Aude
Intégrée au sein de l'appellation des Coteaux du Languedoc dès 1985, c'est en 2015 que l'AOC La Clape devient une appellation communale à part entière. Elle témoigne d'une histoire singulière, un jeu collectif et des vins uniques installés parmi les grands.
En 2018, Christophe Bousquet initie un Groupement d'intérêt économique et environnemental (GIEE) sur la thématique de l'eau, afin que chacun, au sein de l'AOC La Clape, puisse se positionner et réfléchir aux solutions à mettre en place au cas par cas.
© Crédit photo : AL
Entre garrigues et cigales, Christophe Bousquet, actuel président du syndicat de l'AOC La Clape et vigneron au Château Pech Redon, prend du temps pour réfléchir au devenir de l'appellation dans un contexte particulier. Comme il l'a d'ailleurs fait 20 années auparavant pour qu'elle puisse voir le jour.
Il fut un temps où la Clape était cernée par les eaux, isolée du continent. À cette époque, ce relief escarpé couvert de forêts formait l'une des plus vastes îles du delta de l'Aude, que les anciens désignaient sous le nom d'Insula Laci, en raison des nombreux lacs qui parsemaient son relief. Aujourd'hui, cette petite île de 15 km de long sur 10 km de large et ses quelque 33 domaines est reconnue appellation communale depuis le 30 octobre 2015.
Avant cette date, La Clape faisait partie de l'AOC Coteaux du Languedoc - devenue AOP Languedoc en 2007. C'est en 1998 que le président de l'époque initie le premier dossier de présentation de La Clape en cru auprès de l'Institut national de l'origine et de la qualité (Inao). "Mon père, qui était président des Coteaux du Languedoc et vice-président de l'Inao, a soutenu cette démarche, mais par manque de cohésion entre les vignerons, le dossier n'a pas été retenu", se remémore-t-il. À cet instant et jusqu'en 2005, Christophe Bousquet décide de tourner les talons au syndicat. "Ce sont les néo-vignerons qui sont venus me chercher, car eux ne comprenaient pas pourquoi la Clape n'avait pas son identité propre."
Comme dans tout dossier, il fallait démontrer la typicité des vins, la cohérence du terroir, la solidité du collectif et la volonté d'excellence. Commence alors un long travail de refondation. "On a fait table rase. On est reparti du fait que La Clape était VDQS [Vin délimité de qualité supérieure, ndlr] depuis 1951. L'ADN d'une AOC, elle était là." L'unité géographique devient également un argument fort qui joue en leur faveur auprès de l'Inao et comme le souligne le président,"pas besoin de délimitation ici, on est dans La Clape ou on n'y est pas".
L'appellation continue son ascension et se concentre sur les vins rouges (grenache, syrah, mourvèdre) et blancs, notamment avec le bourboulenc, cépage emblématique. Résultat ? L'AOC La Clape se classe aujourd'hui parmi les plus réputées du Languedoc, avec comme compagnons de route, l'AOC Terrasses du Larzac et l'AOC Pic Saint Loup. De quoi garder la tête haute.
Pour l'appellation, le climat reste la première onde de choc. Hausse des températures, épisodes de sécheresse et brûlures sur les vignes menacent directement les capacités de production. "Ce n'est pas qu'un problème d'eau. Ce que disent les scientifiques, c'est que la température est devenue l'ennemi principal", prévient Christophe Bousquet. Face à ce phénomène, même si certains restent sceptiques, le président mise sur la biodiversité : "Je suis persuadé que c'est grâce à elle que l'on sortira de cette crise par le haut."
En premier lieu, le pastoralisme. Dans les années 1960, ce sont plus de 6 000 brebis qui foulaient la Clape. Depuis, la pratique a été peu à peu délaissée, jusqu'en 2013-2014 avec la venue d'un berger de Saône-et-Loire. "Il élevait une race rustique du Languedoc, la caussenarde des Garrigues, qui s'est vite adaptée au romarin et à la typologie du territoire." Depuis 2015, environ 400 brebis broutent l'herbe dans les vignes durant les 4 mois d'hiver, avec à la clé un modèle gagnant-gagnant. Pour le berger, le calcul est simple. "En bergerie, c'est 15 000 € de fourrage. Ici, le transport aller-retour coûte 2 500 €." Pour les vignerons, une réduction drastique du débroussaillage mécanique, des tontes et même des labours d'hiver, sans parler de l'amendement qui, au printemps venu, "fait littéralement exploser la végétation".
Second exemple, la réévaluation de ce qui entoure les méthodes culturales, comme la réduction de la surface foliaire, la diminution de la densité de plantation, l'orientation des ceps, l'introduction de nouveaux cépages... Le président en est sûr : "Il est évident qu'aujourd'hui, planter des vignes au Sud et au couchant n'est plus pertinent. En revanche, au Nord et au levant, c'est intéressant. Un retour à la taille en gobelet serait également approprié pour limiter l'exposition foliaire et donc l'excès d'évapotranspiration qui ne peut pas être compensé par l'irrigation."
Enfin, l'humain, le collectif, que le président défend bec et ongles pour relever les défis qu'attend la filière. En étudiant tous ces leviers, il ambitionne une modification en profondeur du cahier des charges de l'appellation d'ici 2026. "Une appellation n'est pas quelque chose de figé dans le temps, elle doit évoluer en fonction des contraintes et des besoins de l'instant présent."
Afin de pouvoir relever les défis auxquels la filière est confrontée, Christophe Bousquet, avec l'aide de son conseil d'administration, tente d'apporter un équilibre dans les instances : production, négoce, caves coopératives, indépendants, jeunes, vieux... "Si ce n'est pas représentatif, on ne peut pas avancer", martèle le président. Il en va de même en ce qui concerne le renforcement de l'intégration des jeunes vignerons dans les instances de décision de l'AOC La Clape. Pour ce faire, il envisage de créer un "conseil d'administration bis". Cette initiative permettrait à ces nouveaux acteurs de la viticulture d'apporter des idées fraîches et innovantes, tout en leur offrant une plateforme pour s'exprimer et influencer les décisions importantes."L'idée est de favoriser un dialogue intergénérationnel."
En cette période plutôt délicate, où certaines voix persistent à vouloir"tout sauver", Christophe Bousquet pointe une posture "intenable" et appelle à un diagnostic lucide : identifier les zones viables, accompagner les départs en retraite, réorienter la production. "Je préférerais qu'on le gère, qu'on soit objectif et pragmatique", expose-t-il, s'appuyant sur des chiffres qui parlent d'eux-mêmes. La région produit plus de 12 millions d'hectolitres de vin, mais seuls 10 sont vendus avec une moyenne de stock de 18,6 millions. Même en 2023, avec une récolte historiquement faible, des excédents subsistent. "On ne peut pas éternellement taper sur les Espagnols ou les Italiens. Le fond du problème, c'est que notre bassin de production est plus gros que ce qu'il peut vendre." Du côté des pouvoirs publics, la lassitude et la fatigue budgétaire se font sentir. Même les plans de relance ne suffisent plus à endiguer l'ampleur des difficultés. "Au vu des défis qui nous attendent, le ciment collectif, en tant que président, j'en fais ma priorité."
ZOOM sur...
Depuis 2022, l'AOC La Clape s'est associée à quatre autres terroirs languedociens, Boutenac, La Livinière, Pic Saint-Loup et Terrasses du Larzac, pour former le Cercle des Terroirs. Cette alliance sélective vise à porter les crus les plus ambitieux sur la scène nationale et internationale, et organiser des événements communs.
Les Sentiers Gourmands en Clape Vigneronne sont devenus une occasion de découvrir les trésors viticoles de La Clape. Organisée chaque printemps par le syndicat de l'appellation, cette balade gourmande de 7 km dans le massif de La Clape attire plusieurs centaines de participants. L'édition 2025 a marqué les 20 ans de l'événement. Plusieurs événements ont également lieu chez les différents vignerons de l'appellation.
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