Viticulture
Toute la filière viticole était réunie le 11 juillet à Rodilhan, avec un objectif partagé : reprendre sa place sur les marchés.
Apprendre des erreurs passées et reconquérir les marchés, tel est le leitmotiv des élus de la filière viticole réunis à Rodilhan, le 11 juillet, à l'invitation de la Chambre d'agriculture du Gard.
© Crédit photo : MS
"Quelle viticulture demain dans le Gard ?" 150 vignerons ont répondu présents à la conférence-débat organisée au lycée professionnel de Rodilhan, le 11 juillet dernier. Acteurs de la filière viticole, représentants syndicaux, caves particulières et vignerons coopérateurs du Gard : la Chambre d'agriculture a réuni dans la même salle toutes les parties prenantes de la profession. Sur un front commun, ils sont bien décidés à trouver des solutions ensemble. Apprendre des erreurs passées et reconquérir les marchés.
"La viticulture est un des secteurs de l'agriculture qui a cumulé le plus de difficultés ces dernières années." Jérôme Despey, président du comité spécialisé FranceAgriMer, le résume bien : les taxes Trump en 2019, le Covid en 2020 et la fermeture du marché asiatique durant trois ans, le gel de printemps en 2021, les aléas climatiques depuis 2022 auxquels s'ajoutent les conséquences de la guerre en Ukraine, avec l'explosion des coûts de production. Tout cela avec un prix du vin qui stagne. Une équation pas facile pour la profession. "Dans ce contexte de crise, la distillation est une réponse au passage de ce cap difficile. Mais les exploitants ne produisent pas pour distiller, mais pour vendre leur vin."
Aujourd'hui, les charges pèsent sur les exploitations (en coopérative, comme en cave particulière), notamment les appros et la main-d'œuvre. "Avec les incertitudes du marché, des tensions arrivent en 2023 sur les entreprises fragiles. Cependant, la situation n'est pas hyper-dégradée en 2022", décrit Catherine Robby, du centre de gestion Cerfrance. Mais le nerf de la guerre reste la trésorerie. Limiter les prélèvements privés sur l'exploitation, arrachage, distillation. Ces sujets provoquent quelques rumeurs dans la salle. Mais, dans l'ensemble, tous échangent calmement et tentent de répondre à la question : comment reprendre des parts de marché ?
Passer par un arrachage temporaire n'est pas un argument acceptable pour les vignerons. FranceAgriMer y voit une perspective, à condition de pouvoir prolonger la durée de replantation et d'avoir la possibilité de céder les autorisations de plantation, par exemple à des jeunes qui s'installent. Car la question de l'installation est bien le signe de cette déprise. Ce que confirme Julien Courdesse (JA 30) : "Nous avions en général 25 jeunes installés avec Dotation jeune agriculteur (DJA) chaque année. On en aura au maximum 20 cette année. Faut-il s'attendre à en avoir juste 10 l'année prochaine ?" Et "quel avenir espérer avec 10 % de déconsommation par an en France ?", interpelle Jean-Paul Durandeux, de Lédignan. Les chiffres montrent que l'on est passé en quelques années de 42 % à l'export et 58 % sur le marché national à respectivement 48 % et 52 %. De la salle émanent des remarques convergentes : "Le vin n'est plus un produit alimentaire, c'est un produit de consommation plaisir." "Il ne faut pas être pessimiste." "On fabrique des produits qui n'ont pas de marché, changeons de produit ! Du bio, des pétillants, des vins nature, pourquoi pas ?"...
"Avant, on produisait, on vendait, c'était simple. Maintenant, il faut changer de paradigme", lance Philippe Pellaton, président d'Inter Rhône qui exporte 65 % de sa production. S'adapter au marché, c'est aussi migrer vers plus de vins de cépage. "Ils représentent 80 % des échanges mondiaux", avance Jacques Gravegeal, président du Syndicat des producteurs de vins de Pays d'Oc. "Les jeunes générations ne connaissent pas les vins. Ils ne jurent que par les vins de cépages." Le bon potentiel des vins de cépages à l'export est d'ailleurs confirmé par Inter Rhône. "Ce qui n'empêche pas la région de se constituer un portefeuille de marques, avec ses produits qualitatifs". Investir dans la promotion est la solution que le comité a choisie, passant de 11 à 14 millions d'euros (M€) par an. "On préfère mettre 12 M€ de réserve pour la promotion plutôt que 18 M€ pour l'arrachage comme à Bordeaux !"
Fervent défenseur de la profession, Jacques Gravegeal est résolument contre l'arrachage. Pour lui, l'histoire se répète. "On a vécu 50 ans de crise avec 12 millions d'hectolitres distillés, 200 000 hectares arrachés. Le Languedoc-Roussillon est le premier vignoble de France. Comme la viticulture a horreur du vide. Ce que l'on arrache ici est replanté ailleurs." Distiller 3 millions d'hectolitres quand on en importe 6 millions n'a pas de sens pour lui. Miser sur l'export avec des financements adaptés est un sujet crucial, car "il y a un vrai problème de commercialisation. Vendre, ce n'est pas faire de la promotion", exprime Pierre Martin. "Nous n'avons pas été bons", concède Jérôme Despey. L'appel à projets n'est dorénavant plus globalisé. Les actions sont faites par pays, avec des forfaits. "On a eu un accident industriel sur la promotion. Le budget n'a pas été dépensé, mais on ne le perd pas", rassure-t-il.
"Que les vins soient en bio ou en vin nature, l'important c'est comment l'entreprise résiste !" Être solidaire et réactif est de première importance pour Pierre Jauffret, président de la Fédération des Vignerons indépendants du Gard. L'enjeu est de renforcer les structures : "Les vins français représentent 18 milliards d'euros d'export. Ils sont classés juste après l'aéronautique dans la balance commerciale. En plus, c'est un secteur qui maille le territoire." Un propos repris par Ludovic Roux, président des Vignerons coopérateurs Occitanie : "Les aménités de la viticulture sont énormes ! Économiquement et sociologiquement, aucune autre activité agricole n'est possible dans les terres pauvres où sont installées les vignes". Il souligne les progrès réalisés : "Le taux de pénétration des vins du Languedoc-Roussillon dans la restauration est passé de 20 % en 2000 à 80 % en 2020. Il faut regarder le côté positif : on a bien travaillé !". Une remarque qui suscite une rumeur dans la salle : "Il faut être exigeant avec les politiques, c'est légitime !"
"La présence ensemble sur la tribune de tous les organismes pour défendre la filière. C'est très rare !", conclut Jean-Louis Portal, président de la FDSEA du Gard."On s'impose des cahiers des charges en France, ce qui fait notre force, mais qui devient compliqué avec le changement climatique auquel il faut s'adapter avec souplesse." Sébastien Ferra, directeur de la DDTM 30, se félicite également de ces échanges courtois : "La filière veut se battre ! "Il espère que la récolte sera à la hauteur des attentes et le marché aussi, et souhaite de bonnes vendanges à tous les participants.
ICI
Votre encart
publicitaire !
SAUSSET-LES-PINS
CRIIAM SUD

Publiez facilement vos annonces légales dans toute la France.
Grâce à notre réseau de journaux partenaires.
Attestation immédiate, service 24h/24, 7 jours/7

10/05/2023
28/04/2023
06/06/2023
Chaque semaine, retrouvez toute l'actualité de votre département, des infos techniques et pratiques pour vous accompagner au quotidien...
Découvrez toutes nos formules
Inscrivez-vous GRATUITEMENT à nos newsletters pour ne rien rater de notre actualité !
S'abonner