VISITE MINISTÉRIELLE
Lors de la venue de la ministre de l'Écologie dans l'Aude, le vendredi 19 juin, la Chambre d'agriculture a porté un message central : sans agriculture, une partie des territoires ruraux méditerranéens perd aussi ses équilibres économiques, environnementaux et sociaux.
À la Chambre d'agriculture de l'Aude, la profession a présenté à Monique Barbut, ministre de l'Écologie ses priorités sur l'eau, les friches et l'avenir des filières.
© Crédit photo : CA 11
Une heure et demie d'échanges, dans un calendrier ministériel serré. Pour la profession agricole audoise, le temps accordé par Monique Barbut, ministre de l'Écologie, à la Chambre d'agriculture n'est pas anodin. "La ministre de l'Agriculture, on est un peu habitué, mais la ministre de l'Écologie, ça faisait longtemps que ce n'était pas arrivé", souligne Ludovic Roux, président de l'organisme professionnel agricole audois.
La rencontre s'inscrit dans une tournée départementale consacrée à plusieurs sujets, dont l'eau, les inondations, les fonds verts et les suites des incendies dans les Corbières. À la Chambre, les représentants agricoles veulent d'abord déplacer le regard. Il ne s'agit pas seulement de défendre une activité professionnelle, mais de rappeler que l'agriculture maintient un département rural et faiblement industrialisé, où viticulture, élevage, grandes cultures, et filières de qualité structurent encore l'économie locale.
"Si l'agriculture régresse, on voit bien que ça cause des problématiques", insiste Ludovic Roux. Il avance un chiffre pour mesurer l'ampleur de la déprise viticole : 10 000 hectares d'arrachage définitif représenteraient, selon la Chambre, 50 millions d'euros de produit brut agricole perdus chaque année. "Sur 20 ans, ça fait un milliard", résume-t-il. Un manque à gagner direct, sans même compter les emplois indirects, les caves, les entreprises de travaux agricoles, le transport ou l'activité commerciale induite dans les villages.
Sur l'eau, le discours est direct. La Chambre demande d'accélérer les ouvrages capables de stocker la ressource lorsqu'elle tombe, puis de la redistribuer en période sèche. La profession met donc sur la table les retenues collinaires, les forages collectifs, la rehausse ou le curage d'ouvrages existants, l'achat éventuel d'eau à EDF et, à plus long terme, Aqua Littoral. L'objectif n'est pas de mailler tout le département, mais de sécuriser des zones aujourd'hui orphelines, avec un minimum d'irrigation pour bâtir de nouveaux modèles économiques. "Même dans les schémas les plus sobres, il y aura besoin de plus d'eau", affirme le président de la Chambre.
La ministre, selon lui, entend cette demande. Elle rappelle la nécessité de sobriété et de partage de la ressource, mais se montre favorable à l'idée d'ouvrages adaptés au territoire. "Elle a dit très clairement qu'elle était tout à fait favorable à ce qu'on accélère le mouvement pour avoir des retenues collinaires", rapporte le président. Reste désormais à traduire cette écoute dans les procédures, les financements et les arbitrages administratifs.
Autre dossier abordé : la reconnaissance des services environnementaux rendus par les agriculteurs. Mesures agroenvironnementales et climatiques (Maec), paiements pour services environnementaux (PSE), crédits carbone, entretien des milieux, prévention des feux, stockage de carbone : la Chambre plaide pour un cadre plus lisible, y compris avec des financeurs privés.
Sur les énergies renouvelables, la ministre se montre plus prudente, notamment sur l'agrivoltaïsme. La Chambre présente toutefois sa méthode : des projets portés par les territoires, associant communes, exploitants, coopératives, riverains et structures d'irrigation, avec un meilleur partage de la valeur. Le projet évoqué autour de Montbrun, Lézignan et Tourouzelle sert d'exemple. "Quand on construit un projet équilibré, territorial, la ministre nous paraît être plus qu'à l'écoute", estime Ludovic Roux.
La rencontre laisse donc une impression d'ouverture, sans lever toutes les incertitudes. Les responsables agricoles demandent de la cohérence sur les phytos, la concurrence, les contrôles de l'Office français de la biodiversité (OFB) et l'accompagnement administratif. Ils insistent aussi sur le besoin d'investissement et d'animation foncière, notamment pour relancer le pastoralisme dans des communes marquées par l'arrachage. "C'est dans les actes que l'on verra si c'est entendu", conclut Ludovic Roux.
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