VENDANGES 2025
Les premières grappes tombent déjà dans les Bouches-du-Rhône. Du pourtour de l'étang de Berre à la Vallée de l'Arc, les vignerons entament des vendanges précoces, portées par un excellent état sanitaire mais fragilisées par la canicule et la crainte - par endroits - de rendements en baisse.
Le raisin avant les deux coups de chaud ressentis dans le vignoble, fin juin puis début août, qui ont laissé des traces.
© Crédit photo : ED
Le ballet des vendanges a commencé dans le département. Si le millésime s'annonce prometteur sur le plan qualitatif, les contrastes demeurent selon les secteurs : canicule, stress hydrique et menace de grêle viennent rappeler combien la vigne reste suspendue aux caprices du climat.
Tous auréolés de la récente reconnaissance officielle par l'INAO du cru Sainte-Victoire, les vignerons de la Vallée de l'Arc entament ces vendanges avec une sérénité teintée de vigilance. "Nous avons démarré tout doucement avec les cépages les plus précoces - comme le merlot, le chardonnay ou le tibouren -, mais aussi dans les parcelles taillées tôt. Le gros des récoltes devrait commencer à arriver à partir de la semaine prochaine", confiait en début de semaine Jean-Jacques Balikian, directeur de l'Association des Vignerons de la Sainte-Victoire.
Le millésime 2025 s'annonce d'ores et déjà sous de meilleurs auspices que l'an dernier, marqué par un gel printanier dévastateur dans ce secteur. "La vigne compense, et nous avons pour l'instant une belle récolte", se réjouit-il. Aucun mildiou n'est venu troubler la saison, la pression de la maladie étant restée faible. Mais la sécheresse de ces trois dernières semaines a contraint les vignerons à irriguer les parcelles les plus sensibles.
Au-delà du manque d'eau, les effets de la canicule inquiètent. "On peut avoir un état hydrique satisfaisant et subir cet effet four, effet sèche-cheveux sur la végétation", alerte Jean-Jacques Balikian. Les fortes températures ont accéléré la concentration des raisins. "Les degrés peuvent être élevés, mais cela ne veut pas dire que les raisins sont mûrs. La maturité phénolique ne suit pas toujours la même courbe que les sucres et l'acidité. Il faut être très vigilants."
Les vignerons multiplient donc mesures et prélèvements, à la recherche du juste équilibre. "Il ne faut pas se laisser surprendre par des degrés trop élevés", insiste-t-il.
Une ombre planait néanmoins au milieu de semaine : la menace de grêle, annoncée entre le 19 et le 20 août. "Les conséquences pourraient être dramatiques. Nous avons connu cela il y a quelques années et il n'y a pas pire !", soupirait le directeur. Pour se protéger, les vignerons ont d'ailleurs renforcé leur suivi météo grâce à un prestataire spécialisé. "C'est un service capital, qui fournit des données locales et fiables, notamment pour décider des traitements phytosanitaires", ajoute Jean-Jacques Balikian.
Mais c'est du côté de la Camargue d'abord (autour du 8 août) puis de Berre-l'Étang que les premiers raisins ont fait leur entrée au chai. "Nous avons démarré ici le 18 août avec une semaine d'avance par rapport à d'habitude, en commençant par les muscats petits grains", explique Fabien Girandola, président des Vignerons de Mistral. La coopérative regroupe 480 hectares sur une dizaine de communes, de Cornillon-Confoux à Ventabren en passant par Rognac et Velaux.
Le verdict des premiers prélèvements est clair. "La qualité est au rendez-vous. C'est une très bonne année, avec très peu de maladies grâce au climat sec. Les raisins sont concentrés, très parfumés. Tout laisse présager d'un beau millésime", sourit le vigneron.
Mais les volumes pourraient décevoir. "Avec les grosses chaleurs, on pourrait perdre 20 % de nos volumes habituels", prévient-il. La pluie annoncée - une quinzaine de millimètres entre mardi et mercredi - était attendue comme une bénédiction pour soulager les vignes non irriguées. Après les muscats, la cave devait enclencher la récolte des merlots avant d'attaquer, dès la semaine prochaine, les grenaches et les caladocs qui forment l'ossature du vignoble.
Présent sur tous les fronts, de Sénas au Golfe de Saint-Tropez, le consultant viticole Jean Andres (ICV Provence) livre un constat globalement positif. "L'état sanitaire des vignes est bon dans l'ensemble", observe-t-il. Le mildiou a cependant marqué les secteurs littoraux précoces. En revanche, l'oïdium s'est fait discret cette année. Autres bêtes noires en 2025, les vers de la grappe - eudemis (Lobesia botrana) et cryptoblabes (Cryptoblabes gnidiella) - particulièrement présents sur les zones littorales. Heureusement, la sécheresse limite les pourritures.
Le consultant rappelle aussi les contrastes entre l'est et l'ouest de la Provence. "Le Var a été beaucoup mieux arrosé que les Bouches-du-Rhône, deux fois moins arrosés depuis l'hiver. Mais l'ouest dispose de plus d'installations d'irrigation", nuance-t-il.
Deux coups de chaud - fin juin puis début août - ont laissé des traces : brûlures de baies, flétrissements, défoliations sur le bas du feuillage. Les vignes irriguées ont mieux résisté, mais les parcelles sèches accusent le coup. L'eau attendue cette semaine pourrait être particulièrement profitable aux raisins encore en maturation.
L'évolution des maturations cette année, bouscule les repères. "Jusqu'à mi-juillet, nous étions dans les mêmes temps que l'an dernier. Mais fin juillet-début août, tout s'est accéléré", explique Jean Andres. Les résultats sont des maturités déjà élevées, avec des grenaches dépassant les 13° dans certaines zones précoces. La canicule a toutefois pu provoquer des blocages. Sur le plan de l'acidité, la surprise est bonne. "Nous avions de belles acidités, supérieures aux années passées, avec une teneur en acide malique parmi les plus élevées de ces cinq dernières années", souligne le consultant. Les pluies printanières et les températures modérées jusqu'en juin ont permis de préserver ce capital.
Quant aux arômes, les dégustations de baies laissent entrevoir un profil fruité et frais, prometteur. Les premières analyses montrent donc un potentiel qualitatif certain, même si les volumes restent incertains. "Ce sera très hétérogène selon les secteurs. Les estimations de début de saison étaient hautes, mais elles sont revues à la baisse depuis quelques jours."
À l'heure où les machines à vendanger font leurs premiers tours un peu partout dans le département, les vignerons provençaux oscillent entre prudence et optimisme. La météo joue les arbitres d'un millésime qui pourrait être grand si la fin de campagne reste clémente.
Dans la Vallée de l'Arc comme autour de Berre, les regards restent tournés vers le ciel. Le millésime 2025 s'annonce parfumé, frais et concentré. Mais en quantité plus limitée.
Les prochains jours, avec la poursuite des vendanges des grenaches, caladocs ou syrahs, donneront un premier aperçu définitif.
POUR ÊTRE précis-
Selon les premières estimations, la production viticole française s'établirait entre 40 et 42,5 millions d'hectolitres (Mhl), un volume "proche de la moyenne quinquennale", indiquait en début de mois (le 8 août, ndlr) le service statistique du ministère de l'Agriculture. Elle marquerait une nette hausse après les 37 Mhl de 2024, année proche des niveaux historiquement bas, et ce malgré des arrachages notamment sur plus de 20 000 hectares dans trois vignobles.
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