AUDE
À une vingtaine de kilomètres d'un des plus beaux villages de France, Lagrasse, se trouve le Château Saint-Estève, à Thézan-des-Corbières, dans l'Aude. Un domaine viticole baigné par une génération d'aventuriers. Le dernier en date est David Latham. Il a repris l'exploitation familiale en 2011.
David Latham a repris le flambeau en 2011 et n'a de cesse depuis de valoriser le domaine.
© Crédit photo : Laurence Durand
Dans une nature préservée, niché au pied d'une crête rocheuse, le Château Saint-Estève s'étend sur une centaine d'hectares sur le terroir de Corbières-Boutenac. Bercés par un climat méditerranéen, les sols argilo-calcaires et les galets roulés donnent vie à différents cépages comme la syrah, le grenache, le carignan, le chardonnay, ou encore la marsanne et la roussanne. Partie intégrante d'une seigneurie du VIIIe siècle, puis patrimoine religieux rattaché à l'abbaye cistercienne de Fontfroide, le château propose un nectar unique cultivé en culture raisonnée. Ce domaine a pris vie grâce au père de David, Eric Latham, véritable aventurier, devenu vigneron indépendant. Il a découvert l'Afrique à 16 ans, et a choisi ce continent pour travailler une grande partie de sa vie dans le café et le cacao. En 1984, il a eu le coup de cœur pour le domaine. David Latham raconte : “Mes parents habitaient en Côte d'Ivoire. Je suis né en Afrique, j'ai fait mes études là-bas et j'y suis resté 14 ans. De retour en France, j'ai intégré une école d'ingénieur, dans l'électronique et l'informatique. J'ai travaillé dans la téléphonie à Paris, puis dans l'automobile à Blois pendant quatre ans, et enfin à Airbus à Toulouse, pendant cinq ans. Mon grand-père produisait du vin à Saint-Laurent, près de Béziers, et comme les cours ne commençaient qu'en octobre en Afrique, je pouvais faire les vendanges dans son domaine viticole. J'ai réalisé en parallèle un bac pro viticole sur deux ans par correspondance, car j'aimais le vin et je savais qu'un jour, j'en ferais mon métier. Dès que j'ai eu mon bagage technique, j'ai su que c'était le moment. Mon père a repris le Château Saint-Estève après avoir déjà acheté dix ans plus tôt, un domaine de 20 ha à Mandourelle (Villesèque-des-Corbières). Je suis arrivé ici le 1er avril 2011”.
Le grand oncle d'Eric, Hubert Latham était aviateur, et son grand-père n'était autre que le célèbre aventurier du XXe siècle, commerçant et écrivain, Henry de Monfreid. Il est né à La Franqui, commune de Leucate, en novembre 1879 et mort en 1974. "Ma grand-mère était sa fille (Gisèle de Monfreid). Il est aussi reputé pour son commerce d'épices, de haschich et son trafic d'armes. Il s'est fait arrêter par les douanes, accusé d'espionnage, et a été enfermé pendant la seconde Guerre mondiale par les Anglais au Kenya. Il a publié plus de 70 livres en quarante ans. Certains de ses ouvrages sont traduits en chinois. En matière de communication, cela nous aide sur ce marché, car les Chinois adorent le vin, mais également les récits d'aventure. C'est une source d'inspiration pour eux. Henry de Monfreid avait prédit à mon père que les Corbières allaient être une belle région pour le vin. Il a donc suivi son conseil et pour le remercier, nous avons réalisé une cuvée en son nom," explique avec fierté David. Avec un passé historique aussi passionnant, il a su avec modestie apporter un nouveau souffle à la propriété familiale et s'imposer au niveau viticole et au sein de plusieurs organismes.
La tête sur les épaules, le vigneron a donc conservé un temps son travail, tout en approfondissant ses connaissances viticoles. "J'ai pris une année sabbatique, et me suis lancé à fond dans la vigne. Mon objectif était de bien maîtriser l'outil de production, et de procéder à un aménagement, au fur et à mesure. En 2011, c'était le bon moment pour reprendre le domaine, c'était une évidence. Mon père était quasiment seul avec une grosse demande de la Chine à l'export, et cela devenait compliqué. Mon premier travail a été de rationaliser les vignes et les produits, mettre en place une équipe composée d'un maître de chai, d'un régisseur et de commerciaux, jeunes et dynamiques. Notre vin reflète l'état d'esprit de toute notre équipe. Nous avons arraché 40 ha, et on en a replanté 15. Mon but n'était pas d'agrandir les parcelles, mais de faire du bon vin, et mettre en place des îlots cohérents. Nous sommes labellisés haute valeur environnementale. Nous pratiquons la confusion sexuelle sur tout le domaine. Je cherche à respecter le vin, l'environnement, la santé et à être transparent. Nous avons développé davantage la communication à l'étranger : mon père s'occupe de l'Afrique et d'une partie de l'Europe. Mais il était nécessaire que l'on soit présent aussi localement, dans l'Aude tout d'abord, car notre vin n'était pas connu au village de Thézan ! Puis, nous avons travaillé le développement dans l'Hérault et Midi-Pyrénées. Nous avons également renforcé notre présence dans les restaurants et chez les cavistes. Mes parents étaient seuls à l'époque, ils n'avaient pas le temps de s'en occuper. Tous nous vins étaient vendus à un seul négociant, Gérard Bertrand.”
La superficie du château Saint-Estève s'étend aujourd'hui sur 120 ha de vignes, entre Thézan-des-Corbières et Villerouge-Termenès. Des vendanges en partie manuelles, sélection parcellaire, élevage en fûts de chêne pour certaines cuvées, méthode de vinification traditionnelle. “Nous mettons tout en œuvre pour élaborer avec passion de grands vins fins et équilibrés sous différentes gammes," précise David Latham. Quatre grandes gammes sont ainsi conçues : la gamme aventure avec les cuvées Henry de Monfreid, Astréos, et Sissèle. La gamme signature avec Ganymède et Altaïr, et enfin, la classique (rouge, blanc et rosé) et la découverte, avec delicea et le muscat d'antan. "Astréos, Altaïr et Ganymède, ce sont les trois étoiles de la constellation de l'aigle. Altaïr était le nom du bateau d'Henry de Monfreid. Très lumineuse, elle l'aidait à naviguer. Ce trio étoilé figure sur le blason de la famille accompagné d'un aigle assis, posé sur une feuille d'olivier," précise David. La dernière innovation en date est un mousseux, baptisé ‘Envolée perlée'. “C'est un rosé sec à la base que nous avons conçu en 2016. Il part pour subir une méthode champenoise traditionnelle, et il est ramené neuf mois après en bouteille. Nous réalisons en général 3 000 cols." L'état sanitaire du raisin est plutôt satisfaisant cette année selon le vigneron. “Nous avons commencé les vendanges le 30 août, nous avons un peu de mildiou. Le blanc a été récolté et va être joli. Nous rentrons tranquillement les rouges. Nous avons commencé par les merlots, la récolte devrait être assez belle." Engagement et projets En plus d'être vigneron, David Latham a décidé de s'engager au sein de la mairie. "Le nouveau maire est venu me chercher en 2014 pour être simple conseiller. J'ai accepté, car ce travail sur le village a du sens et son discours m'a plu. C'est un plus pour le domaine aussi, car c'est le village le plus proche de chez nous, et j'aime participer à la dynamisation de cette commune de 500 habitants. Je suis président du Cru Boutenac (31 vignerons) depuis décembre 2016. Ce qui m'a plu dans cette appellation, c'est la cohésion générale des vignerons, ce côté familial, on se voit tous les mois." Le domaine propose des vins de garde de plus de dix ans, avec toujours un stock. Il ne travaille donc pas en flux tendu. Son objectif est par conséquent d'avoir plus de surface de stockage. "Nous avons augmenté énormément la gamme, et nous sommes restés avec la même surface, qu'il y a 15 ans ! Nous allons prochainement construire un nouveau hangar." Le vigneron désire également développer le volet œnotouristique. Déjà très actif dans ce domaine, avec l'été des Corbières, programmé depuis plus de dix ans, "nous organisons aussi tous les vendredis soirs le wine time, soirée tapas et dégustation de vins, les Estevales, le premier week-end d'août, sans oublier les balades dans les vignes, que nous aimerions accentuer.” Des efforts qui portent leurs fruits, le domaine reçoit régulièrement des médailles aux concours. “Depuis 2014, nous avons une continuité au niveau des médailles, et nous sommes de plus en plus référencés. Nous avons eu deux étoiles au Guide Hachette pour notre gamme classique en 2015, trois étoiles coup de cœur Hachette pour Ganymède et une étoile à nouveau pour Ganymède en 2016. Nous avons la chance d'avoir plusieurs gammes, et si on ne peut pas en faire une précisément une année, on en produit une autre."
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