Gard 25/03/2026
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CHASSE

Gard : entre sangliers et lapins, une saison de chasse sous pression

Alors que la saison vient de s'achever, la Fédération départementale des chasseurs du Gard dresse un bilan contrasté. Entre explosion des indemnités pour dégâts agricoles, zones refuges et prolifération locale du lapin, la Fédération appelle à une solidarité renforcée et à un changement de paradigme dans la gestion de la faune sauvage.

Le nombre de sangliers prélevés en battues s'élève à 31 283 pour la saison 2024/2025 soit une augmentation de l'ordre de 8,5% par rapport à la saison 2023/2024 d'après les chiffres de la Fédération de chasse.

© Crédit photo : FDC 30

"La saison s'est bien déroulée si on se réfère aux conditions d'organisation et de pratique de la chasse", résume Marc Valat, directeur de la Fédération départementale des chasseurs du Gard (FDC 30). Démarrée le 14 septembre dernier, elle s'est terminée le samedi 28 février avec des disparités selon les territoires. "Selon les secteurs, on observe une présence très marquée de certaines espèces, bien plus importante que l'année précédente", précise Marc Valat, conscient des conséquences de la prolifération du lapin de garenne dans certaines communes et du sanglier dans tout le département.

Les chiffres confirment une pression toujours forte du sanglier dans le département. "On compte 32 000 à 33 000 sangliers prélevés en battue. En tir individuel, on ajoute encore 2 000 à 3 000 animaux et 4 000 à 5 000 en occasionnel", détaille-t-il. Au total, le bilan devrait atteindre près de 40 000 sangliers prélevés cette saison, un niveau en progression par rapport à la saison précédente, déjà marquante. Face à ces chiffres, la Fédération a appelé les territoires, dans un communiqué du 2 mars, à maintenir l'effort jusqu'à la fin du mois."On a demandé aux gestionnaires de territoires de prolonger l'effort de chasse en battue pour éviter trop de dégâts au printemps et une trop forte pression sur les cultures."

La FDC 30 lutte contre certaines pratiques à proscrire ou à éviter. "Le nourrissage et la sous-chasse favorisent la concentration des compagnies, et le développement de l'espèce. Or le sanglier se développe déjà naturellement grâce à l'évolution des conditions climatiques, la fermeture des milieux et la ressource alimentaire." Elle insiste sur la pédagogie et le respect des règles. "Nous avons un vrai plan d'action pour sensibiliser, informer et contrôler les pratiques. Il y a beaucoup de pédagogie, parfois de la verbalisation." Quant aux zones de sous-chasse, la Fédération encourage les sociétés communales et privées à "nouer des ententes inter-territoires" et à faire preuve de "solidarité".

La spirale financière des dégâts agricoles

Au-delà des prélèvements, la question des dégâts agricoles reste centrale. Alors que la FDSEA du Gard lance actuellement un appel sur sa page Facebook pour inciter les agriculteurs à partager les photos des dégâts occasionnés sur leurs cultures, la FDC 30 alerte sur l'envolée des coûts.

Depuis la loi du 27 décembre 1968, qui encadre strictement le droit de chasse et ne permet plus aux agriculteurs de réguler librement le grand gibier à l'affût, un système d'indemnisation a été mis en place, reposant sur une gestion largement assurée par les chasseurs, dispositif renforcé par la loi de 2000 portée par Dominique Voynet. Si, pour la campagne 2023-2024, les indemnités pour les dégâts agricoles causés par le grand gibier (seulement le sanglier) s'élevaient à plus de 330 000 euros, l'addition s'alourdit pour 2024/2025 et dépasse désormais les "400 000 €", auxquels s'ajoutent les frais vétérinaires liés aux chiens blessés. Au cours de cette seule campagne, 403 plaintes ont été enregistrées."Il faut qu'on arrive à se sortir de cette spirale financière", lance le directeur.

C'est dans ce contexte de tension budgétaire que la fédération départementale des chasseurs du Gard a sollicité un rendez-vous ministériel, via le préfet, pour remettre sur la table le projet de réforme du dispositif d'indemnisation déposé en juin dernier. "Aujourd'hui, la Fédération gère cette mission de service public. Mais l'État doit assumer cette action à 100%. Le financement des dégâts devient un vrai problème structurel", martèle le directeur, notant que certains agriculteurs craignent toutefois qu'une reprise en main par l'État ne soit moins réactive.

Le défi des zones de non-chasse

À cette problématique financière s'ajoute un obstacle majeur : les zones de non-chasse. "Le plus gros problème aujourd'hui, ce sont ces secteurs", affirme Marc Valat. Ces espaces - friches, réserves foncières ou propriétés peu entretenues - peuvent devenir de véritables refuges pour le gibier. "Ce sont parfois quelques hectares seulement, mais des dizaines de sangliers peuvent s'y concentrer."

Le paradoxe est que certaines de ces zones appartiennent à des collectivités ou à des établissements publics, rendant l'intervention des chasseurs impossible là où les agriculteurs les sollicitent. "Il faut que toutes les propriétés soient chassées comme elles devraient l'être. Sinon, on ne s'en sortira pas", insiste-t-il, appelant à un plan d'action pour la gestion de ces milieux qui se ferment.

Le lapin : un fléau localisé dans le sud

À l'instar de la situation héraultaise entre Mauguio et Lunel, une autre espèce source de tensions : le lapin de garenne. Une vingtaine de communes du sud du Gard concentrent les dégâts. Les dégâts du petit gibier ne sont en revanche pas indemnisables, précise la FDC 30. Mais des "expertises de terrains et protocoles dégâts" sont réalisés (16 pour la saison 2024/2025) afin d'apporter un soutien à la société de chasse dans la mise en place de mesures. Les opérations de capture sont encouragées. "Les lapins peuvent être repris avec le furet et déplacés vers des secteurs de garrigue ou boisés, où l'espèce est souhaitée", explique Marc Valat.

Certaines zones restent toutefois difficiles à gérer, notamment près des infrastructures comme les lignes ferroviaires. Un constat que la FDSEA du Gard a également partagé avec la DDTM lors d'une rencontre le 27 février dernier. "La SNCF essaye de nouer des conventions", explique le représentant de la FDC 30. "Mais le problème est que ces zones sont embroussaillées et difficiles d'accès. On demande à ce que la SNCF débroussaille pour que les chasseurs puissent intervenir."

À la demande de la FDSEA du Gard, la Commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et la Chambre d'agriculture, une réunion avec le préfet est prochainement prévue pour évoquer les dégâts issus du sanglier. La problématique du lapin y sera également abordée, confirme le syndicat dans une récente communication. 

Jenny Bernard •

À 22 ans, Laura Dejardin porte les couleurs des chasseresses dans le Gard

Laura Dejardin est désormais déléguée départementale de l'association 'Les Chasseresses de France'.

© Crédit photo : Laura Dejardin

Nommée début mars déléguée départementale du Gard pour l'association 'Les Chasseresses de France', Laura Dejardin brise les codes. Avec ce récent statut, elle souhaite désormais participer à la dynamique nationale. "Ouvrir sur plusieurs départements, inviter les chasseresses du Nord à découvrir la chasse dans le Sud et vice-versa." L'association, fondée en 1999, rassemble toutes les femmes de France. Parmi ses missions figurent "l'organisation de battues, de formations, d'ateliers de cuisine et de stages de piégeurs", le tout pour rendre visible une gent féminine qui ne représente que 2% des pratiquants. La nomination d'une déléguée dans le Gard contribue à cet objectif de visibilité, relayant l'association 'La Diane Chasseresse', aujourd'hui arrêtée. Également bénévole au prochain salon 'Sud Traditions', organisé du 10 au 12 avril à Maillane (13) pour lequel elle coordonnera les inscriptions canines, Laura représentera les chasseresses et pourra répondre aux questions aux curieuses et curieux.

Âgée de 22 ans et aide-éducatrice en crèche, elle ne manque pas d'énergie pour exercer sa passion. Si elle manie le fusil, c'est une autre activité qu'elle privilégie. "Ce que j'aime, c'est la traque aux sangliers avec mes chiens", lance la jeune-femme. C'est à l'âge de huit ans qu'elle découvre le gibier aux côtés de son père, dans un univers familial marqué par l'élevage canin. Laura obtient son permis accompagné à 15 ans, puis son examen final un an plus tard pour seulement 1 €, bénéficiant d'une offre spécifique pour les jeunes. "On a une chasse en Camargue et c'est souvent moi qui donne les consignes."

Les CHIFFRES clés -

de la saison 2024/2025

13 033 chasseurs, - 9% depuis 6 ans

16,93% des chasseurs ont moins de 35 ans et 2,01% sont des femmes

Près de 40 000 sangliers prélevés, plus de 400 000 € de dégâts

16 expertises de terrains sur des dégâts de lapins

Jenny Bernard •

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