Aude, Gard, Hérault 25/08/2020
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Gard : bon blé, malgré la baisse

À l’image des prévisions nationales pour 2020, tablant sur une récolte de 1,3 Mt (- 28 %), d’après FranceAgriMer, Arvalis et Terres Inovia, les moissons gardoises affichent des volumes en retrait, tout comme les surfaces semées. La saison ne devrait pas être bien plus généreuse que la précédente. Explications.

Rendements, surfaces (7 100 ha), volumes autour des 30 000 t, la baisse est générale, mais la qualité du blé dur est dans l’ensemble satisfaisante dans le Gard. (© PhD)

Du jamais vu dans le département en 25 ans. Espérées à 10 000 ha, les surfaces de blé dur dans le Gard n’ont pas atteint les chiffres escomptés, et stagnent – en légère baisse – à 7 100 ha. Alors que le rythme de croisière des grandes saisons approchait les 15 000, voire 17 000 ha, il faudra se contenter de peu. À la Chambre d’agriculture du Gard, on espérait plus, reconnaît Thierry Pianetti. Malgré des rendements à la baisse, entre 20 et 25 %, la qualité est jugée “convenable” par le responsable du pôle productions végétales. Des disparités s’observent cependant selon la date de semis, la localisation des terres et la variabilité du rapport rendement/prix, mais la récolte gardoise 2019 dépasserait “péniblement” les 30 000 tonnes. 


Manquent 1 000 ha en Camargue 

Sur les six principales zones de production gardoises, la diminution des surfaces est constante depuis 2012-2013. Si aucun secteur n’enregistre une disparition de cultures de blé dur, la Camargue a perdu environ 1 000 ha, note Thierry Pianetti. En raison d’un excès d’humidité, certains producteurs ont privilégié le riz, “mais dans les autres secteurs, les exploitations continuent à planter”. La tendance devrait perdurer pour parvenir “à 10 000 ha en 2021”, souhaite le responsable de pôle. Il faudrait pour cela que les surfaces soient replantées en Camargue, et gagner ainsi 2 000 ou 3 000 ha supplémentaires. Quant à ceux qui ont définitivement tourné le dos au blé dur pour se consacrer au maraîchage ou au fourrage, “un prix ferme pourra les ramener à la production”, indique Thierry Pianetti. 

Plus anecdotique, l’orge et le blé tendre couvrent environ 2 500 ha, essentiellement en auto consommation, là où le pois chiche est semé sur  2 000 ha, pour une récolte correcte de “plus de 25 q/ha”.


Une qualité convenable

Cette année, les récoltes ont démarré un peu plus tôt, avec une semaine d’avance, vers le 25 juin dans le nord du Gard sur certaines parcelles. En moins de deux semaines, les producteurs ont en moyenne moissonné entre 15 et 20 ha par jour. “Une moissonneuse peut avaler 7 t/ha, soit 1 ha par heure”, indique Thierry Pianetti. “Ceux qui ont semé fin octobre dans de bonnes conditions et avec fongicides, avant les pluies, sont plutôt satisfaits, avec des rendements variant de 45 à 60 q/ha.” En revanche, pour les cultures semées mi-novembre, les précipitations ont causé un manque d’épi jusqu’à la moisson, ne permettant pas des rendements au-delà des 40 q/ha, “malgré les apports en azote”, note le responsable. “Les producteurs qui ont loupé le désherbage et n’ont pas mis de fongicides voient leurs rendements en berne, entre 35 et 40 q/ha.” 

La qualité du blé dur est jugée “globalement convenable, avec des lots bons en protéines”, pour un PS (poids spécifique) de 78 kg/hl. “On est juste à la norme commerciale”, alors qu’un bon PS est attendu entre 80 et 82 kg/hl. 


Difficilement plus de 30 000 t

L’an dernier, des volumes entre 30 000 et 32 000 t étaient enregistrés dans le département. “À mon avis, on ne va pas faire mieux cette année”, prévoit Thierry Pianetti. La tendance baissière est multifactorielle. En premier lieu, quelques traces de fusariose ont été relevées, mais les pluies dans le nord ont impacté des épis. On a même “frisé la catastrophe dans la vallée du Gardon”, analyse-t-il. Sans revenir à “la grosse gifle de 1997”, les quelque 10 quintaux manquants sont “peut-être dus au gel sur épis”. 

Les bas niveaux de volume s’expliquent aussi logiquement par les pertes de surfaces dans le Gard. “Dans les années hautes, comme en 2006, le département collectait entre 60 000 et 80 000 tonnes, mais sur des surfaces comprises entre 21 000 et 24 000 hectares.” 


Prix : pas de pic en 2019

Si l’on n’observe plus de cycles de pics des prix aussi marqués durant la récolte qu’auparavant, les collecteurs ont sécurisé les approvisionnements, avec des prix allant de 230 à 250 €/t, plus intéressants qu’en 2017-2018. Au 31 juillet, la mercuriale Port-La-Nouvelle affichait des cours à 260 €/t, “ce qui n’est pas non plus très haut”, nuance Thierry Pianetti. Avant 2007, avec la tension sur le marché du blé dur en raison de la récolte au Maghreb en mai-juin, les achats de pastiers pouvaient sécuriser les approvisionnements (avec “des pics à 300 €/t”). Après un replat, la récolte canadienne de septembre et octobre constituait le second pic de la saison, selon les capacités de production et les politiques commerciales des pays importateurs (Algérie, Italie, Turquie). Or, en 2019, ce pic n’a pas été si marqué, mais “les acheteurs ont sécurisé les prix, avec des cours à 10 ou 20 €/t de plus, en attendant le Canada, ce qui a donné un peu d’effervescence”.  

Philippe Douteau

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