Aude 06/01/2023
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ASA

Garantir la capacité d'irrigation

Malgré un soutien de l'État qui va dans le bon sens, "si la tendance inflationniste se poursuit, ce ne sera pas suffisant", rappelle le viticulteur et sénateur audois, Sébastien Pla, lundi 12 décembre, aux côtés du maire de La Redorte, Christian Magro et de Jacques Cuellar, président de l'ASA Castelnau-La Redorte. Ils faisaient l'état des lieux sur les pistes envisageables pour garantir la capacité d'irrigation de l'ASA, en cas d'explosion du prix de l'énergie.

Les cabines automatisées sont pilotées à distance avec un débit d'eau pré-établi pour chaque adhérent de l'ASA, à l'aide de l'application de gestion partagée de l'eau baptisée 'Andromède', développée par Aquadoc.

© Crédit photo : DR

"D'après les prévisions, le coût de l'énergie pourrait être multiplié par trois." Jacques Cuellar, président de l'ASA Castelnau-La Redorte, qui alimente 2 500 hectares de parcelles viticoles, ne cache pas son inquiétude : "Nous avons récemment amorti une augmentation de 15 %, maintenant on nous annonce une hausse supplémentaire de 15 %. Pour l'année 2023, au niveau du budget, nous avons déjà triplé le poste électrique. Cela va être très compliqué, nous ne savons même pas si nous pourrons allumer les pompes, sachant qu'en 2022, les précipitations ont été divisées par cinq par rapport à une année normale. La Redorte était à sec dès le début du mois de juin avec un mois d'avance." Le maire de La Redorte, Christian Magro, souligne l'importance de la ressource :"L'eau est un bien précieux, il faut l'économiser ; non pas dans un intérêt individuel, mais dans l'intérêt général et collectif. Nous sommes tous responsables face à cela, les collectivités, les usagers et les professions agricoles." Prenant les devants, l'Union des ASA, qui regroupe sept ASA implantées sur les départements de l'Aude et de l'Hérault, a investi plusieurs millions d'euros pour moderniser ses structures, afin de faire des économies d'eau et d'électricité. De son côté, l'ASA de Castelnau-La Redorte a changé une station complète avec de nouvelles cabines automatisées munies de mini-stations météo et de capteurs hydriques, pour un coût de 2 millions d'euros. "Nous sommes les seuls en Occitanie à avoir ce type de matériel", assure Jacques Cuellar. "À terme, c'est 2 550 hectares qui seront équipés avec ce système de goutte-à-goutte d'ici les mois à venir. Ce qui nous permettra de raisonner au mieux notre irrigation", ajoute-t-il. Cette modernisation s'étend également du côté de l'ASA d'Olonzac, qui a en projet de recouvrir 300 hectares dans l'année qui vient.

Une problématique tout sauf locale

Pour le sénateur et viticulteur, Sébastien Pla, la question est de savoir, quels dispositifs permettraient aux entreprises de ne pas avoir des factures qui explosent ? "Sur ce point", précise le sénateur, "nous avons été entendus par le ministère de l'Agriculture et par Bercy qui proposent un amortisseur énergétique et accompagnent les entreprises dites électro-intensives, comme les cimentiers, ou des structures comme les ASA. Concrètement, l'État propose une limitation de l'augmentation à 30 % du prix, voire même de prendre en charge 50 % des augmentations. Le détail qui fâche, c'est que cette aide est plafonnée à 160 euros le mégawatt. Dans le cas où le prix atteint 400 ou 450 eu- ros, malgré les 160 euros d'aides, il va falloir rajouter 300 euros, donc on est loin des 50 %", explique-t-il. "C'est un premier pas, mais qui n'est pas tout à fait clair. J'alerte, car ce n'est pas suffisant, si la dynamique inflationniste se poursuit", constate le sénateur. "Il n'est pas exclu que nous ayons, en ce début d'année, un projet de finances rectificatif, afin de réajuster les aides aux entreprises", rappelle-t-il, tout en ajoutant "qu'il est essentiel d'ajuster les prix en fonction de la conjoncture".

"Notre capacité d'absorption est limité à 120 euros le mégawatt. Au-delà de ce prix, nous ne pouvons rien faire", prévient le président de l'ASA. "Il est donc urgent de trouver des solutions. Si le prix du gaz diminue, le coût de l'énergie va diminuer également et ça passera, mais cela reste à voir." Dans tous les cas, "notre modèle agricole mérite d'être repensé, tout en maintenant notre compétitivité, et ça ce n'est pas évident. Nous avons réfléchi à des solutions agronomiques bien avant l'inflation, car c'est l'enjeu majeur de toute la filière viticole. Jusqu'à présent ça passe, car l'exploitant joue sur ses marges, sur son salaire et ses charges propres. Il a accepté de perdre de l'argent, mais maintenant cela devient trop compliqué. Entre la diminution des ventes de vins, la crise du bio et l'inflation stagnante, on va droit dans le mur", souligne le sénateur.

Des modèles agricoles à revoir

Avec cet acharnement des conditions du marché et l'instabilité géopolitique, l'agronomie se fraye un chemin dans les discussions et y trouve une place de choix. De nombreuses alternatives sont expérimentées en viticulture, afin de maintenir la disponibilité en eau. Le président de l'ASA reconnaît "qu'il est désormais nécessaire de revoir notre modèle agricole"et"qu'il y a eu une prise de conscience de la profession. Ce que l'on faisait il y a 20 ans n'est plus au goût du jour, il faut s'adapter". Certaines pratiques commencent à émerger, comme l'utilisation de variétés résistantes à la sécheresse ou l'enherbement naturel, qui permettent au sol de maintenir sa porosité et donc sa capacité à retenir l'eau. Certains domaines viticoles sont convaincus par la pertinence de l'agroforesterie, qui mise sur une implantation d'arbres entre les vignes, afin de minimiser l'impact de la chaleur durant les mois les plus chauds. "Pour cela, les jeunes nous poussent à nous remettre en question, c'est une réelle coopération", conclut-il. Dans l'immédiat, l'irrigation raisonnée reste la plus pertinente et à portée de main pour tous, défend Laurent Chabert, responsable du service technique de La Redorte et viticulteur. "C'est le meilleur outil à proposer, mais il faut une volonté et une politique de partage", constate le viticulteur. Pour l'heure, les adhérents jouent la coopération, afin que chaque adhérent puisse avoir une récolte convenable. À l'aide d'une application de gestion partagée de l'eau baptisée 'Andromède', développée par Aquadoc, les agriculteurs fixent les règles d'allocations des volumes, via un règlement interne à l'ASA, et aussi en fonction du quota alloué par la société BRL. Cette solution "permet un partage rigoureux de la ressource en eau et une vision collaborative, qu'il est essentiel de cultiver dans ces périodes troubles et incertaines", insiste Laurent Chabert. Pour l'ASA, ainsi que pour les autres acteurs de la filière, tout devient clair et limpide, et l'avenir de la ressource se jouera sur la capacité de chacun à s'adapter dans une époque où tout est bon à prendre et... à partager. 

 Anthony Loehr  •

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Union des ASA

"Entre la diminution des ventes de vins, la crise du bio et l'inflation stagnante, on va droit dans le mur", craint le sénateur et viticulteur, Sébastien Pla.

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Depuis 2010, le territoire de l'Aude médiane est classé Zone de répartition des eaux (ZRE). Ce classement et ce renforcement de la réglementation en matière de prélèvement des eaux et d'irrigation agricole ont amené les irrigants à se fédérer et à constituer l'Union des ASA. L'objectif de cette union est de faciliter la gestion de la ressource en eau, dans le cadre de la ZRE. Elle représente plus de 7 m3/seconde d'autorisation de prélèvement dans la zone Aude médiane pour un total de 50 millions de m3 prélevés chaque année.

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