FDSEA DU GARD
Le 16 février, à Rodilhan, la FDSEA donnait rendez-vous à ses adhérents et aux forces agricoles gardoises. Confronté aux impasses administratives, comme aux répercussions commerciales et énergétiques du conflit en Ukraine, le syndicat a convié Jérôme Despey, ainsi que la préfète du Gard, pour y voir plus clair.
L'AG de la FDSEA du Gard a pris la forme d'une table ronde, pour égrainer tous les dossiers qui alimentent les débats. Avec Anthony Bafoil (Vignerons coopérateurs), Fred Cavagna (FDSEA), Sébastien Pons (Pays d'Oc), Denis Verdier (VPA), David Sève (FDSEA), Jérôme Despey (FranceAgriMer, FNSEA), Magali Saumade et Jean-Louis Portal (CA 30), Patrick Gravil (Syndicat bovin 30) et Philippe Cavalier (CA 30, SudExpé).
© Crédit photo : PhD
En six ans de mandat, il en a vu. Comme tous les agriculteurs, David Sève n'a pas eu de quoi chômer en tant qu'arboriculteur et président de la FDSEA du Gard. Face à une situation "tendue", entre les coûts de l'énergie, le prix des phytosanitaires, et l'incertitude économique combinée aux sorts climatiques, les incompréhensions administratives finissent d'user la patience des agriculteurs.
En matière d'aléas, on peut dire que la profession a été (tristement) servie ces dernières années. Après la forte sécheresse de 2022, le calcul retenu par les services de l'État est jugé "incompréhensible", établissant que "25 à 30 % du département n'aurait pas été touché, alors que des arrêtés sécheresse ont été pris sur tout le territoire", s'étonne David Sève, qui espère une révision, pour réintégrer les 70 communes à la reconnaissance des calamités sécheresse. Entre la réforme de l'assurance récolte, dont certaines questions restent encore en suspens, et la complexité des dossiers post-gel 2021, "si compliqués que seuls 20 à 30 % des sinistrés peuvent y prétendre", le président de la FDSEA estime que "l'État et l'administration ont leur part de responsabilité dans le mal-être des agriculteurs", qui ont pourtant suivi la marche du bio, de la HVE et d'autres certifications. "Les écologistes, c'est nous", avance David Sève, là où "les "escrologistes" sont contre tout et contre tous", glisse-t-il, jamais avare d'un néologisme.
C'est un fait, le pas marqué par la consommation de vin en France ne doit pas être une fatalité. Aussi, la commission viticole de la FDSEA a synthétisé les propositions d'adhérents "pour mieux vendre", évoque Fred Cavagna. Remontée à la commission nationale, la liste porte sur la distillation de crise, l'aide au stockage privé, la replantation différée sur cinq ans, la simplification des dossiers FranceAgriMer, une réorientation des aides à l'export, ainsi qu'une campagne destinée "à éduquer le public, et d'arrêter les pouvoirs publics de stigmatiser le vin", résume Fred Cavagna.
Malgré une récolte 2022 "plutôt jolie", estimée en région entre 12,6 Mhl (douanes) et 13,1 Mhl (FranceAgriMer), le Gard n'enregistre qu'un petit 2,8 Mhl (- 6 % sur les 5 dernières années), rapporte Anthony Bafoil, président Gard des Vignerons coopérateurs. En raison de sorties sur le marché de 11 Mhl par an, malgré l'arrachage, il resterait toujours "1 Mhl de trop". Aussi, la replantation différée est envisagée comme une sauvegarde du potentiel de production à venir, malgré les problèmes sur les appellations en rouge. Et la distillation "doit être au niveau", de même que les aides au stockage, attendent La Coopération agricole et la FDSEA. Fred Cavagna prend ainsi Jérôme Despey à témoin : "Il te faut aller chercher 200 M€".
Bien au fait des vives attentes, le président du Conseil spécialisé 'vin' de FranceAgriMer a rappelé qu'aucun autre secteur agricole n'avait "été autant bousculé comme la viticulture", au fil des récentes crises. Si le million d'euros débloqué pour la viticulture et l'arboriculture n'a sans doute pas suffi, ni été versé assez rapidement, convient Jérôme Despey, "le nouveau dispositif en place du fonds de solidarité en aide aux assurés (...) protège mieux, en combinant assurance et solidarité nationale", cette dernière (680 M€) se déclenchant "au-delà de 30 %", plaide-t-il. "Avec la FNSEA, on s'est battu pour avoir un taux de subvention de 70 %", précise le secrétaire général national, selon qui le système assurantiel et les calamités agricoles "ne pouvaient pas perdurer". Quant à la lourdeur des dossiers à FranceAgriMer, la téléprocédure n'a pas convaincu. "L'enjeu est d'obtenir un droit à l'erreur, avec rectification, dans le cadre de la Pac", convient Jérôme Despey.
Si des améliorations sont à apporter, comme pour l'élevage et les prairies, le combat doit se gagner sur le terrain de la "pleine application de la loi Egalim 2", sous réserve de sanctions quand les coûts de production ne sont pas intégrés aux prix. Pour que la souveraineté alimentaire ne reste pas "qu'un slogan", alors que "la ferme France s'affaiblit par des délocalisations", les prix rémunérateurs dépendent aussi de la conquête de parts de marché.
La déconsommation française (- 15 % sur les rouges, et - 3 à 4 % sur les blancs et rosés en GD) doit pourtant tenir compte d'une tendance mondiale à la hausse. "Sur les 80 M€ de crédits promotion de FranceAgriMer, il en reste 40 M€", au titre de reliquats de crédits en complément des crédits nationaux et européens, prévient Jérôme Despey.
Pour favoriser la segmentation "permettant des revenus à l'hectare", là où le marché bordelais s'enlise, il envisage la distillation, non pas comme une fin en soi, mais comme un tremplin "pour rebondir, et chercher 2 à 3 Mhl à des niveaux de 70 €/hl en moyenne, plus 5 € pour les distilleries". Mais les 160 M€ accordés par Marc Fesneau ne suffiront pas. "Il manque 40 M€. J'ai demandé au ministre d'aller les chercher sur les crédits communautaires de crise, de même que pour le stockage privé." Une seule distillation sera effectuée, selon deux modalités de paiement, soit 80 M€ avant le 15 octobre, et 80 M€ après, avec "sûrement des avances", d'après Jérôme Despey.
De plus, des mesures par bassin ont été privilégiées, "pour rester compétitifs", plutôt que de généraliser l'arrachage définitif.
Malgré les nombreux arrêtés et restrictions à l'été 2022, Jean-Louis Portal (secrétaire général de la CA 30) et membre du Comité sécheresse a salué l'intervention de la préfète pour avoir "assuré la continuité en eau", au gré de dérogations (173 ac- cordées) "globalement bien respectées par les agriculteurs", retient Marie-Françoise Lecaillon. Soulignant "l'opportunité de créer des bassins de stockage", et le nécessaire accompagnement de la Chambre sur le portage de projets, Jean-Louis Portal interroge quant à la gestion de la ressource, primordiale pour assurer la souveraineté alimentaire du territoire. "La DDTM instruit des dossiers de retenues collinaires. On peut le faire", déclare la préfète, se référant au projet d'irrigation "maîtrisée" des Trois Châteaux, bientôt inauguré.
Rien n'est donc perdu. "Il y a encore de l'avenir dans notre métier", veut croire David Sève. "Il n'est jamais facile de faire bouger les choses, mais jamais inutile." Une formule que Géromino Salmeron a fait sienne, au cours de ses 33 ans de syndicalisme, des Jeunes agriculteurs à la FDSEA 30. Faisant ses adieux, mais sans quitter ses terres agricoles de Petite Camargue, ce "taureau sauvage, parfois têtu", selon les mots de David Sève, a salué le soutien de sa "famille" syndicale et des élus "toutes couleurs confondues" au fil de ses "batailles", toujours vouées à défendre les productions et la préservation des terres gardoises. "Une page se tourne" pour lui, mais les combats continuent.
La mobilisation mouvementée du mardi 21 février comptait réveiller l'administration. Après un passage à la sous-préfecture du Vigan, un détour devant le portail de la DDTM, d'où est parti un feu, du fumier déversé devant l'OFB (Office français de la biodiversité) et un crochet à l'UFC-Que Choisir, pour dire "stop à l'agribashing", le cortège de bennes et de camions remplis d'oignons et de lisier a rejoint la préfecture, avant que les gaz lacrymogènes et l'interpellation d'un membre des JA par les forces de l'ordre ne compromettent la rencontre avec la préfète.
David Sève réclame un gasoil bleu détaxé, "comme pour les pêcheurs", en plus d'un "vrai bouclier tarifaire" énergétique. L'application de la loi Egalim 2, la baisse des charges, notamment sur l'électricité, les 200 M€ pour la distillation, ou la reconnaissance du vin comme produit culturel national, font aussi partie des doléances. Face au "mur administratif, malgré de nombreuses visites de terrain de la DDTM", la présidente des JA 30, Ludivine Verlaguet, attend que les 70 communes déclassées par les nouveaux calculs satellitaires des zones concernées par les calamités sécheresse soient réintégrées. Les deux syndicats attendent désormais "des réponses" lors du Salon de l'agriculture.
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