Mouriès
Héritière d'une famille d'arboriculteurs, Marine Manassero a choisi de tracer sa propre voie dans l'oléiculture. À la tête de 'La Samatane', elle conjugue tradition, durabilité et exigence, symbole d'une génération agricole qui croit encore à la terre et à ses valeurs.
Marine Manassero, oléicultrice à Mouriès.
© Crédit photo : ED
À Mouriès, les oliviers se mêlent aux souvenirs d'enfance et à la passion d'une jeune femme qui a choisi de revenir à la terre. Marine Manassero, 29 ans, fait partie de cette génération d'agricultrices qui réinventent la tradition sans jamais la trahir.
Chez elle, l'agriculture n'est pas un choix mais un héritage. Ses parents, arboriculteurs à Mouriès, font partie de l'organisation de producteur 'Mas Saint-Paul' et exploitent, avec d'autres arboriculteurs, un verger de 350 hectares de pêches, nectarines et abricots. L'agriculture, Marine y est tombée dedans petite. Mais si la jeune femme a grandi entre filets et fruits à noyaux, c'est du côté des oliviers que son cœur a finalement battu.
En reprenant les oliviers de son grand-père, Guy Monteux, elle a lancé 'La Samatane', sa propre marque d'huile d'olive. Un nom qui claque, chantant et provençal, à l'image de sa fondatrice.
Le parcours de Marine aurait pu prendre d'autres chemins. Après un 'BTS Viticulture-œnologie' elle s'envole pour Bordeaux, où elle devient - à seulement 21 ans - maître de chai dans une prestigieuse propriété viticole. "J'adorais ce que je faisais, j'étais passionnée par le vin", se souvient-elle. Mais l'appel du terroir natal se fait trop fort. "L'agriculture, c'est viscéral. Ce n'est pas un métier facile, mais on n'a pas envie d'abandonner la terre."
Le décès de sa grand-mère vient accélérer les choses. Sollicitée par son grand-père, elle se replonge dans les oliviers familiaux. "Le vin m'a appris à transformer, à assembler, à créer. Ce que j'ai retrouvé dans l'oléiculture." Le parallèle entre les deux mondes s'impose. Même exigence, même quête d'équilibre entre fruit, terroir et savoir-faire.
L'histoire commence dans les années 80, lorsque Guy Monteux, arboriculteur originaire de la Drôme, s'installe dans la Crau. Après un incendie dévastateur à Maussane-les-Alpilles, en 1989, il achète des parcelles, défriche et remet en culture de vieux oliviers recépés de 1956. C'est là que naît la passion familiale pour l'oléiculture. Aujourd'hui, Marine mène dix hectares d'oliviers en AOP Vallée des Baux-de-Provence autour des variétés locales : aglandau, salonenque, verdale et grossane. "Ce sont des arbres qui me parlent. On les a ramenés sur un tronc pour faciliter la récolte, tout en gardant leur caractère", explique-t-elle.
Sous sa marque, Marine veut valoriser les deux typicités d'huiles emblématiques de l'appellation. Elle produit un fruité vert, aux notes d'artichaut cru et de feuille de tomate, vibrant et tonique ; et une huile maturée, plus douce, tout en rondeur, qui évoque la tapenade et l'olive noire.
Deux caractères, deux histoires, une même exigence de qualité. Ses olives sont triturées au moulin de Castellas, aux Baux-de-Provence, un partenaire de confiance. "C'est un moulin privé qui travaille très bien et avec qui on s'entend à merveille", glisse-t-elle avec un sourire.
Les huiles de Marine sont reconnaissables entre toutes. Des bouteilles de 500 ml arborant une cigale stylisée, clin d'œil au terroir et à la Provence. L'identité est forte, soignée, pensée. On sent derrière le marketing l'expérience du vin, et la volonté de donner à l'huile d'olive la noblesse qu'elle mérite.
Cette année, la récolte a débuté le 13 octobre. Mais après quelques jours de cueillette, elle dresse un constat lucide : "On a eu peu de fleurs et une mauvaise nouaison, donc pas ou peu de fruits". L'olivier alterne, c'est dans sa nature. "Je m'y attendais. J'avais fait une très belle récolte l'an dernier, avec des rendements de 700 litres à l'hectare."
Malgré les faibles volumes, les rendements en huile restent bons. Les olives, petites et gorgées d'huile, offrent un concentré d'arômes. "Il y a peu d'eau, mais beaucoup d'huile."
Pour équilibrer ses coûts, Marine a tout calculé : "Il faut que je produise au moins 400 litres à l'hectare pour être rentable. Cette année, ce sera compliqué". Mais pas question de transiger avec la qualité ni avec ses principes.
Engagée dans une démarche respectueuse du vivant, Marine ne pratique pas de désherbage chimique. Elle préfère travailler le sol mécaniquement et maintenir un enherbement naturel, mais a investi dans un système d'irrigation raisonnée. "C'est un filet de sécurité, mais je ne l'utilise qu'en cas de nécessité. Cette année, je n'ai pas arrosé."
En seulement deux ans d'activité, 'La Samatane' a déjà conquis les jurys avec trois médailles d'or. Marine vend aujourd'hui ses huiles en ligne, sur les marchés, dans des épiceries fines et en vente directe. Positionnée sur une gamme de prix supérieure, elle assume ce choix : "Je veux que le prix reflète le travail, la rareté et la qualité."
Marine n'a pas l'intention de s'arrêter là. Au printemps prochain, elle prévoit de planter sept hectares d'oliviers sur le domaine familial. Un projet qui s'inscrit dans la continuité. Elle souhaite amorcer la transition entre l'arboriculture fruitière de ses parents et une oléiculture plus durable. "Mais tout en verger traditionnel", précise-t-elle. "Des variétés locales, pas de haie fruitière !" La cigale de'La Samatane' n'est pas qu'un symbole, c'est une promesse. Et sous le soleil de Mouriès, nul doute que le chant de Marine Manassero n'a pas fini de résonner.
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