PACA, Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie 04/07/2024
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Lapalliance

Filière cunicole cherche lapins désespérément 

Mercredi 26 juin, le groupement de la filière cunicole du Sud-Est, Lapalliance, donnait rendez-vous à ses adhérents aux établissements Ribot, abattoir à Lapalud, pour son assemblée générale. Malgré une crise par définition difficile, une lueur d'espoir plane au loin grâce aux nombreux efforts fournis par les éleveurs de lapins.

Mercredi 26 juin, le groupement de la filière cunicole du Sud-Est, Lapalliance, donnait rendez-vous à ses adhérents aux établissements Ribot.

© Crédit photo : Cuniloft®, Mixscience

N'est pas éleveur de lapins qui veut, mais que quelques-uns veuillent serait tout de même un plus. Avec un nombre d'éleveurs en chute libre, la filière cunicole opère une nouvelle stratégie pour se rebooster, particulièrement dans le quart Sud-Est de l'Hexagone. C'est du moins le virage qu'a souhaité prendre Lapalliance.

Née en 2018 de la fusion entre la Sica Lapin du Sud-Est, existante depuis 1999, et le groupement Gelap, la Sica permet la commercialisation de lapins élevés dans 14 départements par 34 éleveurs différents, pour un total de 17 021 cages mères (chiffres 2023). Plusieurs abattoirs sont également adhérents, notamment les établissements Ribot situés à Lapalud (84), qui achètent 90 % de la production des éleveurs et accueillaient, mercredi 26 juin, l'assemblée générale du groupement. En 2023, 2 544,46 tonnes de lapins ont été commercialisées par le groupement. Une baisse de 8 % par rapport à 2022 qui pèse sur le moral des troupes, et accentue l'urgence de renouveler les générations. "Comme l'an passé, nous nous confrontons à une diminution du nombre d'éleveurs adhérents et, par conséquent, du nombre de cages mères. Cette baisse est attribuable à la cessation d'activité due aux départs à la retraite sans successeurs pour reprendre l'exploitation", note Chloé Borgat, directrice du groupement, dans son rapport d'activité.

"Les périodes montrent des variations dans le nombre de ventes et le poids brut des ventes et achats, dues à des facteurs saisonniers et à une diminution générale du nombre de ventes", confirme-t-elle, indiquant cependant que "la stabilité du poids moyen des ventes et des achats sur l'année 2023 autour de 2,5 kilogrammes, est un indicateur positif de la cohérence de la production". Lapalliance multiplie en effet les travaux dans l'objectif de développer l'attractivité et la performance de la filière. Philippe Marcoux, président du groupement étant absent, c'est son vice-président, Romain Priolet qui exprime le malaise ambiant : "Aujourd'hui, nous sommes face à beaucoup de cas particuliers qui dépendent de problématiques multifactorielles".

La démédication se poursuit

Outre les coûts énergétiques, et donc économiques, de ces dernières années, la démédication a également porté un coup aux élevages cunicoles. "Peut-être avons-nous un peu tardé ?", reconnaît Romain Priolet. Cependant, le groupement peut se targuer de bons résultats. "La filière a bien répondu aux enjeux sanitaires, notamment chez Lapalliance, qui a fait des progrès significatifs en matière de démédication", confirme François-Xavier Menini, responsable 'Expertise nutrition animale' chez MiXscience, lors de son analyse de la Gestion technico-économique (GTE). Il observe un niveau de médication similaire à 2022, avec un Index de fréquence des traitements par les antibiotiques (Ifta) inférieur à la moyenne nationale, en maternité comme à l'engraissement, bien que l'indice augmente tout de même très légèrement pour ce dernier point. L'Ifta devrait par ailleurs connaître prochainement un remodelage au niveau national, "qui permettra de souligner davantage les efforts faits par la profession", explique le responsable. Pour continuer à assurer la traçabilité et la réponse aux exigences légales, Lapalliance rappelle l'importance et l'obligation de réaliser les saisies GTE.

La présence de François-Xavier Menini est aussi une occasion d'insister sur l'accompagnement technique, pour avancer sur certains taux légèrement en berne, tels que ceux de mise bas, ou de viabilité au nid en perte de vitesse, même pour le quart des exploitations de la Sica qui réalise les meilleures performances. Si, pour le vice-président du groupement, la technique est la voie de la progression, certains dans l'assistance estiment que Lapalliance a trop longtemps mis la tête dans le sable. "Je suis content qu'on ait enfin ouvert les yeux, mais on a au moins trois ans de retard", insiste l'un d'entre eux. "Avec ma femme, ça fait 17 ou 18 ans qu'on élève des lapins. La technique et l'expertise on les a ; les techniciens, on les a au téléphone tous les deux jours et on n'arrive même pas à se tirer un Smic pour autant", alerte un autre. Voir davantage de techniciens sur le terrain ne leur paraît pas opportun, bien qu'ils soulignent "le besoin d'affiner les résultats pour mieux comprendre les écarts, qui vont parfois de un à deux sur certains indicateurs".

"Nous allons continuer d'intensifier le travail pour que la production de lapins redevienne une production d'avenir"

Frédéric Blot, président de la Fédération nationale des groupements de producteurs de lapins (Fenalap), rappelle quant à lui les énormes évolutions sur ces deux points ces 30 dernières années, ainsi que les progrès déterminants sur la transformation des nouveaux logements, "qui ont permis d'avancer sur le bien-être animal". Tous dans la salle en sont conscients : la pression sociétale est forte et chaque maillon de la filière est scruté de près sur ce point. Le président note ainsi des avancées, et assure la présence de l'organisation en tant que force de propositions.

Capitaliser sur une structuration forte

L'attente est forte pour ces éleveurs en quête de proximité et d'écoute. "Chaque fois, l'élevage s'adapte et des pressions supplémentaires se rajoutent. Les ficelles finissent par casser, et c'est notre rôle de les renouer", affirme Romain Priolet. Pour cela, il y aura besoin de tout le monde : "Si l'ensemble des partenaires en aval n'est pas là pour nous aider à harmoniser le discours et les solutions à proposer, on n'y arrivera pas". Le tableau n'est cependant pas entièrement noirci, l'éleveur normand se refuse à laisser ses compères baisser les bras. "Il y a du positif. Nous avons un soutien politique au niveau régional, des abattoirs demandeurs qui manquent de production, une filière très structurée... Ce sont des points sur lesquels nous devons capitaliser", estime-t-il.

Un nouveau plan de développement de la filière cunicole a effectivement été instauré pour la période 2023-2027, avec une enveloppe budgétaire de 1,4 million d'euros dédiés au soutien de la filière. Pierre Ribot, ancien président des établissements Ribot aujourd'hui retraité, confirme quant à lui son engagement : "La filière de la région a encore la chance d'avoir une entreprise familiale à sa disposition, prête à avancer et à investir. Mais à ce jour, si on continue à perdre des éleveurs, nous ne pourrons pas nous permettre d'investir. Il faut envisager la filière régionalement : nous sommes tous dans le même bateau". Aurélie Ribot, sa fille et présidente de la société, confirme : "Vous accueillir est l'occasion de réaffirmer que nous avons besoin de vous pour vendre. Nous nous donnons les moyens de trouver des clients, malgré la baisse de consommation de lapins. Nous avons par-dessus tout besoin de garder notre élevage". Les abattoirs de Lapalud, visités par les adhérents du groupement, ont rassuré quant au traitement des lapins, et les investissements dans des broyeurs pour limiter les frais d'équarrissage ont permis une prise en compte des problématiques du point de vue transformation également : chacun a à apprendre de l'autre.

Co-mmu-ni-quer !

Il faut donc communiquer. Entre tous les acteurs de la filière pour éviter l'implosion, mais aussi vers l'extérieur. En 2023, Lapalliance a notamment revu la maquette de son site internet, afin de rendre la connaissance plus accessible à tous, mais il a également été question d'actions auprès de la formation. "Les établissements scolaires sont demandeurs pour renouveler ces moments d'échanges et d'information. C'est indispensable pour faire connaître la filière", explique Romain Priolet. Une façon d'inciter à aller vers la cuniculture, sans pour autant abandonner les éleveurs déjà présents. Pour ce dernier point, la Sica poursuit sa restructuration interne et accueillera une alternante dès la rentrée, pour suppléer la directrice dans ses missions administratives et techniques. Pour le vice-président, peu de place au doute, la filière peut sortir de l'ornière : "Nous allons continuer d'intensifier le travail pour que la production de lapins redevienne une production d'avenir"

Manon Lallemand •

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