MAIRES RURAUX
À la frontière de quatre départements, Saint-Paul-lès-Durance cumule les paradoxes : moins de 1 000 habitants, mais 12 000 actifs chaque jour, deux centres internationaux de recherche et une vie communale bien ancrée. Le maire, Romain Buchaut, conjugue aménagement, sobriété budgétaire et esprit d'équipe pour faire vivre ce territoire rural à très fort rayonnement.
Romain Buchaut est le maire de Saint-Paul-lès-Durance, capitale mondiale méconnue de l'atome, puisqu'un tiers du territoire est occupé par le CEA de Cadarache, un des plus grands centres de recherche nucléaire d'Europe.
© Crédit photo : ED
Parlez-nous des spécificités du village que vous administrez ?
Romain Buchaut : "Ce n'est pas une petite commune au sens géographique du terme. Saint-Paul-lès-Durance s'étend sur près de 50 km² ! Nous sommes à la croisée des Bouches-du-Rhône, du Var, du Vaucluse et des Alpes-de-Haute-Provence. Un carrefour territorial qui donne à la commune une place unique, mais qui ne l'empêche pas de rester un village provençal authentique. La particularité de Saint-Paul, c'est ce contraste étonnant. Moins de 1 000 habitants... et près de 12 000 actifs quotidiens. Un tiers du territoire est occupé par le CEA de Cadarache, un des plus grands centres de recherche nucléaire d'Europe, et nous hébergeons aussi le siège du projet international Iter. Au quotidien, c'est un village calme, où il fait bon vivre. Mais le midi, ça grouille de monde, avec pas moins de 14 lieux de restauration ! C'est un paradoxe. Nous sommes peut-être la capitale mondiale de l'atome, mais nous restons largement méconnus. Et pourtant, en matière de marketing territorial, c'est un atout considérable pour la Métropole. Nous sommes la commune la plus éloignée de Marseille, tout en étant au cœur de quatre intercommunalités. Ce positionnement stratégique, nous voulons aujourd'hui le faire reconnaître."
À quand remonte votre engagement dans la vie publique ?
R.B. : "Je viens du Sud-Ouest. J'ai travaillé à Paris avant de poser mes valises à Aix-en-Provence en 2003, puis à Saint-Paul en 2004. J'ai toujours été actif dans le monde associatif, depuis le lycée. Côté pro, je travaille toujours, au Centre de Ressources en Information Géographique (Crige) de Provence-Alpes-Côte d'Azur. L'aménagement, la cartographie numérique, c'est mon domaine. En 2008, c'est assez naturellement qu'on est venu me chercher au conseil municipal pour mes compétences en urbanisme. Je suis devenu premier adjoint en 2014, en charge de l'urbanisation et des finances. Mais à l'époque, je ne voulais pas être maire : je tenais à continuer de travailler. En 2021, après la démission d'André Gomez, j'ai accepté de prendre la suite... à condition de pouvoir fonctionner en équipe. Pour moi, une municipalité, ce sont des élus et des agents, chacun à son poste."
Quelles sont quelques-unes des réalisations depuis le début de votre mandat ?
R.B. : "Nous avions une volonté forte de redonner de l'élan au village, renforcer la fierté d'appartenance. On a misé sur une nouvelle énergie. Et ça s'est senti avec un véritable débordement d'initiatives, tant au niveau des animations que de la vie associative. L'école, qui compte 110 élèves, a été l'un des axes centraux de notre action. Nous avons créé un centre aéré structuré et mis en place une restauration scolaire partiellement alimentée en produits locaux. Les fruits et légumes viennent du jardin solidaire Potage et Partage. Côté associations, on en soutient une douzaine, financièrement et logiquement. Et sur le plan du cadre de vie, on a réhabilité plusieurs aménagements dans et autour du village, pour favoriser la promenade, les rencontres, les usages doux. Tout cela contribue à faire respirer le village, sans lui faire perdre sa quiétude. Aujourd'hui, nous préparons l'avenir : agrandissement de l'école, de 5 à 8 classes, création d'une salle polyvalente... Nous posons les bases d'un développement à taille humaine."
Quelles difficultés rencontrez-vous au quotidien ?
R.B. : "Je ne cours pas après la représentation ou les honneurs. Ce qui m'anime, c'est l'humain, le collectif. Je m'efforce de travailler en équipe, de déléguer au maximum. Chaque conseiller municipal a une délégation et s'implique concrètement. Mais même ainsi, être maire reste une exposition forte. Il faut arbitrer, être en première ligne, endosser le rôle. Déléguer demande du temps, de la pédagogie. Mais c'est aussi ça qui permet à chacun de monter en compétences. C'est un vrai défi, stimulant."
De quelle manière soutenez-vous l'agriculture sur votre territoire ?
R.B. : "Saint-Paul compte environ 135 hectares de terres agricoles. Jusqu'à récemment, aucun agriculteur n'y vivait. Certaines terres étaient exploitées par des agriculteurs extérieurs. Nous avons conventionné pour une vingtaine d'hectares. Mais nous voulions aller plus loin. Nous avons donc accompagné l'installation de deux jeunes du village, avec un vrai projet : 1,5 hectare de serres pour alimenter la cantine et proposer des produits locaux aux habitants. Le montage s'est fait avec un bail en commodat (prêt à usage), qui sera converti en bail rural. Ce n'est qu'un début. On poursuit une politique d'acquisition foncière pour renforcer notre vocation agricole. Car même au cœur d'un territoire scientifique, l'agriculture reste un socle."
Quelle politique foncière conduisez-vous pour votre village ?
R.B. : "Saint-Paul s'est surtout développé sur le plan économique, notamment avec la zone d'activités. Mais le village, lui, n'a jamais vraiment grossi. Nous sommes toujours autour de 900 habitants. Cela va bientôt changer avec un projet structurant et d'aménagement du secteur des Lauves. Nous y développons un écoquartier de 140 logements et deux casernes de gendarmerie, en lien avec Iter et Cadarache. Nous voulons proposer une offre de logements diversifiée, des espaces publics qualitatifs, une meilleure connexion avec le centre. Pour autant, il n'est pas question de faire exploser le village ou de s'étaler. Saint-Paul restera un village provençal dans l'âme, même avec ses infrastructures et ses espaces naturels."
D'une manière générale, en tant que maire d'un village rural, quelles sont vos marges de manœuvre ?
R.B. :"Elles sont étroites. Les recettes fiscales sont stables mais ici, les impôts n'ont pas augmenté depuis... 1992 ! Il faut être extrêmement vigilant sur les dépenses de fonctionnement tout en continuant à investir, impulser du renouveau, garder une dynamique. Dans ce contexte, l'Association des maires ruraux des Bouches-du-Rhône est une belle initiative. Elle permet aux maires de communes de taille comparable de se retrouver, d'échanger sur des problématiques similaires, souvent bien différentes de celles des grandes villes. Nous n'avons pas d'ingénierie propre, ce sont les élus qui font vivre ce réseau. Une quarantaine de communes y participent déjà. C'est un moyen de tisser des liens, de partager des idées et parfois de mutualiser. Une autre forme d'intelligence territoriale, en somme."
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