique présidentielle des 100 Gigawatts à atteindre d'ici 2050, EDF Renouvelables investit dans ce type de projets agrivoltaïques depuis 2019. Une cinquantaine d'entre eux sont prévus en France métropolitaine et en Outre-Mer. "On espère que les décrets d'application viendront encadrer le dispositif réglementaire", attend Sofiane Boukebbous. D'ici là, Adeli a mis en commun les fonds et les compétences de la recherche et de la technique, quant au choix variétal et au suivi de la structure, dans un partenariat à "long terme", pour proposer des alternatives agricoles.
Après deux ans d'observation du comportement de l'installation et de la culture, le riz sera remplacé par de la luzerne, pendant un an. "Il faut au moins trois ans", confirme Axel Becker. D'autant que le céréalier qui a accueilli le projet évoque des prochaines cultures de blé dur ou de melon. De par la mobilité du système, sur une petite surface, le démonstrateur pourra être démonté et déplacé.
Prévu pour une durée minimum de quatre ans sur cette zone délimitée, Adeli trône sur 300 m2, au milieu de la centaine d'hectares du riziculteur et céréalier gardois. De 5 mètres de hauteur, laissant trois espaces de 15 m de largeur entre les poteaux de chaque module pour permettre au tracteur de circuler, les 90 panneaux inclinés consistent en des trackers fixes, de la société Rem Tec. L'ancrage racinaire atteint les 9 m de profondeur, via de longues tiges tournées dans la terre. Légère en soi, l'installation devra composer avec les assauts du vent et faire ses preuves en matière d'évapotranspiration.
D'après les retours d'expérience encourageants en luzerne sur le site des Renardières, Axel Becker compte réitérer ces résultats "positifs" en Camargue. "Quand il fait trop chaud, un peu d'ombre évite l'évapotranspiration." Selon un taux d'ombrage relativement faible (40 %), Adeli permet de "faire de la recherche pour créer de la connaissance", s'enthousiasme Abraham Escobar-Gutiérrez, président de centre à Inrae de Poitiers (Pôle national de recherche en agri-photovoltaïsme). L'objectif gouvernemental des 10 GW d'ici 2050 ne représenterait, selon le chercheur, "même pas 0,5 % de la SAU (surface agricole utilisée, ndlr)".
Si le concepteur de la solution agrivoltaïque, Rem Tec, a un certain recul sur des trackers mobiles en Italie, en matière d'évapotranspiration, les résultats sur dispositifs fixes seront "à vérifier", prévoit le constructeur transalpin. Avec des stations météo implantées au sol, pour suivre la force du vent et étudier la stabilité de la structure et des câbles, EDF Renouvelables compte justement sur l'expérimentation et la recherche pour en tirer des conclusions "intéressantes pour la région, sur une culture qui a les pieds dans l'eau", avance Axel Becker.
Plutôt épargnées par les remontées de sel, les parcelles d'Alain Abecassis n'en sont pas moins sujettes aux variations climatiques du secteur. Sur cette "culture prioritaire" du riz, l'enjeu est ici double, entre "la lumière et la terre, pour produire à la fois de la nourriture et de l'énergie", estime Michaël Dingkuhn, directeur de recherche au Cirad, où une équipe se penche sur le fonctionnement des plantes sous ombrières, jusqu'à la photosynthèse. "Le partage d'une ressource, celle du rayonnement solaire, a l'avantage, dans un climat très ensoleillé, de suivre la photosynthèse d'une plante souvent en situation de saturation", déclare le chercheur allemand. Outre l'effet barrière de parade partielle contre la grêle, les panneaux présenteraient le bénéfice de perdre "peu de photosynthèse grâce à l'ombrage".
En fonction du comportement variétal et des résultats obtenus, après des bilans annuels, l'organisme français de recherche agronomique et de coopération internationale contribuera au projet par la publication d'une thèse.
Dans un département où "presque tous les aléas" s'invitent sur les cultures, la préfète du Gard, Marie-Françoise Lecaillon, salue cette initiative en faveur "de la transition énergétique et du développement des énergies renouvelables, sans être au détriment de l'agriculture". Il s'agit alors de "trouver le point d'équilibre" en vue de l'objectif de la neutralité carbone à honorer à l'horizon 2050. "Notre parc nucléaire contribue à cette production d'énergie décarbonée", ajoute la préfète, sensible à la reconquête de la riziculture gardoise, "pour, qu'un jour, la Camargue ne devienne pas un désert de sel".
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