Société coopérative d’intérêt collectif, financement participatif, la ‘Reconquesta’ de la Côte Vermeille met en œuvre différents leviers en faisant appel au plus grand nombre pour préserver l’extraordinaire identité de son vignoble.
"Depuis plus de dix ans, le vignoble du cru Banyuls perd 50 hectares chaque année sur le cadastre. De 50 000 hl produits en 1970 dans le Cru, nous sommes passés à 29000 hl en 2017. C’est énorme, très inquiétant, et pas près de s’arrêter, car nous savons très bien que lorsqu’une vigne disparaît du cadastre, cela fait déjà un peu de temps qu’elle n’est plus exploitée“, dénonçait déjà en 2019 Jean-Pierre Centene, le président de la cave l’Étoile, à Banyuls-sur-Mer. Avec les membres de son conseil d’administration, celui-ci avait décidé de ne pas rester les bras croisés face à l’inexorable déclin des surfaces de vignes cultivées sur la côte Vermeille.
Après presque dix ans de réflexion, ils avaient donc réussi à donner naissance à un groupement foncier viticole (GCV) ‘les amis de l’Étoile’ permettant d’accueillir des investisseurs extérieurs à la cave. Outre le rachat de foncier, ce GFV, distinct de la société coopérative de l’Étoile, mais lié à celle-ci par un bail à long terme, a pour but de récupérer des friches, financer l’entretien du paysage et des murettes, voire développer une structure vouée à l’œnotourisme au sein des parcelles achetées. Car, à Banyuls, les choses ne se remarquent pas forcément pour le visiteur néophyte, tant le particularisme du paysage viticole de la Côte Vermeille semble installé pour l’éternité.
Redynamisation économique du territoire
Pourtant, pour l’habitué des lieux, force est de constater que l’évolution de cet environnement a pris par endroits des proportions spectaculaires. Partout, sur les pentes abruptes où s’épanouissent les vignes cultivées, prolifèrent les parcelles à l’abandon. Et ces vignes deviennent très rapidement irrécupérables. Les ceps ne sont plus taillés, l’herbe pousse, les manquants se multiplient, et sans crier gare, la parcelle “carte postale“ d’il y a quelques années s’est muée en friche, véritable cicatrice dans l’harmonie générale de ces terrasses de vignes agrémentées de leurs emblématiques rigoles en pieds de poule.
“Nous en sommes à un point où les familles des anciens exploitants ne savent même plus où sont leurs parcelles. Nous les voyons débarquer à la cave pour nous demander où sont les vignes du père ou du grand-père. Cela m’attriste au plus haut point“, reprend Jean-Pierre Centene. Le GCV ‘Les amis de l’étoile’ a reçu 350 000 € de dons de la part d’une soixantaine de contributeurs.
Des initiatives telles que celles de l’Étoile, il y en a eu au sein du cru pour freiner la décroissance des surfaces de vignes cultivées : GIEE, charte paysagère, groupement foncier... Mais depuis le mois de juin, un projet fédérateur, et porté par le syndicat des vignobles de la Côte Vermeille, s’est inspiré du succès du GCV créé à l’Étoile. Le syndicat a donc voulu étendre le principe à l’échelle de l’ensemble du territoire en regroupant tous les acteurs viticoles de la zone, avec un projet de redynamisation économique : la ‘Reconquesta’ Côte Vermeille.
“40 caves particulières, 3 coopératives, les vignerons indépendants, les viticulteurs-coopérateurs, les cavistes et les restaurateurs sont impliqués dans cette opération”, explique Alain Pottier du syndicat des vignobles de la Côte Vermeille. Une association a été créée dans le but de déboucher à terme sur la naissance d’une SCIC (société coopérative d’intérêt collectif), qui permettra d’associer des entreprises et des collectivités à cette démarche.
De l’argent, mais surtout des bras
Mais, dans ce genre d’histoires d’hommes, la volonté ne suffit pas et le nerf de la guerre reste le même que partout ailleurs pour faire avancer les idées aussi brillantes soient-elles. Alors, comme pour la création du GCV ‘Les amis de l’Étoile’, une opération de financement participatif a été lancée, via la plateforme Dartagnans, spécialisée dans la collecte de fonds participative à destination de la sauvegarde du patrimoine. Depuis le 12 juin, et durant tout l’été, les bonnes âmes pourront apporter leur contribution financière pour aider à la sauvegarde du paysage viticole de la Côte Vermeille. L’afflux estival de touristes dans le secteur est particulièrement visé par les organisateurs pour faire avancer ce financement.
Pourtant, après avoir collecté l’équivalent de 350 000 € pour ‘Les amis de l’Étoile’, Jean-Pierre Centene pointe du doigt la principale difficulté qui touche le cru. “Entre le financement participatif et les aides à l’investissement, force est de reconnaître que récolter de l’argent est moins compliqué que prévu. Ce qu’il me manque aujourd’hui, ce sont des bras. Et, dans ce cas, aucun dispositif n’est envisageable pour améliorer l’attractivité de ce type de tâches et faire venir durablement du personnel. Dans notre zone spécifique et difficile, plus qu’une aide à l’investissement, c’est d’un allègement de charges pour pouvoir mieux rémunérer la main-d’œuvre dont nous avons besoin“.
Olivier Bazalge
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