Bouches-du-Rhône 26/05/2025
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CRISE AGRICOLE

Entraves de trop

À Châteaurenard, les agriculteurs se sont à nouveau mobilisés jeudi dernier. Le 'rejet' du texte initial de la loi Duplomb-Menonville est perçu comme une trahison par la profession. Ce lundi, ils étaient à Paris.

Trop, c'est trop. La profession agricole a haussé le ton à Châteaurenard.

© Crédit photo : ED

Sur le MIN de Châteaurenard, la colère agricole s'est à nouveau exprimée. Réunis à l'appel de la FNSEA 13, producteurs, techniciens et élus ont débattu des entraves qui freinent leur activité. Au cœur des discussions : la loi Duplomb-Menonville, largement amendée à l'Assemblée, et perçue comme une trahison par une profession à bout de souffle.

Parfois, il suffit d'un mot pour raviver les braises. À Châteaurenard, c'est celui 'd'entraves' qui a catalysé la mobilisation agricole ce jeudi 22 mai. Alors que la proposition de loi Duplomb, censée desserrer l'étau réglementaire qui enserre le monde agricole, est en discussion à l'Assemblée nationale depuis le début de la semaine, les agriculteurs des Bouches-du-Rhône ont voulu faire entendre leur exaspération. Et leur sentiment d'abandon.

Dans l'enceinte du MIN de Châteaurenard, la FNSEA 13 a rassemblé plusieurs dizaines de professionnels du territoire, des conseillers agricoles, la presse et quelques élus. Tous venus débattre de cette loi vidée de sa substance par une avalanche d'amendements. Tous venus alerter une fois de plus sur la détresse d'un secteur à bout de course.

Une réforme promise… puis dévitalisée

Présentée comme une réponse aux mobilisations agricoles de l'hiver 2023-2024, la proposition de loi portée par le sénateur Laurent Duplomb (LR) visait initialement à simplifier les démarches administratives, sécuriser juridiquement les pratiques phytosanitaires et faciliter le stockage de l'eau. Mais dans l'hémicycle, les ambitions initiales ont été rabotées.

"Une partie de l'Assemblée veut verdir l'agriculture au nom d'une idéologie dogmatique", dénonce Jérôme Mazely, arboriculteur et président de la commission Environnement-Eau de la FNSEA 13. "Ils le font sans tenir compte de la réalité du terrain ni des dispositifs déjà en place. La France a les réglementations les plus strictes d'Europe !"

À ses côtés, Laurent Deville, maraîcher à Saint-Rémy-de-Provence, partage le même constat d'amertume : "On fait l'agriculture la plus saine du monde, et on est toujours plus contraints. Les politiques nous écoutaient enfin… et maintenant, ça disparaît."

Malgré les invitations lancées à tous les députés du département, un seul a fait le déplacement à Châteaurenard : Romain Baubry, élu Rassemblement national de la 15e circonscription. Devant les professionnels, il a fustigé le détricotage du texte par la commission Environnement de l'Assemblée. "Ce qui a été voté au Sénat a été largement vidé de sa substance. Il est urgent de redonner du souffle à nos agriculteurs", a-t-il martelé.

Un soutien politique que les organisateurs auraient souhaité plus large. Jérémie Becciu, directeur du MIN et maire de Boulbon, espère que "la commission mixte paritaire saura revenir à la version initiale du texte. C'est indispensable pour rendre de la compétitivité à notre agriculture", a-t-il ajouté.

Des réalités techniques ignorées

Dans la salle, les témoignages s'enchaînent. Et tous dressent un constat identique : la politique actuelle est déconnectée des réalités agronomiques. Patrice Vulpian, arboriculteur dans la plaine de la Crau, résumait la situation avec gravité : "La Ferme France s'appauvrit. Le nombre d'arboriculteurs a été divisé par quatre en 40 ans. Qui cultivera demain si personne ne survit aujourd'hui ?"

La technicité des enjeux n'empêche pas l'émotion. Alexandra Candeille, conseillère maraîchage au Ceta Durance-Alpilles, évoque les blocages rencontrés dans les expérimentations. "On cherche à développer des solutions compatibles avec les normes environnementales. Mais l'homologation des nouvelles molécules devient un parcours du combattant." Son constat est implacable. "Depuis quatre ans, les trois acaricides les plus efficaces pour la tomate ont été supprimés. Il n'en reste qu'un, qui met en péril les auxiliaires biologiques qu'on utilise dans les stratégies alternatives." Un paradoxe de plus pour une profession censée évoluer vers l'agroécologie.

Des solutions alternatives… mais insuffisantes

Tous les professionnels présents l'affirment : ils ne demandent pas un retour en arrière. La gestion climatique, les biocontrôles, les auxiliaires sont aujourd'hui intégrés dans les stratégies de culture. Mais cela ne suffit pas.

"Quand on nous supprime l'Oberon, un insecticide pourtant compatible avec les programmes de protection intégrée, pour le remplacer par un produit qui ne l'est pas, c'est incompréhensible", dénonce Laurent Deville. "Ces décisions sont prises sans concertation, elles sont contreproductives."

Et pendant ce temps, les produits cultivés à l'étranger avec des matières actives interdites en France continuent de remplir les rayons. "Aujourd'hui, 50 % des tomates consommées en France viennent de l'étranger", rappelle le maraîcher. Un chiffre qui illustre, à ses yeux, une forme d'hypocrisie.

Une mobilisation qui perdure

Près d'un an et demi après les premières manifestations agricoles qui avaient secoué la France entière, l'espoir d'un apaisement semble s'éloigner. La loi Duplomb, considérée comme un geste politique fort, risque de ne plus répondre à aucune des attentes initiales.

"On a cru qu'on allait être entendus. Mais on nous fait des promesses, et derrière on les piétine. Trop, c'est trop", résume un agriculteur à la sortie de la réunion.

Le climat reste tendu, la confiance érodée et les mobilisations reprennent. Les banderoles "Ras le bol des normes" ou encore "Laissez-nous travailler" sont d'ailleurs ressorties un peu partout dans l'hexagone. À Châteaurenard comme ailleurs, les agriculteurs sont prêts à se faire de nouveau entendre.

Emmanuel Delarue •

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