Les Saintes-Maries-de-la-Mer
À la tête de la Manade Saint-Antoine, un élevage réputé pour ses taureaux de Camargue, Pierre Pidou-Clauzel s'est récemment diversifié en introduisant des Angus. Une démarche destinée à valoriser une partie de ses prairies, tout en apportant un complément de revenus.
Pierre Pidou-Clauzel Manade St Antoine, Stes-Marie
© Crédit photo : JD
Devenir éleveur ? C'était pour Pierre Pidou-Clauzel une éventualité qui n'avait rien d'une évidence, même s'il ne l'écartait pas : "J'avais d'abord l'envie de créer mon entreprise. D'être mon propre patron", explique le jeune homme de 24 ans qui a repris, en 2018, la Manade Saint-Antoine, située aux Saintes-Maries-de-la-Mer. L'exploitation - créée par Jean-Pierre Clauzel, son grand-père, et Alain Albaric, en 1965 - s'est imposée, depuis cette date, comme une référence pour la qualité de ses taureaux, engagés dans les courses camarguaises.
Les deux hommes ne sont pas issus de familles d'éleveurs, mais partagent la même envie : celle de créer une manade, en mettant en commun leurs terres. Florence Clauzel, la mère de Pierre Pidou-Clauzel reprend l'exploitation en 2007 et lui apporte une nouvelle impulsion : "Elle a redynamisé des prairies vieillissantes en développant l'arrosage, avec l'ambition de commercialiser l'excédent de foin produit sur place", raconte son fils. Elle profite également de l'opportunité offerte par les primes à la conversion pour passer l'ensemble des terres en bio, dans les années 2010. "Mon grand-père était d'abord un passionné. Elle a apporté davantage de rigueur dans la gestion de l'exploitation et une vision agroécologique. Nous nous rejoignons sur ces deux points", se souvient Pierre Pidou-Clauzel, qui choisit de s'orienter vers des études supérieures de commerce, après le lycée.
Après le décès de sa mère en 2018, le jeune homme choisit cependant de reprendre les rênes de la manade. "Je n'avais pas suivi d'études spécifiques dans le domaine de l'agriculture, mais je baignais dedans depuis tout petit. On apprend de ses erreurs, on tente, on expérimente... Ça fonctionne parfois, à d'autres moments un peu moins... Mais j'avais l'envie de pérenniser ce qu'elle et mon grand-père avaient mis en place." C'est avec cet état d'esprit qu'il décide de diversifier l'élevage de taureaux camarguais en introduisant, en 2019, des vaches de race angus, un an seulement après son installation.
Un choix "pragmatique" comme il l'explique, destiné à valoriser une partie des prairies et à apporter un complément de revenus intéressant. D'autant que "l'investissement de départ était raisonnable. La plus grosse dépense concernait l'achat des bêtes. Le matériel est identique à celui utilisé pour les taureaux". Son choix de la race angus était motivé, dès cette époque, par plusieurs critères. "Elles s'adaptent très bien au milieu camarguais : leur légèreté leur permet d'évoluer sur des terrains parfois gorgés d'eau, contrairement à d'autres races à viande plus lourdes, comme la charolaise ou la blonde d'Aquitaine."
Ce sont aussi des animaux dociles et rustiques, qui supportent bien les amplitudes thermiques. "Elles peuvent, de plus, rester au pré toute l'année, ce qui m'évitait d'investir dans des bâtiments de stabulation. Je souhaitais enfin des bêtes avec un vêlage facile, qui puissent être facilement nourries et engraissées à l'herbe. L'angus répondait à tous ces critères", se félicite rétrospectivement l'éleveur.
Dans un premier temps, il achète 8 vaches reproductrices, des bœufs à engraisser et des génisses de renouvellement, soit 16 bêtes au total. Quatre ans plus tard, il possède désormais un cheptel d'une soixantaine de têtes - dont une quinzaine de mères -, achète une vingtaine de broutards chaque année et revend une partie des génisses reproductrices. Les bœufs, issus de croisements angus et wagyu, sont abattus entre 24 et 30 mois, pendant lesquels ils pâturent de l'herbe et de la luzerne sur les terres du Mas des Grandes Cabanes du Vaccarès, avant une finition pour les quatre derniers mois, avec des apports de farines de blé et de riz, et des tourteaux de tournesol.
La commercialisation est ensuite réalisée en vente directe : "La demande est telle que je n'ai pas besoin d'annoncer les prochaines ventes sur les réseaux sociaux, ou via un site internet. J'envoie simplement un SMS en amont à mes clients, pour les prévenir". La vente de la viande d'angus lui apporte un complément de trésorerie non négligeable, qui compense en partie les coûts de l'élevage de taureaux de Camargue, dont la valorisation est moindre : ces derniers sont d'abord destinés à être engagés dans les courses camarguaises, et sélectionnés pour leur bravoure. "L'abattage s'effectue à quatre ans minimum, et nous ne commercialisons que les vaches et les génisses", explique Pierre Pidou-Clauzel. Le rendement poids-carcasse est également en défaveur de la race camarguaise : le poids moyen d'une vache camarguaise est de 150 kg, contre 350 kg pour une angus. La valorisation de leur viande est également plus élevée : "Elle bénéficie d'une excellente réputation - justifiée - auprès des consommateurs qui apprécient son persillé et sa tendreté", rappelle l'éleveur.
Celui-ci entend poursuivre sa stratégie de diversification, dans le végétal cette fois, avec l'objectif de réduire une partie de ses coûts d'exploitation : "Nous allons mettre en culture 15 hectares avec du riz. Ce sera la première fois depuis 25 ans", se félicite Pierre Pidou-Clauzel, qui prévoit des assolements blé-luzerne-riz à l'avenir sur ces parcelles, auparavant dédiées à la production de fourrage (foin et luzerne uniquement).
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