DIVERSIFICATION
Longtemps pilier économique des rives de la Durance, la culture de l'osier a disparu du paysage agricole. Études à l'appui, l'association 'Cadenet tambour battant' explore les conditions d'un retour maîtrisé de l'osiériculture, entre mémoire locale, diversification agricole et nouvelles attentes sociétales.
Pour démarrer la culture d'osier, un atelier de 5 000 m² peut s'envisager.
© Crédit photo : Nefronus
Difficile d'imaginer, en parcourant aujourd'hui les berges de la Durance autour de Cadenet, que l'osier y fut pendant près de deux siècles une ressource stratégique. Et pourtant. Grâce à des sols alluviaux riches et à une eau abondante, la culture du saule et la vannerie ont profondément marqué l'économie locale. En 1906, le village comptait 206 vanniers pour à peine 2 000 habitants, faisant de Cadenet l'un des hauts lieux provençaux de cette activité artisanale devenue semi-industrielle.
Mais l'équilibre est fragile. À partir du milieu du XXe siècle, la concurrence du rotin importé d'Extrême-Orient provoque un déclin rapide de la filière. Les ateliers ferment les uns après les autres, jusqu'à l'arrêt complet de l'activité en 1978. Si la mémoire demeure, notamment au musée départemental de la Vannerie, le savoir-faire, lui, se délite, tout comme une part de l'identité du village.
C'est précisément ce vide que l'association 'Cadenet tambour battant' entend interroger depuis sa création en 2014. Animée par Marc et Claire Duval, elle rassemble aujourd'hui une cinquantaine de membres, agriculteurs, artisans, habitants et curieux, autour d'un objectif : évaluer les conditions d'une possible relance de l'osiériculture, non comme nostalgie, mais comme outil de diversification agricole et territoriale.
"L'idée n'est pas de recréer ce qui existait autrefois, mais de voir si l'osier peut retrouver une place cohérente dans l'agriculture d'aujourd'hui et le territoire", résume Marc Duval, vigneron coopérateur à la retraite. Une démarche pragmatique, qui passe d'abord par la connaissance.
En 2020, dans le cadre d'un programme européen Leader, l'association fait réaliser une première étude sur le potentiel de production d'osier à Cadenet, confiée à une étudiante en agronomie. Analyse des sols, du climat, des variétés adaptées, du calendrier cultural, mais aussi des coûts, rendements et marges possibles, le travail est fouillé.
Les conclusions sont sans ambiguïté. Les conditions pédoclimatiques du secteur de la Durance sont favorables à l'osiériculture, notamment pour des variétés reconnues en vannerie comme Salix viminalis, S. purpurea ou S. triandra. La culture est pérenne - une oseraie peut produire pendant 20 à 25 ans - et s'intègre dans des systèmes variés : parcelles dédiées, haies, agroforesterie ou saules têtards.
Autre enseignement clé : l'osier n'est pas réservé aux grandes exploitations. "Pas besoin de planter des hectares. On peut imaginer un atelier de 5 000 m², compatible avec une autre production", souligne Marc Duval. Un argument de poids à l'heure où la diversification devient un enjeu central pour de nombreux agriculteurs.
La seconde étude commandée par l'association s'est penchée sur les débouchés commerciaux. Là encore, le constat est encourageant. Vannerie artisanale, restauration du patrimoine, aménagement paysager, génie végétal, décoration, design... la demande progresse, portée par un regain d'intérêt pour les matériaux naturels, locaux et durables.
"L'osier revient à la mode, il y a du potentiel et une vraie demande", affirme Marc Duval. L'étude montre que l'osier peut être valorisé sous différentes formes - vert, brut ou blanc - avec des niveaux de prix et de transformation variables, permettant d'adapter la stratégie aux moyens de chaque producteur. Autre avantage, l'osier n'est pas une denrée périssable et peut se stocker plusieurs années, offrant une souplesse rare dans les cultures spécialisées.
Au-delà des chiffres, 'Cadenet tambour battant' défend une vision territoriale de l'osiériculture. Relancer l'osier, c'est aussi recréer du lien entre agriculture, artisanat et culture locale. Certains membres de l'association ont déjà planté leurs premières boutures, d'autres sont en phase de réflexion, accompagnés par les enseignements des études.
L'association travaille également à structurer un accompagnement collectif, en mutualisant les connaissances techniques, en réfléchissant aux équipements partagés et en maintenant le dialogue avec les acteurs institutionnels. Une dynamique encore fragile, mais assumée. "On avance étape par étape. Le plus important, c'est de ne pas vendre du rêve, mais des projets réalistes", insiste Marc Duval.
À Cadenet, l'osier n'a pas encore reconquis les rives de la Durance. Mais grâce au travail patient de'Cadenet tambour battant', il a retrouvé une place dans le débat agricole local. Entre héritage et innovation, l'osiériculture esquisse un futur modeste, mais crédible, à l'échelle des exploitations et du territoire. Une renaissance en douceur, à l'image de cette plante souple et tenace qui, autrefois, faisait battre le cœur du village.
POUR ÊTRE précis-
osier vert (frais) : vendu en bout de champ ou après tri simple
osier brut (sec) : séché et trié
osier blanc : décortiqué, destiné aux usages haut de gamme
Rendement moyen : 7 à 10 t/ha (avant transformation)
Prix indicatifs :
- osier vert : environ 3 €/kg
- osier brut : environ 6 €/kg
- osier blanc : 10 à 14 €/kg
Marges nettes estimées :
- entre 5 000 à 13 000 €/ha pour l'osier vert ou brut
- jusqu'à 10 000 €/ha pour l'osier blanc
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