AGRIBIO13
Dans un département où le bio foisonne sans toujours se fédérer, l'association Agribio13 joue les défricheurs. Réglisse, garance, figuier de Barbarie, pitaya... L'équipe de Florence Poncelet mise sur l'innovation et la sobriété hydrique pour redessiner les paysages agricoles des Bouches-du-Rhône.
Quatre hectares de réglisse ont été plantés dans la basse vallée de la Durance.
© Crédit photo : Agribio13
C'est un paradoxe typiquement provençal : dans les Bouches-du-Rhône, près de 1 200 structures agricoles sont engagées en agriculture biologique, mais seule une soixantaine d'entre elles adhère à Agribio13, l'association départementale censée les fédérer.
"C'est peu", reconnaît sans détour Florence Poncelet, animatrice du groupement depuis 2019, "mais cela montre surtout qu'il y a une formidable marge de progression".
Créée en 2007 par la Fédération régionale de l'agriculture biologique de Provence-Alpes-Côte d'Azur et la Chambre d'agriculture des Bouches-du-Rhône, Agribio13 est arrivée tard dans un paysage régional déjà bien structuré autour du groupement Bio de Provence. À l'époque, plusieurs petites structures locales dispensaient du conseil technique sans coordination d'ensemble. Depuis, l'association a su se faire une place au cœur de la transition agroécologique départementale.
Pour Florence Poncelet, le défi est clair. "Notre idée était d'aller où personne ne va, d'occuper un terrain que personne n'occupe vraiment", résume-t-elle. Autrement dit, explorer de nouvelles cultures biologiques de diversification, adaptées au climat méditerranéen et capables d'ouvrir des débouchés économiques viables. C'est ainsi qu'Agribio13 s'est lancée dans une aventure aussi inattendue que prometteuse : le retour de la réglisse en Provence.
Tout est parti d'un constat simple : plusieurs grands industriels implantés dans le département - Haribo, Pernod Ricard France ou Extraits végétaux et dérivés (EVD) à Gardanne - importent massivement de la réglisse d'Asie centrale. Pourquoi ne pas en produire localement ?
Dès 2020, Agribio13 amorce les premières réflexions. Il faudra attendre 2023 et l'arrivée d'un nouveau chargé de mission, Camille Fourrier, pour voir les premiers hectares plantés au Puy-Sainte-Réparade et à Meyrargues, dans la basse vallée de la Durance. Deux agriculteurs s'engagent sur quatre hectares au total, dans le cadre d'un contrat de cinq ans avec une entreprise partenaire. Un troisième producteur est déjà prêt à suivre. Et le projet n'en est qu'à ses débuts.
"Quand une culture disparaît, il faut tout réapprendre", explique Florence Poncelet. "On ne travaille aujourd'hui que sur une variété clonée par bouturage. Il nous faut en tester d'autres, plus adaptées à nos sols et à notre climat." Rustique et sobre en eau, la réglisse pourrait parfaitement s'acclimater au terroir provençal. Mais tout n'est pas gagné : la récolte des rhizomes n'intervient qu'à la cinquième année, et la mécanisation reste un obstacle technique majeur. Les essais de récolteuses menés par le partenaire industriel en Camargue sont encore balbutiants. "L'écueil technique identifié, c'est la récolte", confirme l'animatrice. "Mais je crois beaucoup à la réglisse !"
D'autant que la plante offre plusieurs débouchés possibles : outre l'industrie extractrice, les producteurs de plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM) pourraient s'y intéresser pour la transformation en tisanes. Dans la foulée, Agribio13 envisage aussi la relance de la garance, autre culture historique à rhizomes, autrefois cultivée en Vaucluse pour ses pigments rouges.
Mais Agribio13 ne s'arrête pas là. Dans une région confrontée de plein fouet au réchauffement climatique, l'association a fait de la sobriété en eau le fil conducteur de ses expérimentations. Ainsi, depuis 2024, à La Fare-les-Oliviers, une parcelle test de six variétés de figuier de Barbarie, une cactacée résiliente par excellence, est suivie de près. En parallèle, 20 variétés de pitaya (ou fruit du dragon) sont évaluées sur deux sites pilotes : à Berre-l'Étang et à Carqueiranne, dans le Var. "Chaque plante a des exigences spécifiques, mais nous avons déjà beaucoup avancé sur leur connaissance", se réjouit Florence Poncelet.
L'objectif est d'identifier les espèces capables de résister aux canicules et d'offrir des perspectives économiques aux producteurs en quête d'adaptation. Et les débouchés ne manquent pas : alimentation, cosmétique, nutraceutique... Le marché des fruits exotiques et des plantes médicinales suscite un réel engouement.
Au-delà de la recherche agronomique, Agribio13 reste fidèle à sa mission première, "créer du lien entre les producteurs bio et faciliter la valorisation locale", souligne son animatrice.
Depuis 2022, l'association s'est engagée dans un travail de fond sur l'approvisionnement des cantines scolaires et de la restauration collective (RHD). Un guide intitulé 'La bio pour les pro' a vu le jour pour identifier les exploitations capables de répondre à la demande de la RHD, des transformateurs et des revendeurs. Il recense déjà des producteurs de fruits et légumes, de grandes cultures et des élevages. "Notre objectif est de l'étoffer et de le mettre à jour courant 2026", précise Florence Poncelet. Pour tous ces projets, l'association mise sur la recherche participative, la coopération avec les entreprises locales et la mise en réseau des agriculteurs pour bâtir une agriculture plus résiliente, plus sobre et ancrée dans son territoire. "Le bio, ce n'est pas seulement une certification", conclut Florence Poncelet. "C'est une dynamique collective, une envie d'innover ensemble. Et dans les Bouches-du-Rhône, il y a encore tant à faire."
POUR ÊTRE précis
Dans son programme 2026, Agribio13 voit plus loin encore. Sur les cinq ans à venir, l'association projette de tester trois nouvelles espèces pérennes : le pacanier, l'arganier et le cornouiller à gros fruits. Toutes adaptées aux climats secs et potentiellement valorisables en huile, fruits secs ou confitures.
Côté cultures annuelles, trois productions suscitent déjà l'intérêt : le sésame, le haricot kilomètre (ou dolique) et l'arachide. Des cultures parfaitement compatibles avec les saisons sèches méditerranéennes, pour peu qu'on sache les accompagner. Agribio13 compte déposer prochainement des dossiers de financement pour consolider ces projets.
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