Témoignages
De la figue, du chanvre, des iris... d'autres cépages, en gardant la vigne. Ces viticulteurs ont choisi d'arracher une partie de leur vignoble et partagent leurs réflexions sur l'après.
De la vigne, une autre production, moins de surface... que font les viticulteurs qui ont choisi d'arracher une partie de leur vignoble ?
© Crédit photo : Pressagrimed
VAR
À La Crau, Julie Isnard a fait carrière dans le sport avant de reprendre les 5 hectares de vignes familiales, début 2025. À 41 ans, elle s'installe en agriculture avec la volonté de sécuriser son activité. C'est dans cette optique qu'elle a choisi la diversification et planté des figuiers, attirée par la qualité et valeur ajoutée de la figue AOP de Solliès.
Julie Isnard, sur sa jeune parcelle de figuier.
© Crédit photo : JI
Fille d'agriculteurs de La Crau, Julie Isnard a toujours eu en tête de prendre un jour la suite de ses parents, anciens rosiéristes qui se sont réorientés sur la vigne. Mais c'est en tant que professeure de sport que l'énergique jeune femme s'accomplit dans un premier temps. La mutation de son mari, militaire, en Polynésie, repousse encore un peu son projet agricole.
De retour dans l'Hexagone en 2023, elle entreprend de s'installer sur les 5 hectares de vignes familiales en IGP, avec l'envie d'être à son compte et de travailler en extérieur. C'est chose faite depuis le mois de janvier dernier : la voilà enfin agricultrice à 41 ans !
Comme son père, elle apporte ses raisins en coopération au Cellier de La Crau, mais fait aussi le choix de se diversifier. "J'y ai beaucoup réfléchi et comme le cours des vins ayant baissé ces derniers temps - et que je suis sur de l'IGP, moins bien rémunéré que de l'AOP -, j'ai voulu sécuriser mon activité avec une autre production", explique Julie Isnard.
Implantée sur l'aire d'appellation de la Figue de Solliès, elle se tourne vers l'arboriculture. "L'option fleurs coupées ne me disait trop rien du fait de l'expérience de mes parents. Ça n'était pas fait pour moi. J'avais envie de tenter une nouvelle expérience avec la figue, recherchée et qui a une belle valeur ajoutée. Je suis allée me renseigner à la Copsolfruit et le produit aussi bien que l'état d'esprit m'ont plu. Ça me ressemble", déroule la jeune agricultrice.
Après préparation du sol, les arbres sont plantés fin février, en lieu et place de vignes vieillissantes qui ont été préalablement arrachées. "On a nettoyé, on a apporté de l'engrais mais le sol avait déjà une bonne activité biologique. Mon père avait fait le 'test du slip' il y a quelque temps, et ça avait très bien marché. On a pris des plants de violette [variété Violette de Solliès, ndlr] en pots, pour avoir une marge de manœuvre au cas où on n'aurait pas pu planter comme prévu. On s'est fourni chez un pépiniériste qui fait des plants pour l'AOP, et on a planté 275 arbres sur 1 hectare, en suivant bien les règles du cahier des charges de l'appellation et avec l'irrigation au goutte-à-goutte depuis le canal de Provence", témoigne Julie Isnard.
Elle juge "le coût d'investissement raisonnable par rapport à d'autres cultures, même si ce n'est pas rien". Et poursuit : "Heureusement, mes parents m'aident ! Parce que sans eux, sans les terres, jamais je n'aurai pu m'installer", souligne-t-elle. Avant d'estimer : "En comptant la préparation, la plantation, l'irrigation, on est autour de 3 500 € par hectare".
Mère de 3 enfants, la voilà avec "275 bébés supplémentaires" sur lesquels elle veille attentivement. "On n'avait jamais eu de figuiers jusqu'à présent, et j'ai à cœur que ça marche, alors je les soigne !", lance-t-elle avec enthousiasme.
Elle va désormais grandir avec eux, professionnellement. "Je n'ai pas le temps de retourner à l'école, alors je me forme sur le terrain. La vigne, j'y baigne depuis toute petite, et mon père m'accompagne. Sur la partie arbo, il s'y connaît un peu aussi, et je prends les conseils des autres producteurs et du technicien du syndicat de la figue AOP de Solliès", explique Julie Isnard.
Elle espère pouvoir récolter ses premiers fruits en 2027. Pour la commercialisation, elle qui a déjà la culture de la coopération en viticulture souhaite passer par la Copsolfruit. "La coopérative est une vraie facilité", apprécie-t-elle.
En attendant, elle regarde ses figuiers s'épanouir avec satisfaction. "Pour l'instant, ça se passe bien, ils ont l'air bien. Après ça reste une prise de risque, mais l'agriculture est une prise de risque permanente. C'est aussi beaucoup de liberté et ça, ça me plaît".
Bouches-du-Rhône
Entre gel, conjoncture tendue et contraintes foncières, Laurent Doudon refuse la dépendance à la vigne. Dans la plaine de Trets, il alterne vigne, iris, céréales et thym en misant sur la diversification et la flexibilité.
Laurent Doudon a fait le choix de jongler entre différentes productions : du vin en appellation Côtes de Provence, des iris, du blé tendre, des semences... "Pas question d'enfermer l'exploitation dans une seule voie", justifie-t-il.
© Crédit photo : ED
Sur la plaine agricole de Trets, au pied de la montagne Sainte-Victoire, l'exploitation de Laurent Doudon fait figure d'exception. Par conviction, il ne veut "pas dépendre d'un seul atelier", confie le paysan pragmatique, installé depuis 2001.
Il a commencé avec peu de terres, en misant sur plusieurs productions : "Les plantes aromatiques, iris, céréales et un peu de vigne". Une approche qu'il doit à son père, pionnier de la culture d'iris dans la région. Laurent se l'approprie à son tour. Les plantes aromatiques et l'iris constituent d'abord ses piliers. La vigne, s'est ensuite cependant imposée, jusqu'à représenter plusieurs dizaines d'hectares.
Aujourd'hui, l'exploitation compte une trentaine d'hectares de vignes, dont 25 ha en appellation Côtes de Provence, et environ 4 ha d'iris, dont il produit aussi les plants pour d'autres producteurs. Mais Laurent reste fidèle à sa philosophie : "Ne jamais enfermer son exploitation dans une seule voie".
Sur les 50 ha exploités, Laurent n'est pas propriétaire de tout. Et cela change beaucoup de choses. "Certains propriétaires ne souhaitent pas que j'immobilise leurs terres sur 30 ans avec de la vigne. Dans ce cas, je n'ai pas le choix : je cultive autre chose, mais toujours quelque chose de rentable", explique-t-il.
C'est ainsi que, sur certaines parcelles, il fait tourner les cultures : blé tendre, semences d'engrais verts, iris... Il a même développé un petit marché local de semences d'engrais verts destinées aux vignerons, une activité complémentaire qu'il connaît sur le bout des doigts.
Cette souplesse de gestion, forgée au fil de 25 années d'expérience, lui permet de rebondir sans cesse. "J'avais un temps mis de côté les plantes aromatiques pour me concentrer sur l'iris et les semences de céréales. Mais je reviens aujourd'hui à mes premiers amours, le thym."
Il cultive 1,3 ha de thym et 1 ha supplémentaire est prévu pour l'an prochain. Ce retour au thym n'est pas un simple clin d'œil au passé, c'est un choix stratégique : en effet, en 2024, 70% des vignes en Côtes de Provence de Laurent ont gelé, et 95% de celles en IGP. Une hécatombe.
"Ça fait mal et, dans ces moments-là, on se dit que si j'avais eu quatre ou cinq hectares de diversification en plus, la pilule passait mieux." Le contraste est flagrant. Là où la vigne a souffert, le thym n'a pas bronché. De quoi conforter Laurent dans son intuition. "Diversifier, c'est se protéger."
Il ne prend pas ses décisions par habitude. "Je plante en général un hectare et demi d'iris par an. Cette année, j'en ai planté presque trois. C'est la conjoncture qui dicte ma stratégie."
Quand les marchés du vin se tendent ou que le climat joue des tours, Laurent ajuste. "Cela ne passe pas forcément par moins de vigne, mais par davantage d'autres cultures rentables", explique-t-il.
Sur les terres dont il est propriétaire, il envisage même d'arracher quelques vieilles vignes pour instaurer une rotation blé/thym. "Et selon la conjoncture, on verra si je replante de la vigne ensuite." Pas question pour autant de délaisser l'exigence viticole. Laurent soigne son encépagement, renouvelle les parcelles vieillissantes et "remplace les cépages pénalisants, comme le cabernet, par des grenaches ou syrahs, plus qualitatifs et adaptés aux tendances du marché".
Le coopérateur - qui livre son raisin aux caves de Trets, Pourrières et Pourcieux - ne s'endort pas sur ses acquis. À chaque campagne, il observe, ajuste, innove. Ses rotations, ses semences, ses cultures de thym en branches fraîches - dont il est le dernier producteur sur la plaine de Trets - témoignent de son esprit d'anticipation.
"Le contexte économique et climatique nous oblige à réfléchir différemment", confie Laurent Doudon. Plus qu'une stratégie économique, chez Laurent, la diversification est une façon de vivre son métier.
Hérault
À Hérépian, au pied du Caroux, Philippe Coste a choisi d'arracher une partie de son vignoble, plutôt pour un principe de rationalisation.
Philippe Coste a profité de la prime d'arrachage pour rationaliser son travail sur l'exploitation. Sur ses 16 ha, il a arraché la dernière parcelle qu'il vendangeait encore à la main.
© Crédit photo : VH
"Ce n'est pas pour la trésorerie que j'ai arraché cette vigne. C'est juste l'opportunité de cette prime, à un moment où je voulais rationaliser mon travail sur l'exploitation." Philippe Coste, vigneron à Hérépian et ancien président de la coopérative des coteaux de Capimont avant sa fusion avec Alma Cercius en 2024, a arraché 1,3 ha de vigne sur les 16 ha qu'il cultive. "C'était la seule parcelle que je vendangeais encore à la main. Une vigne de 60 ans : du carignan, planté en gobelet, qui produisait encore bien."
La terre défrichée est une belle parcelle "plate comme la main" et sans cailloux, proche de la route et accessible. Il pense y cultiver des céréales et confier une partie - environ 40 ares - en fermage à un jeune en train de s'installer en maraîchage cette année, et qui souhaite s'agrandir progressivement. "Un jeune consciencieux qui commence à s'intéresser à la culture de la vigne." Un point d'importance pour Philippe Coste qui, à bientôt 63 ans, pense à la relève, tout en le prévenant de la difficulté à mener les deux activités de front. Lui ne lâchera pas sa vigne sans repreneur et continuera à l'exploiter jusque 65, ou 67 ans peut-être. Difficile cependant de pousser son fils dans cette production qui offre peu de visibilité sur l'avenir. Ce dernier a un bon travail à Montpellier, profite de ses week-ends, surtout au printemps, alors que c'est le moment où l'on doit rester à proximité de la vigne.
Pour ce viticulteur engagé, le montant de prime d'arrachage - établi à 4 000 € l'hectare - doit rester à un niveau raisonnable pour ne pas devenir un piège. "Pas question d'encourager un arrachage de masse avec 8 000 à 10 000 € l'hectare. Avec une prime incitatrice, on va signer la disparition de la production viticole du Sud, surtout dans des territoires où les viticulteurs seront bientôt à la retraite." À 10 000 €, certains pourraient selon lui se dire : j'arrache, j'empoche la mise et cela complétera ma petite retraite de 900 € par mois. "Il faut arracher avec discernement", prévient Philippe Coste, "sinon, on risque de voir disparaître les ceps et le paysage avec !"
Depuis la fusion des caves en 2024, les vins des coteaux de Capimont complètent harmonieusement la gamme d'Alma Cercius avec leur typicité liée à leur production en zone de montagne. Le caveau a été refait ainsi que le design des étiquettes des vins, illustrées par une artiste de la région. Pour ne pas perdre leur indication géographique protégée Haute vallée de l'Orb, les vins doivent continuer à être vinifiés à Hérépian.
"Le positionnement des coopérateurs ne peut pas être individuel comme celui d'une cave particulière. Ne penser qu'à soi signe la disparition de tous les collègues !" Aujourd'hui, 13 000 hectolitres viennent s'ajouter aux 100 000 hl de la coopérative Alma Cercius. "Si tout le monde arrache, il n'y aura plus la quantité suffisante pour vinifier. Et si la production des coteaux de Capimont descend à 9 000 hl, est-ce que cela intéressera encore la coopérative de Alma Cercius ?"
Ce coopérateur dans l'âme s'était installé sur les terres de son père et grand-père il y a 40 ans. Il se rappelle que dans les années 80, avec l'arrachage en masse, les jeunes ne trouvaient plus de vignes à reprendre. "Les vignes en 'étagères' qui ont été arrachées autrefois sont devenues des repaires à sangliers. La nature s'est refermée et aucune activité agricole n'a pris la suite", rappelle-t-il, avec l'espoir de ne pas voir la situation se reproduire.
Aude
Accablés par la sécheresse, les incendies et l'effondrement des prix, Laurie et Xavier Balazuc ont dû arracher une partie de leur vignoble. Faute d'eau et de rentabilité, ils ont choisi la voie du chanvre. Une diversification audacieuse.
Laurie et Xavier Balazuc arrachent progressivement leurs vignes pour les ramener à 20 ha. Depuis 2024, ils ont amorcé leur diversification grâce au chanvre.
© Crédit photo : AL
Quand ils ont repris l'exploitation familiale, il y a cinq ans, la ferme comptait 43 hectares de vignes. Aujourd'hui, il n'en reste plus que 32 ha. Cette année encore, ce ne sont pas moins de 5 ha supplémentaires qui seront arrachés. "En cinq ans, on a déjà arraché dix hectares. Là, on en enlève encore cinq", résume Laurie Balazuc, viticultrice à Montredon-des-Corbières.
La décision, douloureuse, s'est imposée peu à peu, au fil des coups du sort et des crises climatiques. Les parcelles les plus anciennes, souvent situées sur des terres arides et non irriguées, sont devenues intenables. "On ne peut pas arroser, et sans eau, ça crève." Il faut reconnaître que les dernières années ont été rudes, et les événements climatiques successifs ont fini par avoir raison de leur abnégation.
Les chiffres sont alarmants : 300 ton- nes de raisin récoltées il y a trois ans, à peine 150 t aujourd'hui. "La 1re année sans pluie, la vigne s'est arrêtée net avec des sarments très courts et quelques feuilles à peine développées. La 2e, elle a survécu, mais sans raisin. Et cette année, la canicule d'août a tout cramé", constate le couple.
Mais au-delà du climat, c'est la rémunération qui pousse les viticulteurs à bout. "Le raisin est payé de moins en moins cher, alors que les coûts explosent. On nous demande de rajouter des produits de plus en plus chers, mais le prix du vin baisse. À la fin, la vigne nous coûte plus cher que ce qu'elle rapporte", constate Xavier. Le couple décrit une filière sous tension : "À force, on a l'impression qu'on veut nous forcer à arrêter. Mais quand nous on s'écroulera, c'est toute la région qui tombera, car tout le monde vit de la vigne ici."
La restructuration s'est donc imposée comme une question de survie : "On arrache tout ce qui n'est plus rentable, mais on ne replante plus au même rythme que ce que l'on arrache." La surface des vignes est ainsi en chute constante depuis quelques années, mais le couple compte bien garder une vingtaine d'hectares. Surtout en fonction de la pertinence de leurs nouveaux choix de diversification.
En 2024, ils se lancent sur une 1re parcelle de 250 plants de chanvre. "On a réfléchit à se lancer dans la grenade, la pistache ou l'olivier, mais cela paraissait trop compliqué pour de nombreuses raisons. Ce que l'on voulait, c'était de trouver une culture qui demande peu d'eau et le chanvre s'est imposé à nous." Les perspectives de légalisation et son créneau potentiel ont convaincu le couple de se lancer dans l'expérimentation. "On a suivi des formations à la Chambre d'agriculture de l'Aude, on s'est renseignés, puis on s'est lancés."
Le chanvre a vite conquis les deux viticulteurs. "C'est une plante étonnante. On récolte dès la 1ère année, sans trop d'eau ni de produits chimiques. C'est un vrai changement après la vigne." La récolte a permis de produire des infusions et des huiles sublinguales. La transformation est confiée à un laboratoire spécialisé. "De notre côté, nous désirons approfondir nos connaissances de terrain sur cette nouvelle culture." Pour l'instant, la commercialisation reste artisanale. "C'est du bouche-à-oreille auprès de la famille, des amis et des marchés. Ceux qui l'achètent reviennent. C'est bon signe", se réjouit Laurie.
Fort de ce début d'expérience, le couple d'agriculteurs cherche a stabiliser la ferme autour de ces deux productions qu'ils estiment complémentaires : d'un côté la vigne, en gardant 10 à 20 ha de vignes, et de l'autre le chanvre, avançant à tâtons au fil du développement et de la demande. "J'adore la vigne. Mais devoir payer pour travailler, ce n'est plus possible", estime Xavier Balazuc.
Gard
En quête de diversification et sensible aux effets du changement climatique, Tanguy Castillon du château l'Ermite d'Auzan à Saint-Gilles (Gard), teste les agrumes exotiques. Une expérimentation menée avec curiosité, mais non sans difficultés techniques, surtout en agriculture biologique.
Tanguy Castillon a choisi de tester une vingtaine de variétés d'agrumes exotiques, pour le plaisir de l'expérimentation plus que pour une diversification commerciale à proprement parler.
© Crédit photo : JB
"Depuis qu'on est passé en bio en 2017, on travaille beaucoup plus le sol et on a besoin d'avoir des tournières plus grandes. J'ai donc arraché les pointes", déclare tout naturellement Tanguy Castillon, associé du Château l'Ermite d'Auzan, à Saint-Gilles dans le Gard. Certaines vieilles vignes n'ont également pas supporté le travail plus intense de la terre.
Sur les 80 ha de raisins, 10 ha ont donc été libérés sans réelle anticipation de ce qui allait suivre. C'était sans compter sur l'expérience acquise du viticulteur pendant trois ans à l'étranger, dans des domaines en bio et biodynamie, et sur les gènes d'expérimentateurs dans la famille. "Mon grand-père a toujours aimé planter d'autres cultures, comme des oliviers, des noyers, des chênes truffiers", raconte Tanguy Castillon, 10e génération d'une lignée de vignerons, autrefois producteurs d'Armagnac à Castelnau-d'Auzan.
Le domaine actuel a été acheté par l'arrière-grand-père en 1971, après la crise du phylloxéra. "L'idée des agrumes est venue avec ces questions de réchauffement climatique. On avait pensé avocat et pistache, mais il y avait un côté expérimental avec les agrumes qui m'intéressait, et ils étaient aussi plus simples à mettre en œuvre car je pouvais me procurer des variétés plus facilement."
Sur les 10 ha arrachés, le domaine décide de planter un hectare d'agrumes, à titre expérimental, sur des parcelles arrachées en 2020. "J'ai planté 20 variétés d'agrumes exotiques japonais, parfois hybrides ou issus de croisement, et qui sont greffés sur deux porte-greffes résistants au froid FA5 et Poncirus", précise-t-il. Citron caviar, yuzu, lime, kumquat, combava, main de bouddha pour n'en citer que quelques-unes. Un véritable conservatoire végétal en devenir.
Les autres hectares sont, selon les cas, laissés au repos avant de nouvelles plantations de vignes, utilisés pour des cultures aromatiques ou pour le pâturage ovin. À proximité des agrumes, Tanguy envisage d'autres productions, mais rien n'est encore arrêté. En revanche, aucun doute sur la place prédominante du raisin sur le domaine.
"Toutes les terres dont je suis content de la qualité du sol, du terroir et de la forme de la parcelle, je les préserve pour replanter de la vigne", affirme-t-il. "Mon objectif est de valoriser au mieux l'assolement dont on dispose, pour nourrir le côté expérimental et intellectuel, mais pas de créer de charge supplémentaire."
Le domaine viticole ne commercialise aucun agrume ni fruit provenant des autres cultures. Pour les exotiques qui nécessitent beaucoup d'eau, le peu d'arbres, mais surtout les rendements, ne le permettent pas : "Je ne produis rien car il n'y a pas assez d'arbres. Tout est pour la consommation personnelle", constate Tanguy Castillon.
"Le but serait peut-être d'en commercialiser à terme, mais il faudrait que j'en plante plus. Aucune variété ne donne réellement satisfaction aujourd'hui", précise-t-il. Les arbres, plantés en plein air, poussent de manière très hétérogène : certains se développent bien, d'autres végètent ou meurent, certains donnent des fruits, d'autres non. Seuls les kumquats et les limes tirent leur épingle du jeu.
Mais là encore, la priorité reste la vigne. "Je ne le savais pas avant de planter, mais faire de l'agrume en bio, je pense que c'est très compliqué. J'ai certains arbres qui sont attaqués par des cochenilles ou des mineuses, et il n'existe aucun insecticide bio efficace pour traiter ces ravageurs", affirme-t-il.
Si les agrumes sont tendance, la réalité de terrain est autrement plus rude qu'elle n'y paraît.
Vaucluse
À Sérignan-du-Comtat, Matthias Reynard et sa femme gèrent une exploitation de 30 hectares de vignes. Depuis deux ans, le couple a pris la décision de se diversifier avec de la pistache. Une culture complémentaire, pour ne plus tout miser sur le vin, en souffrance.
Amandine et Matthias Reynard se sont lancés dans la pistache, en plus de leurs 30 hectares de vignes.
© Crédit photo : Matthias Reynard
Depuis 2018, Matthias Reynard a multiplié par 7,5 sa surface de production de vignes, passée de 4 à 30 hectares en sept ans. Malgré la crise, l'heure n'est pas à l'arrachage pour lui. Tout du moins, pas de façon définitive. Car tout ce qui est enlevé est automatiquement remplacé. "On arrache les vieilles vignes qui ne sont plus rentables, et on en replante pour repartir sur de bonnes bases." Syrah, grenache, carignan et un peu de cépages blancs... sa surface ne diminue pas, et ça, il le doit à sa cave coopérative, Maison Sérina - Les Coteaux du Rhône, où il apporte ses raisins.
Si la situation actuelle n'est pas des plus simples pour les vignerons, il s'estime chanceux : "On est dans une cave dynamique qui a pris les bonnes décisions au bon moment avec une valorisation en bouteilles et bag-in-box notamment", détaille Matthias. Des orientations prises qui permettent d'assurer une bonne rémunération aux vignerons coopérateurs. Mais au-delà, le viticulteur, rejoint depuis par sa femme, Amandine, sur l'exploitation, croit au rebond de la consommation. S'il y a des jours "plus compliqués que d'autres", avoue-t-il, le couple ne veut pas baisser les bras : "Les gens boiront toujours du vin."
Leur force est aussi d'avoir une cave positionnée sur différents marchés et qui propose une large gamme : côtes-du-rhône, vacqueyras, châteauneuf-du-pape, plan du dieu, sainte-cécile-lès-vignes... De quoi rebondir en cas de chute de l'un d'entre eux.
Autre atout de Matthias et Amandine, la diversification. Ils ont récemment décidé de se lancer dans une culture supplémentaire. Une idée de l'agricultrice, pour dynamiser un peu plus les rendements. Si le viticulteur semblait réticent au début, la jeune femme y voyait une vraie solution et a réussi à pousser son mari à se lancer. "Ça me faisait un peu peur," avoue-t-il, "mais elle a réussi à me convaincre, et elle avait raison", ne regrette-t-il pas. Pourtant, ils n'ont pas choisi la facilité, en privilégiant une nouvelle culture : la pistache. "On en parlait depuis quatre ans, mais je n'arrivais pas à franchir le pas." Mais il a vite réalisé "que la monoculture, c'est devenu difficile".
Finalement, Amandine et Matthias se lancent en 2024 et plantent leurs premiers arbres, sur 1,20 ha pour commencer, après avoir longuement hésité sur la voie arboricole à prendre. L'amande ? "Mais il s'en est déjà planté beaucoup dans le coin." La grenade ? "Nous ne sommes pas des amateurs de son jus." Alors la pistache s'est imposée.
L'objectif étant d'avoir du rendement et de le valoriser, le couple a choisi de s'appuyer sur le syndicat France Pistache, auquel ils adhèrent.
Cela leur permet d'être en contact avec d'autres producteurs, d'avoir des informations et de bénéficier d'une entraide bienvenue.
Pour le moment, leurs arbres sont encore trop petits pour produire (il faut compter environ cinq ans), mais l'agricultrice a tout de même pu récupérer 40 pistaches. Symbolique d'un renouveau. D'ici trois ans, ils aimeraient monter à trois hectares de production puis, à terme, jusqu'à neuf, "tout en conservant la vigne". Car le but n'est pas de remplacer une culture par une autre : "Je n'ai pas prévu de diminuer ma surface de vignes, sauf si c'est vraiment la dernière solution, car ça reste une passion", annonce le viticulteur.
Matthias croit au retour du vin sur le devant de la scène, à un nombre d'installations plus important que le nombre de départs à la retraite, mais aussi à l'émergence de la pistache française. Car le but de cette diversification est aussi d'avoir un revenu supplémentaire, pour pallier les mauvaises récoltes de raisin en cas d'intempéries, et la baisse de la consommation. Rester optimiste dans la tempête, comme nombre de ses collègues.
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