Arb'Eau Crau
L'étude des impacts économiques et physiologiques d'une restriction d'irrigation sur pêche et abricot montre qu'en cas de crise, le manque de ressource en eau ne serait pas sans conséquences sur l'arboriculture en Crau.
La restitution des résultats du projet Arb'Eau Crau s'est déroulée le 6 décembre dernier. Ils montrent notamment que "les restrictions ont eu des incidences trop importantes sur des équilibres économiques déjà extrêmement fragiles".
© Crédit photo : ED
La nappe de la Crau est une ressource stratégique pour un très large territoire. D'Arles à Salon-de-Provence et jusqu'à Fos-sur-Mer, elle alimente 300 000 habitants en eau potable, mais aussi l'agriculture, les activités industrielles et les différents milieux. Dans le département plus qu'ailleurs, l'été dernier a montré que les aléas climatiques avaient de lourdes conséquences, notamment sur la ressource en eau. Aussi, "étudier la résilience des usages de l'eau et l'impact d'une restriction maîtrisée peut bénéficier à chaque usager. Car il va falloir que chacun s'adapte dans les années à venir. La crise vécue en 2022 ne sera pas la dernière, ni la plus forte. Charge aux territoires, à toutes les professions et à tous les usagers de s'organiser, pour évaluer leurs besoins afin d'anticiper", expliquait Céline Tramontin, présidente du Syndicat mixte de gestion de la nappe phréatique de la Crau (Symcrau) lors du colloque Arb'Eau Crau, qui s'est tenu à Entressen, le 6 décembre dernier.
Le changement climatique demande en effet d'anticiper sans perdre de temps. Le plan massif lancé par le réseau des Chambres d'agriculture illustre la mobilisation générale de la profession agricole. "Cette action consiste à accompagner 100 000 exploitations à la résilience vis-à-vis du réchauffement climatique, sur les bâtiments, les sols, l'assurantiel et la gestion de l'eau. Mais la gestion quantitative et qualitative de l'eau fait partie de nos préoccupations fortes depuis longtemps dans le département", rapportait Patrick Lévêque, président de la Chambre d'agriculture des Bouches-du-Rhône. D'où le projet Arb'Eau Crau lancé en 2020 dans le territoire de la Crau. Financée par un fonds Feader, la Région Sud et l'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse, l'étude a été pilotée par la Chambre d'agriculture 13, en partenariat avec les centres Inrae d'Avignon et de Montpellier, SudExpé et AgroRessources.
Comme l'indiquait Lauriane Morel, en charge du projet à la Chambre d'agriculture, "jusqu'à cette année, les agriculteurs de la Crau n'avaient pas été confrontés à une restriction de prélèvement imposée sur la nappe. C'est, au départ, pour anticiper cette éventualité et s'y préparer au mieux que la réflexion avait été engagée avec la Chambre d'agriculture". Mais avec les arrêtés sécheresse vécus en 2022, les travaux du projet Arb'Eau Crau ont pris une toute autre dimension.
L'arboriculture est donc plus que jamais concernée par l'utilisation de la nappe. Pour valider de nouvelles pratiques sur la maîtrise de l'eau, la réduction de l'irrigation a été évaluée à différents stades de la production, sur pêcher et abricotier. Les travaux ont permis d'acquérir des références techniques et économiques, tout en gardant comme objectif le maintien des performances agronomiques du verger.
Le suivi parcellaire s'est effectué sur deux exploitations - à Grans et à Saint-Martin-de-Crau - en suivant le protocole de parcelles témoins et de parcelles mises en expérimentation sur abricot tardif, pêche précoce, pêche de saison et pêche tardive. Au sein des parcelles, trois rangées d'arbres ont été isolées et la restriction a été pratiquée sur 20 arbres. En fonction des doses d'irrigation réalisées habituellement par les deux exploitants dans leur verger, plusieurs niveaux de restrictions ont été testés, sur la période du 15 juin au 15 septembre. Entre le 15 juin et le 15 juillet, ces restrictions ont été de 10 % ; de 20 % entre le 15 juillet et le 15 août ; et à nouveau de 10 % entre le 15 août et le 15 septembre. Au niveau agronomique, l'impact de ces restrictions sur le potentiel de production du verger, le calibre, le retour à fleurs, l'état sanitaire et la qualité du fruit a été observé.
Comme l'expliquait Jean-Michel Montagnon, de la Chambre d'agriculture des Bouches-du-Rhône, le projet s'est heurté sur le terrain à plusieurs difficultés d'ordres technique et climatique au cours des trois années. Les résultats sont tributaires des pratiques des producteurs, mais aussi d'une gestion des vergers rendue difficile en raison du Covid, en 2020. "Certaines parcelles ont subi des remontées de la nappe, mais aussi des interactions climatiques. Par exemple, il a été difficile de déterminer si, en 2021, c'est le gel qui a conduit à une réduction de rendement sur la variété tardive, ou si elle a été liée à la restriction d'irrigation ou à d'autres paramètres."
Quoi qu'il en soit, "au regard des baisses de rendements, les restrictions ont eu des incidences trop importantes sur des équilibres économiques déjà extrêmement fragiles. Cette expérience met néanmoins en lumière l'importance de l'arrosage. Elle nous fournit des éléments concrets qui serviront à nous défendre", rapporte Patrice Vulpian, arboriculteur sur Saint-Martin-de Crau.
À titre d'exemple, la variété de saison Queen Glory® a subi deux restrictions d'irrigation. La première année, la variété a subi une baisse de production estimée à -26 % sur la modalité restreinte. Elle n'a, en revanche, pas subi de baisse de calibre, ni de différence sur la tenue en conservation, sur le taux de sucre ou d'impact sur les bioagresseurs. En 2021, il a été observé une plus faible croissance sur les arbres en restriction, un arrêt et même une baisse du diamètre des charpentières en raison de la déshydratation. Cette année-là, les rendements ont baissé de 12 %. En 2022, la tendance s'est confirmée sur la croissance des arbres et les rendements (-22 %), mais sans impacter le calibre des fruits.
La poursuite des essais, espérée par les porteurs du projet, pourra permettre de confirmer les tendances observées sur trois années. "Les membres du comité de pilotage d'Arb'Eau Crau et le Symcrau ont conclu qu'une expérimentation à plus grande échelle - avec de nouveaux arboriculteurs et des périodes d'étiage de la nappe - était nécessaire", argumente Lauriane Morel.
Les aspects économiques de cette première étude soulignent cependant déjà, de manière pragmatique, les réalités auxquelles doivent faire face les exploitations. S'il existe des marges de manœuvre sur la gestion de l'irrigation, la question du rendement et du calibre reste le cœur des préoccupations des entreprises. De ce fait, les prochains protocoles pourraient permettre d'explorer d'autres manières de restreindre les irrigations, toujours dans l'objectif d'innover sur les pratiques dans ce territoire arboricole, en s'appuyant sur la collaboration entre le monde agricole, la recherche appliquée et les sciences sociales et économiques.
L'étude souligne aussi que les besoins en eau exprimés par l'agriculture et le manque de ressource en eau de substitution pourraient aboutir à une situation de crise économique, écologique et sanitaire majeure en Crau, si le changement climatique devait imposer à l'avenir des restrictions sévères.
"Pour les anticiper, les enjeux de l'eau en Crau appellent plus que jamais à de la concertation entre tous les usagers sur le territoire. Le scénario de l'attentisme est dans tous les cas à écarter", prévenait Céline Tramontin, présidente du Symcrau.
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