Andrée Pellegrino et Marine Bruno incarnent deux générations qui, malgré les années qui les séparent, ont beaucoup en commun ( G. Lantes).
58 ans les séparent et elles ont néanmoins beaucoup en commun. Andrée Pellegrino, 87 ans, aujourd’hui en retraite, et Marine Bruno, bientôt 30 ans, ne sont ni l’une ni l’autre issues du milieu agricole. Elles sont pourtant toutes deux devenues agricultrices. Toutes deux à Hyères. Toutes deux en maraîchage, horticulture et arboriculture. Elles ont aussi toutes deux la cause de l’agriculture varoise chevillée au corps. Et sont toutes deux engagées au sein de la FDSEA du département. Les deux femmes se connaissent, se respectent, s’apprécient.
Pour Marine, Andrée est un exem-ple. “Certains ont parfois l’air de découvrir seulement aujourd’hui qu’il y a des femmes dans l’agriculture. Mais il y a, depuis bien longtemps, des femmes courageuses dans ce métier. Des femmes qui ont fait bouger les choses”, souligne la jeune agricultrice.
Des parcours de vie
Quand Andrée épouse Henri Pellegrino, fils d’agriculteur, ce dernier est footballeur professionnel. Il devient ensuite entraîneur. Il ne reprend l’exploitation familiale qu’à la disparition de son père. Andrée ne commence à véritablement travailler avec lui qu’au début des années 70. “À l’époque, on faisait surtout du maraîchage. On apportait la marchandise sur l’ancien marché de la gare de Hyères. Ça ne rapportait pas grand-chose, parfois même rien. Il fallait que ça change. C’est là que j’ai compris que ferai quelque chose”, se souvient la militante. Dès lors, elle s’engage activement au sein du syndicat local et départemental des exploitants agricoles. Elle assume de nombreux mandats tout au long de sa carrière, à la FDSEA, à la Chambre d’agriculture, à la MSA, dans l’enseignement agricole, ou encore pour l’association départementale des Gîtes de France.
Marine a quant à elle fait très tôt le choix de l’agriculture. Au cours de son bac STAV, elle fait un stage chez les Pantieri, voisins des Pellegrino, et poursuit avec un BTS. Elle s’installe en 2012, et adhère tout de suite au syndicat agricole et horticole de Hyères, sous la présidence d’Andrée. Aujourd’hui élue de la Chambre d’agriculture, elle est
aussi membre du bureau du syndicat local, dont les réunions se tiennent dans la salle ‘Andrée Pellegrino’ de la MSA de Hyères. Un hommage à cette figure incontournable de l’agriculture varoise, qui s’est battue pour que l’antenne de la Mutualité sociale agricole soit implantée à Hyères. Pour la jeune agricultrice, l’engagement syndical s’est imposé dès son installation face aux difficultés à trouver du foncier. Elle est aussi très concernée par la problématique des inondations, dont elle a été victime à plusieurs reprises depuis 2014.
Le développement des circuits courts est un autre champ d’action crucial pour Marine. Elle est
d’ailleurs l’une des fondatrices du point de vente collectif qui a ouvert ses portes à Hyères, l’an dernier. Outil de commercialisation et de valorisation, le magasin Terres d’Hyères est aussi, pour les productrices et producteurs, une vitrine qui met en lumière les métiers et les produits de l’agriculture locale.
Valorisation et reconnaissance
La valorisation est aussi depuis bien longtemps un cheval de bataille d’Andrée Pellegrino. En 1973, la grève nationale des commerçants détaillants de fruits et légumes, qui protestent contre des mesures de taxation, pousse les agriculteurs de Hyères à se rassembler. “Il faut se rappeler qu’à ce moment-là, il n’y avait pas de grandes surfaces, pas de produits qui venaient de l’extérieur. D’un coup, on ne nous achetait plus rien, on devait jeter nos productions. On a attendu une semaine, un mois et puis on a dit ça suffit. On est allé dans le centre-ville de Hyères puis à Toulon avec nos légumes pour manifester. Les gens voulaient pouvoir les acheter, alors on a créé une association au sein du syndicat, et on a monté le marché paysan de Hyères cette année-là”, raconte Andrée Pellegrino. Sur leur exploitation, elle et son mari diversifient leurs cultures, se mettent à produire des fleurs coupées, à développer les légumes d’été. Ils plantent aussi des agrumes. Des citronniers en particulier. “C’était la passion de mon mari, il les a tous faits sur pépin”, souligne Andrée. C’est d’ailleurs avec lui que Marine a appris à mieux connaître les agrumes. Elle en a planté depuis et agrandit son verger cette année. Elle s’est aussi mise à la production de jonquilles il y a quatre ans.
Andrée, qui a présidé le CFPPA de Hyères, est également à l’origine des premières formations à l’agritourisme dans le département dans les années 80. “On avait obtenu des crédits et on avait mis une formation tourisme en place pour les femmes, à l’encontre de la Chambre d’agriculture, qui n’y était pas favorable à l’époque. Ça a eu un succès terrible. Des années plus tard, quand j’ai été présidente des Gîtes de France du Var, entre 2006 et 2016, j’ai retrouvé des femmes qui avaient suivi cette formation et avaient monté des gîtes”, explique l’agricultrice. En retraite, elle fait toujours partie de l’association et s’occupe des deux gîtes créés sur l’exploitation, aujourd’hui menée par son fils Michel.
Andrée s’est beaucoup battu pour la reconnaissance des agricultrices. Un long et difficile combat. “Il y avait tellement à faire quand j’ai commencé. On n’avait ni statut, ni droits, ni représentation. On a créé une commission féminine à la FDSEA du Var dès 1980. J’ai aussi participé à la commission nationale de la FNSEA. On a réussi à bouleverser un peu tout ça. Avec ma collègue, Christiane Taxy, on a été les premières femmes élues pour siéger à la MSA du Var”, se souvient-elle.
Si les choses ont lentement évolué, Marine poursuit le combat. Elle a notamment dû batailler pour faire reconnaître ses droits lors de ses deux grossesses. “En 2017, j’ai repris cinq jours après la naissance de ma fille, car je n’avais droit qu’à un congé de remplacement : les indemnités journalières ne nous ont été
accordées qu’en 2019. Et ça n’avait pas été simple, car j’étais en polyactivité : je cumulais l’exploitation avec un 35 heures en boulangerie, pour rattraper les pertes après les inondations de 2014. En 2020, pour mon fils, j’ai été arrêtée tôt, car c’était une grossesse à risque. Quand on m’a proposé le remplacement, mon entreprise n’était pas en mesure d’accueillir quelqu’un. Du coup, les indemnités m’ont d’abord été refusées. Il a fallu se battre avec le soutien des élus du syndicat, de la Chambre et de la MSA”, témoigne-t-elle.
Pour Marine comme pour Andrée, leur métier d’agricultrice est indissociable de leur engagement syndical. Et les femmes doivent prendre toute leur place, aux champs comme sur le terrain militant. “Quand on est une femme, jeune surtout, on n’est pas toujours prise au sérieux au départ. Il faut parfois faire sa place en tant que cheffe d’exploitation. Après, c’est comme dans tous les métiers, il faut faire ses preuves. Et les mentalités peuvent encore évoluer”, confie Marine.
Gabrielle Lantes
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